‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 308 sur 703 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

âmes des trépassez en satisfaction de leurs pecliez? Tellement que si on oste la fanUisie de satisfaire, leur pur-^^atoire s'en va bas. Or si de ce que nous avons i)ar cy devant disputé, il est fait plus que manifeste que le sanj,'de Christ est une seule pur^ralion, oblation et satisfaction pour les ptn-liez des fidèles : ([ue reste-il plus, sinon que le purjxatoire soit un pur et horrible blasphème contre Jésus Christ? Je passe icy beaucoup de mensonges et sacrile|,n\<!, destpiels il est tous les jours soustenu et défendu, les scandales qu'il engendre en la religion, et autres maux innumerables qui sont sortis de ceste source d'impiété.

7. ïouiesfois il estl)esoin de leur arracher des mains les tesmoignages de l'Escriture, que faussement ils ont coustume de prétendre. Quand le Seigneur, disent-ils, prononce que le péché contre le .sainct Esprit ne sera remis ny en ce monde ny en l'autre (Malth. 1:2. 32: Marc 3, 28: Luc 12, 10) : il dénote qu'aucuns péchez seront remis en l'autre monde. Pour response, je demande s'il n'est pas évident que le Seigneur parle là de la coulpe de péché. Si ainsi est, cela ne sert de rien à leur purgatoire : car ils disent qu'on y reçoit la punition des péchez, dont la coulpe a esté remise en ceste vie mortelle. Neantmoins afin de leur fermer du tout la bouche, je leur bailleray encore solution plus claire. Pource que le Seigneur vouloit oster toute e.sperance de pouvoir obtenir jianlon d'un crime tant exécrable, il n'a pas esté content de dire qu'il ne seroit jamais remis : mais pour amplifier il a usé de ceste division, mettant d'une pai't le jugement que la conscience d'un chacun sent en la ^ie présente, et d'autrepart le jugement dernier qui sera publié au jour de la résurrection. Comme s'il disoit. Cardez -vous de combatre contre Dieu d'une malice destinée, car une telle rébellion emporte la mort éternelle : car quiconque se sera efforcé de propos délibéré d'esteindre la lumière de l'Esprit à luy présentée, n'obtiendra pan Ion ny en ceste vie, laquelle est assignée aux pécheurs pour se convertir : ny au dernier joiur, auquel les Anges de Dieu sépareront les agneaux des boucs, et purgeront le royaume de Dieu de tout scandale. Ils amènent aussi ceste parabole de sainct Matthieu, Accorde avec ta partie adverse, afin qu'elle ne t'ameine devant le juge, et le juge ne te livre au sergeant, et le sergeant ne te mette en prison : dont tu ne jtuisscs après sortir devant qu'avoir payé jus- (|ues à la dernière maille (Matth. o, 2o. 26). Je respon que si le Juge signifie Dieu en ce passage, la partie adverse signifie le diable, le sergeant un Ange, la pri.smi purgatoire; je leur donne gagné. Mais si c'est une chose notoire, que Christ a voulu là monstrer à combien de dangiers s'exposent ceux qui ayment mieux poursuyvre leurs querelles et procez jusqu'au

dernier bout, que de transiger amiablemerit, afin de nous inciter par cest advertissement à demander tousjours concorde avec tout le monde : où est-ce (jue sera là trouvé purgatoire ? Bref, que le passage soit regardé et prins en sa simple intelligence, et il n'y sera rien trouvé de ce (pi'ils ])retendent.

