‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 314 sur 703 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La somme de la vie Clirestiemie : où il est traité de renoncer

à nons-mesmes.

i. Venons maintenant au second poinct. Combien que la Loy de Dieu a une treshonne méthode, et une disposition bien ordonnée pour constituer nostre vie. neantmoins il a semblé expédient à ce bon Maistre céleste, de former les siens à une doctrine plus exiiuise, à la reigle qu'il leur avoit baillée en sa Loy. Le commencement ilonc de ceste manière (pi'il tient, est tel : assavoLi' (lue l'office des fidèles estd'olfrir leurs corps à Dieu en hostie vivante, saincte et agréable : et qu'en cela gist le service légitime que nous avons à luy rendre (Rom. 12, 1. i). De là s'ensuit ceste exhortation, (pie les fidèles ne s'accommodent point à la figure de ce siècle : mais soyent transformez d'une rénovation d'entendement, pour chercher et cognoistre la volonté de Dieu. Cela est desja un grand poinct, de dire que nous sommes consacrez et dédiez à Dieu, pour ne plus rien penser d'oresnavant, parler, méditer ne faire, sinon à sa gloire. Car il n'est licite d'appliquer chose sacrée à usage profane. Or si nous ne sommes point nostres, mais appartenons au Seigneur, de la on peut voir que c'est que nous avons à faire de peur d'errer, et où nous avons à adresser toutes les parties de nostre vie. Nous ne sommes point nostres, pourtant que nostre raison et volonté ne dominent point en noz conseils, et en ce que nous avons à faire. Nous ne sommes point nostres : ne nous establissons donc point ceste fin, de chercher ce qui nous est expédient selon la chair. Nous ne sommes point nostres : oublionsnuus donc nous-mesmes tant qu'il sera possible, et tout ce qui est à l'entour de nous. Derechef, Nous sommes au Seigneur : vivons et mourons à luy. Nous sommes au Seigneur : que sa volonté donc et .sagesse préside en toutes noz actions. Nous sommes au Seigneur : que toutes les parties de nostre vie soyent référées à luy, comme a leur fin unique. 6 combien a profité l'homme, lequel se cognoissant n'estre pas sien, a osté la seigneurie et régime de soy-mesme à sa propre raison, pour le resigner à Dieu! Car conmie c'est la pire peste qu'ayent les hommes poui- se perdie et ruiner, que de complaire à

eux-mesmes : aussi le port unique de salut est, de n'estre point sage en soy-mesme, ne vouloir rien de soy, mais suyvTe seulement le Seignem'. Pourtant que ce soit-là nostre premier degré, de nous retirer de nous-mesmes, afin d'appliquer toute la force de nostre entendement au service de Dieu. .l'appelle Service, non pas seulement celuy (|ui gist en l'oljcissance de sa paroUe, mais par lequel l'entendement de l'honmie estant vuide de son propre sens, se convertit entièrement et se submet à l'Esprit de Dieu. Ceste transformation, laquelle sainct Paul appelle Rénovation d'entendement (Ephes. 4, -2',)), a esté ignorée de tous les Philosophes, combien qu'elle soit la première entrée à vie. Car ils enseignent que la seule raison doit régir et modérer l'homme, et pensent qu'on la doit seule escouter et suy^Te : et ainsi luy défèrent le gouvernement de la vie. Au contraire, la philosophie Chrestienne veut qu'elle cède, et qu'elle se retire pour donner lieu au sainct Esprit, et estre domtée à la conduite d'iceluy, à ce que l'homme ne vive plus de soy, mais ait en soy et soutire Christ vivant et régnant (Gai. 2, 20).

2. De là s'ensuit l'autre partie que nous avons mise, c'est que nous ne cherchions point les choses qui nous agréent, mais celles qui sont plaisantes à Dieu, et appartiennent à exalter sa gloire. Cecy est aussi une grande vertu, que nous ayans quasi oublie uuus-mesnies, pour le moins ne nous soucians de nous, mettions peine d'appli(iuer et adonner fidèlement nostre estude à suyvre Dieu et ses conunaudemens. Car quand l'Escriture nous defeml d'avoir particulièrement esgard à nous, non seulement elle elTace de nostre cœur avarice, cupidité de régner, de parvenir à gTans lionneurs ou alliances : mais aussi elle veut extirper toute ambition, appétit de gloire humaine, et autres pestes cachées. Il faut certes que l'homme Chrestien soit tellement disposé qu'il pense avoir affaire à Dieu en toute sa vie. S'il a ceste cogitation, comme il pensera de luy rendre conte de toutes ses œuvres, aussi il rengera toute son intention à luy, et la tiendra en luy fichée. Car quiconque regarde Dieu en toutes

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