LIVRE III
et en son Eglise, comme en tout le corps. Pourtant Paul comme l'un des membres, disoit, Je supplée en mon corps ce qui défaut aux passions de Christ. El pourtant toy qui souffres de ceux qui ne sont point membres de Christ : si tu es membre, tu souffres ce qui defailloit aux passions de Christ.^* Touchantde la fin et de l'efficace de la mort des Apostres, il en traite en un autre passage, parlant ainsi : Christ m'est la porte pour entrer à vous, d'autant que vous estes brebis de Christj acquises par son sang : recognoissez vostre prix, lequel ne vous est point donné de moy, mais presché par moy. Puis il adjouste. Selon que nostre Seigneur Jésus a donné son ame pour nous, ainsi devons-nous exposer noz âmes pour noz frères: assavoir, pour l'édification de la paix, et confirmation de la foy. *^ Mais n'estimons pas que sainct Paul ait pensé quelque chose défaillir aux passions de Christ, entant qu'il appartient à tout accomplissement de justice, salut et \ie: ou qu'il y ait voulu adjouster quelque chose, veu que tant clairement et magnifiquement il tesmoigne que la plénitude de grâce par Christ a esté espandue en telle largesse, qu'elle a amplement surmonté toute abondance de jieché (Rom. o, lo). Par icelle seule tous les saincts ont esté sauvez, non par le mérite de leur vie, ou leur mort, comme sainct Pierre en rend évident tesmoignage (Act. 15, 11): tellement qne celuy fait injure à Dieu et à son Christ, qui constitue la dignité de quelque sainct autrepart qu'en la miséricorde de Dieu. Mais pourquoy m'arreste-je icy tant longuement comme en une chose douteuse, puis que seulement descouvrir tels monstres, c'est les veincre?
5. Finalement, encores que nous dissinmlions telles abominations, qui est-ce qui a enseigné le Pape d'enclorre la grâce de Jésus Christ en plomb et parchemin, laquelle le Seigneur a voulu estre distribuée par la paroUe de l'Evangile? Certes il faut ou que la parolle de Dieu soit mensongiere, ou que les indulgences ne soyent que tromperie. Car Christ nous est offert en l'Evangile avec toute l'affluence des biens célestes, avec tous ses mérites, toute sa justice, sapience et grâce, sans exception aucune. Sainct Paul en est tesmoin, quand il dit que la parolle de reconciliation a esté mise en la bouche des Ministres, afin qu'ils portassent ceste ambassade au monde de par Christ: iS'ous vous prions de vous reconcilier à Dieu : car il a fait sacrifice pour le péché, celuy qui n'estoit point pécheur : afin qu'en luy nous eussions justice (2 Cor. o, 18. 21). Et de fait, les fidèles savent que vaut la communication de Christ, laquelle nous est offerte en l'Evangile pour en jouir, comme sainct Paul mesme le testifle (1 Cor. 1, 9). Au contraire, les indulgences tirent de l'armoire du Pape la grâce de Christ en certaine mesure,
l'attachent cà plomb, parchemin, et certain lieu, la divisant do la parolle de Dieu. Si quelcun désire d'en savoir l'origine, il semble que l'abus soit venu de la coustume qu'on avoit jadis : c'est, d'autant que les satisfactions qu'on iniposoit aux penitens estoyent si dures et si fascheuses, que tous ne les pouvant pas porter, ceux qui s'en sentoyent trop grevez demandoyent à l'Eglise quelque relasche : ce qu'on leur remettoit de la rigueur se nonmioit Indulgence. Depuis qu'on a translaté les satisfactions à Dieu, et a-on fait accroire que c'estoyent comme l'ecompenses : ou payemens pour acquitter les hommes en son jugement, un erreur a tiré l'autre. Car on a pensé que les indulgences fussent comme remèdes pour délivrer les pécheurs des peines dont ils sont redevables envers Dieu. Touchant des blasphèmes qu'ont forgé les Papistes sur ceste matière, ils n'ont nulle couleur ny apparence.
6. Maintenant pareillement, qu'ils ne nous rompent plus la teste de leur purgatoire, lequel est par ceste coignée coupé, abbattu et renversé jusques à la racine. Car je n'approuve point l'opinion d'aucuns, qui pensent qu'on doive dissimuler ce poinct, et se garder de faire mention du purgatoire : dont grandes noises, comme ils disent, s'esmeuvent, et peu d'édification en vient. Certes je seroye bien aussi d'ad\is qu'on laissast tels fatras derrière, s'ils ne tiroyent grande conséquence après eux : mais veu que le purgatoire est construit de plusieurs blasphèmes, et est de jour enjour appuyé encore de plus grans,et suscite de grans scandales, il n'est pas mestier de dissimuler. Cela possible se pouvoit dissimuler pour un temps, qu'il a esté inventé sans la parolle de Dieu, voire avec folle et audacieuse témérité inventé : qu'il a esté receu par révélations je ne say quelles, forgées de l'astuce de Satan : que pour le confirmer on a meschamment corrompu aucuns lieux de l'Escriture. Combien que nostre Seigneur ne repute point une faute legiere, que l'humaine audace entre ainsi témérairement aux secrets de ses jugemens : et a rigoureusement défendu de demander la vérité aux morts (Deut. 18, 11), en contemnant sa voix, et ne permet pas que sa parolle soit si irreveremment traitée. Donnons neantmoins que toutes ces choses se puissent tolérer pour quelque temps, comme si elles estoyent de petite importance. Mais quand la purgation des péchez se cherche ailleurs qu'en Christ, quand la satisfaction est transférée autrepart qu'à luy, il est dangereux de se taire : il faut donc crier à haute voix que purgatoire est une fiction pernicieuse de Satan, laquelle fait un opprobre trop grand à la miséricorde de Dieu, anneantist la croix de Christ, dissipe et subvertist nostre foy. Car qu'est-ce que leur est purgatoire, sinon une peine que souffrent les