‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 316 sur 703 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

vices dont nous sommes pleins, nous les cachons soijïneusement envers les autres : et nous faisons accroiie (lu'ils sont petis et leviers, ou mcsmes aucuneslids les prisons pour vertus. Quant est des grâces, nous les estimons tant en nous, jusques à les avoir en ailniiration. Si elles apparoissent en d'autres, voire iiiesiiies plus grandes : à ce que nous ne soyons contreints de leur céder, nous les oliseurcissons. ou tiesprisons le plus (|u'il nous est possible. Aueontraire, quehpies vices (ju'il y ait en nos prochains nous ne nous contentons point de les observer à la ri^nieur : mais les amplifions odieusement. De la vient ceste insolence, qu'un chacun de nous, comme estant exempté de la condition ciimnunie. appelé prééminence par dessus tous les autres : et sans en excepter un, les me.sprise tous comme ses inférieurs. Les po- \Tes cèdent bien aux riches, les vilains aux nobles, les serviteurs à leurs maistres, les ignorans aux savans : mais il n'y a nul ipii n'ait en son cœur quehiue fantasie, qu'il est digne d'estre excellent par dessus tous les autres. Ainsi chacun eu suu endroit, en se tlatlant nourrist un royaume en son cœur. Car s'attribuant les choses dont il se plaist, il censure les esprits et les mœurs des autres. Que si on vient a contention, lors le venin sort et se monstre. Il en y a bien plusieurs qui ont quelque apparence de mansuétude et modestie, cependant (pi'ils ne voyent rien (jui ne vienne a gré : mais condjien y en a-il peu qui gardent douceur et modestie, quand on les picque et irrite ? Et de fait, cela ne se peut autrement faire, sinon (juc ceste peste mortelle de s'aymer et exalter soy-mesme, soit arrachée du itrofond du cœur, comme aussi l'Escriture en arrache. Car si nous escoutons sa doctrine, il nous faut souvenir (\\ic toutes les grâces (jue Dieu nous a faites, ne sont pas noz biens propres, mais dons ^latuils de sa largesse. Pourtant si (juclcun senorgueillist, il demonstre en cela son ingratitude. Qui est-ce qui te magnifie? dit sainct Paul. Kl si tu as reccu toutes choses, pounjuoy t'en glorifies-tu, comme si elles ne t'estoyent pas données (1 Cor. 4, 7)? D'autrepart, recognoissans assiduellement noz vices, nous avons à nous réduire à humilité. Ainsi, il ne restera rien en nous (|ui nous puisse enlk-r : mais plustost y aura grande matière de nous demtnire et abbatre. Davantage, il nous est cununandé que tous les dons de Dieu que nous voyons en noz prochains, nous soyent en tel honneur et révérence, qu'à cause d'eux nous honnorions les personnes auscjuclles ils résident. Car ce seroit troii grande audace et impudence, de vouloir despouiller un homme de l'honneur que Dieu luv a fait. 11 nous est derechef cuiumande de ne regarder point les vices, mais les couvrir : non pas pour les entretenir par flatterie, mais à ce que nous n'insultions

point à celuy qui a commis quelque faute, veu que nous luy devons porter amour et honneur. De la il adviendra (ju'a (piiconipie (pie ce soit que nous ayons atïaire, non seulement nous nous porterons modestement et modérément, mais aussi en douceur et amitié : coinnie aucontraire jamais on ne par\iendra par autre voye en vraye mansuétude, qu'en ayant le cœur disposé à s'abaisser, et hoimorer les autres.

o. Quant est de faire nostre devoir à chercher l'utilité de nostre prochain, combien y a-il de liifficulté ? Si nous ne laissons derrière la considération de nous-mesmes, et nous despouillons de toute affection charnelle, nous ne ferons rien en cest endroit. Car qui est-ce qui accomplira les offices que sainct Paul requiert en charité, sinon qu'il ait renoncé a soy, afin de s'addonncr du tout à ses prochains? Chanté, dit-il, est patiente, débonnaire : elle n'est point fascheuse, n'insolcnle : elle n'a nul orgueil, nulle envie : elle ne cherche point son proj)re (l Cor. 13, 4), etc. S'il n'y avoit (jue ce seul mot-lii, que nous ne devons j)oint chercher nostre propre utilité, encores ne faudroit-il pas faire peu de force à nostre nature, laquelle nous tire tellement en l'amour de nous-mesmes, qu'elle ne nous souffre point aisément d'estre nonchalans en ce qui nous est bon, pour veiller sur le profit des autres : ou plustost quitter nostre droit, pour le céder à nos prochains. Or l'Escriture ])our nous mener à ceste raison, nom remoustre que tout ce que nous avons receu de grâce du Seigneur, nous a esté commis à ceste condition, que nous le conférions au bien commun de l'Eglise. Et pourumt que l'usage légitime d'icelle est une amiable et libérale communication envers nos I)rochains, pour suyvre une telle comnuuu'cation, on ne iiouvoit trouver une meilleure reigle ne plus certaine, que quand il est dit, tout ce que nous avons de bon, nous avoir esté baillé en garde de Dieu : et ce a telle condition qu'il soit dispensé au profit des autres. Toutesfois l'Escriture passe encores outre, en accomparant les grâces (ju'a un chacun de nous, à la propriété qu'a un chacun membre en un corps humain. >'ul membre n'a sa faculté pour soy, et ne rappli(pie point a son usage |)articulier. mais en use au profit des autres : et n'en reroit nulle utilité, sinon celle (jui procède du profit qui est communément espandu par tout le corps. En ceste manière l'hounne fidèle doit exposer tout son pou\ oir à ses frères, ne prouvo\ant noint en particulier à soy, sinon qu'en ayant lousjours son intention dressée à l'utilité commune de l'Eglise (1 Cor. 12, 12). Pourtant que nous tenions ceste reigle, en bien faisant et exerçant humanité : c'est que de tout ce que le Seigneur nous a donné en quoy nous pouvons aider nostre prochain, nous en sommes dispensateurs, ayans une fois a ren-

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