8. Ils prennent aussi une probation de ce que dit sainct Paul, que tout genouil se fleschira devant Christ, tant de ceux qui sont au ciel, comme en terre, et aux enfers (Phil. 2, 10) : car ils prennent cela pour tout résolu, que par ceux d'enfer on ne peut entemlre ceux qui sont en la mort éternelle : pourtant il reste que ce soyent les amcs de purgatoire. Ce ne seroit point mal argué à eux, si par le mot d'Agenouillement l'Apostre signifioit la vraye adoration que rendent les fidèles à Dieu. Mais veu (|ue simpleiuent il enseigne que Jésus Christ a receu la seigneurie souveraine du Père sur toutes créatures, (|uel mal y a-il, que par ceux d'enfer nous entendions les diables, lesquels certes comparoistront au throne du Seigneur, pour le recognoi.stre leur juge avec terreur et tremblement? comme sainct Paul mesme expose en un autre lieu ceste prophétie : Nous viendrons tous, dit-il, au throne de Christ (Rom. 14, 10). Car le Seigneur dit, que tout genouil fleschira devant luy, etc. Ils répliqueront qu'on ne peut ainsi exposer ce qui est dit en l'Apocalypse : J'ay ouy toutes créatures, tant célestes que terrestres, et qui sont sous terre et en la mer, di.sans, Louange, honneur et gloire, et puissance es siècles des siècles à celuy qui est assis au throne, et à l'Agneau (Apoc. 5, 13). Cela je leur concède volontiers : mais de quelles créatures pensentils qu'il soit icy parlé ? Il est plus que certain que mesme celles qui n'ont ame ny intelligence y sont comprises. Pourtant il n'est autre chose signifié, sinon que toutes les parties du monde, depuis le comble du ciel jus([ues au centre de la terre, chacime en son endroit, magnifient la gloire de leur Créateur. Je ne donneray nulle response à ce qu'ils produisent de l'histoire des Machabées (2 Mach. 12, 43), afin qu'il ne semble (jue je veuille advouer ce livre-là pour canonique. Ils diront que sainct Augustin le reçoit comme canoiuipie : mais je demande. En quelle certitude ? Les Juifs, dit-il, ne tiennent point l'histoire des Machabées comme la Loy et les Prophètes et les Pseaumes, ausquels le Seigneur rend tesmoignage comme à ses te^moins, en disant qu'il falloit que ce qui a esté escrit de luy en la Loy, aux Pseaumes et aux Prophètes, fut accomjjly : Toutesfois l'P^glise, dit-il, l'a receu, et non sans utilité, moyennant qu'on le lise sobrement *^ (Luc 24, 44). Sainct Hierome sans difficulté prononce que ce n'est pas un livre (lui doyve avoir authorité, pour y prendre fondement, poiu" y prendre quelque doctrine ou

article de foy. Et en l'exposilion du Symbole, qu'on attribue à sainct Cyprien, laquelle est ancienne, de quelque aulheur quelle soit, il est demonstré que pour lors on ne l'avoit point pour un livre canonique. Mais je suis mal advisé de me debatre en vain. Car l'autheur niesme de monstre combien on luy doit déférer, quand il prie qu'on luy pardonne, s'il a dit quelque chose à la traverse (â Mach. lo, 38). Certes celuy qui confesse d'avoir mestier qu'on le supporte, et qu'on luy pardonne, proleste assez par cela, que ce qu'il dit ne doit pas estre tenu pour un arrest du sainct Espi'it. Il y a davantage, qu'en ce qu'ils allèguent pour eux, seulement la pieté de Judas Machabée est louée, en ce que pour l'espérance qu'il avoit de la dernière resuri'eclion, il a envoyé oblalion pour les morts en Jérusalem. Car l'autheur de l'nistoire, quel qu'il soit, ne tire pas la dévotion de Judas jusques là, (ju'il voulut racheter les péchez par son offerte : mais afin que ceux au nom desquels il offroit, fussent accompagnez aux fidèles qui estoyent morts pourniaintenir la vraye religion. Ce fait n'a point esté sans un zcle inconsidéré : mais ceux qui tirent à nostre temps un sacrifice fait sous la Loy, sont doubles fols : veu qu'il est certain que tontes telles choses qui estovenî lors en usage, ont pris fin à la venue de Christ.

9. ]\Iais ils ont une forteresse invincible en sainct Paul, (piand il dit. Si qaelcun en édifiant met sur le fondement or, ou argent, ou pierres précieuses, ou bois, ou foin, ou chaume, l'œuvre d'un chacun sera manifestée par le jour du Seigneur, d'autant qu'il sera révélé en feu : et le feu discernera quelle sera l'œuvre d'un chacun. Si l'œuvre de quelcun l)rusle, il en fera perte : quant à luy, il en sera sauvé, toutestbis par le feu (I Cor. 3, 12. lo). De quel feu parle, disent-ils, sainct Paul, sinon de purgatoire, par lequel noz macules sont lavées, afm que nous entrions purs au royaume de Dieu ? Je rcspon, que plusieurs mesmes des Anciens l'ont autrement exposé, prenans le nom de Feu pour croix et tribulation, par lacjuelle le Seigneur examine les siens pour les purger de toutes leurs ordures. ^' Et de fait, cela est beaucouj) plus \Tay semblable, que d'imaginer un Purgatoire. Combien que je ne reçoy ceste opinion, pource qu'il me semble advis (lue j'en ay une plus certaine et plus claire. Mais devant que venir là, je leur demande s'ils pensent qu'il ait fallu que les Apostres et tous les saincts ayent passé par ce feu de purgation. Je suis asseuré qu'ils le nieront. Car ce seroit une chose trop absurde, de confesser que ceux qui ont eu tant de mérites superfluz, qu'ils en ont peu eslargir à toute l'Eglise, comme ces resveurs l'imaginent, ayent eu besoin d'estre purgez. Or sainct Paul ne dit pas que l'ouvrage d'aucun sera esprouvé, mais

de tous : auquel nombre universel sont enclos les Apostres. Ce ne suis-je pas qui fay cest argument, mais c'est sainct Augustin, en reprouvant par iceluy l'exposition ([ue font aujourdhuy noz adversaires. ^* Il y a encore plus, que sainct Paul ne dit pas que ceux qui passeront par le feu endureront pour leurs peciiez : mais il dit que ceux qui auront édifié l'Eglise de Dieu le plus fidèlement qu'il est possible, recevront leur loyer après que leur ouM'age aura esté esprouvé par feu. Premièrement nous voyons que î'Aposlre a usé de métaphore ou similitude, en appellant les doctrines forgées au cerveau des hommes, foin, et ijois, et chaume. La raison aussi de ceste similitude est évidente : assavoir, que comme le l)ois, incontinent qu'on l'approche du feu, est consumé, ainsi telles doctrines humaines ne pourront consister nullement, quand elles viendront en examen. Or c'est chose notoire, que cest examen se fait par le sainct Esprit. Afm donc de pouisuyvre ceste similitude, et approprier une partie à l'autre : il a appelle fexamen du sainct Esprit, Feu. Car tout ainsi que l'or et l'argent, d'autant plus qu'on les approche du feu, sont plus certainement esprouvez, à ce qu'on puisse cognoistre leur pureté : en telle sorte la \erité de Dieu, d'autant qu'elle est plus diligemment considérée par examen spirituel, est par cela mieux confermée en son aulliorilé. Comme bois, chaume et foin, quand on les met au feu, sont incontinent esprins pour estre rédigez en cendre : ainsi toutes inventions humaines qui ne sont establies en la paroUe de Dieu, ne peuvent jjorter l'examen de l'Esprit, qu'elles ne soyent deslruites et anéanties. En sommes, si les doctrines conlrouvées sont à comparager au bois, au chaume et au foin, d'autant que comme bois, chaume et foin elles sont bruslées par le feu, et réduites à néant : et qu'il soit ainsi qu'elles ne sont deslruites et dissipées sinon par l'Esprit de Dieu, il s'ensuit donc que l'Esoiit est le feu par le()uel elles sont esprouvées. Ceste espreuve est nommée par sainct Paul, Jour du Seigneur, selon l'usa-^e de l'Escrilure, laquelle parle ainsi toutes fois et quantes que le Seigneur en quel(]ue manière que ce soit, manifeste aux hommes sa présence. Or principalement sa face nous reluist, quand sa vérité nous est esclarcie. Nous avons desja prouvé que ce feu ne signifie autre chose en sainct Paul, que l'examen du sainct Esprit. Maintenant il reste d'entendre comment seront sauvez par le feu ceux qui feront la perle de leur ouvrage. Ce qui ne sera point difficile, si nous considérons de quel genre d'hommes il parle là. Car il fait mention de ceux qui en voulant édifier l'Eglise, retiennent le bon fondement, mais y adjoustent matière diverse, et laquelle ne respond point : c'est à dire qu'ils ne se destournent point des principaux et neces-

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