‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 318 sur 703 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

chez d'une mesme affection de miséricorde à luy subvenir comme à eux-mesmes. Celuy qui aura un tel ooura^:t\ eu faisant plaisir à ses frères non seulement Uf euMlaminera ptiint sa benelieencc d'aucune arrogance ou reproche, mais ausgi ne mesprisera point celuy au(iuel il fait bien, pour son indigeuce, et ne le voudra subjuguer comme est^mt obligé à luy. Tout ainsi que nous n'insultons |iointà un de noz membres, pour leiiuel refuciller tout le reste du corps tia\ aille: et ne pensons point (ju'il soit spécialement obligé aux autres membres, pource qu'il leur a fait plus de lieirie ([u'il n'en a pris pour eux. Car ce que les membres se conuuuuiiiueul ensemble n'est pas estimé gratuit: mais plustost payement et satisfaction de ce (|ui est deu par la loy de nature : et ne se pourroit refuser, que cela ne vinst en horreur. Far ce moyen aussi nous gagnerons un autre poinct, que nous ne penserons point cstre deli\Tez et acquitez, quand nous aurons fait nostre devoir en quelque endroit, comme on estime communément. Car quand un homme riche a donné quelque chose du sien, il laisse Ik toutes les autres charges, et s'en exemple comme si elles ne luy appartenoyent de rien. Aucontraire, un chacun reputera que de tout ce qu'il a et de ce (ju'il peut, il est detteur à ses prochains, et (|u"il ne doit autrement limiter l'ûbligation de leur bien faire, sinon quand la faculté luy défaut: laquelle U'int qu'elle se peut estendre, se doit réduire a charité.

8. Traitons encore plus au long de l'autre partie du renoncement de nous mesmes, laquelle regarde Dieu. Nous en avons desja {)arlé çà et là: et seroit chose supertlue de repeter tout ce (lui en a esté dit. Il suffira de monstrer comment elle nous doit renger à patience et mansuétude. Première. nent donc en cherchant le moyen de vivre ou reposer à nostre aise, l'Escriture nous ramené tousjours là, que nous resignans à Dieu avec tout ce qui nous appartient, nous luy submettions les affections de nostre cœur poui' le domter et subjuguer. Nous avons une intempérance furieuse, et une cupidité effrénée à api)eter crédits et honneurs, a chercher puissances, à amasser richesses, et assembler tout ce qu'il nous semble advis estre propre à pompe et magnificence. D'autrepart, nous craignons et haissons merveilleusement povreté, petitesse et ignominie : pourtant les fuyons nous entant qu'en nous est. Pour la(|uelle cause on voit en quelle iiKpiietude d'esprit sont tous ceux <jui ordcmiient leur vie selon leur propre conseil, combien ils tentent de moyens : en combien de sortes ils se touriuentent, afin de parvenir où leur ambition et avarice les transporte, et afin d'éviter povreté et basse condition. Parquoy les fidèles, pour ne se point envelopper en ces laqs, auront à tenir ceste voye. Premièrement, il ne faut point qu'ils se désirent, ou espèrent, ou imaginent autre

moyen de prospérer, (pie tle la bénédiction de Dieu: et pourtant se doivent semement a[)puyer et reposer sur icelle. Car ja soit qu'il soit bien advis que la chair soit suffisante de soy-mesme à parvenir à son intention, quand elle aspire à honneur et richesses par son industrie, ou quand elle y met ses efforts, ou quand elle est aidée par la faveur des hommes : toutesfois il est certain que toutes ces choses ne sont rien, et que nous ne pourrons jamais nullement profiter ne par nostre engin, ne par nostre labeur, sinon d'autant que le Seigneur fera profiter l'un et l'autre. Au contraire, la seule bénédiction trouvera voye au milieu de tous onqjeschemens, pour nous donner bonne issue en toutes choses; Davantage, quand ainsi seroit (jue nous pourrions sans icelle acquérir (juelque honneur ou opulence (comme nous voyons tous les jours les meschans venir à grandes richesses et gros estas): neantmoins puis que là où est la malédiction de Dieu, on ne sauroit avoir une seule goutte de félicité, nous n'obtiendrons rien qui ne nous tourne à malheur, sinon que sa bénédiction soit sur nous. Or ce seroit une grande rage, d'appeler ce qui ne nous peut faire que misérables.

9. Pourtant si nous croyons que tout moyen de prospérer gist en la seule bénédiction de Dieu, et que sans icelle toute misère et calamité nous attend, nostre office est de n'aspirer à richesses et honneurs avec troj) grande cupidité, en fiance de nostre engin, ou diligence, ou faveur des hommes, ou de fortune : mais de regarder tousjours en Dieu, afin que par sa conduite nous soyons menez à telle condition que bon luy semblera. De là il adviendra que nous ne nous efforcerons point d'attirer richesses à nous, de voiler les honneurs par droit ou par tort, par violence ou cautele, et autres moyens obliques: mais seulement chercherons les biens qui ne nous destourneront point d'innocence. Car qui est-ce (jui espérera que la bénédiction de Dieu luy doyve aider en commettant fraudes et rapines, et autres meschancetez ? Car comme elle n'assiste point sinon à ceux qui sont droits en leurs pensées, et en leurs œuvres : ainsi l'homme qui la désire, doit estre par cela retiré de toute iniquité et mauvaise cogitation. Davantage aussi elle sera comme une bride pour nous restreindre, à ce que mms ne bruslions point d'une cupidité desordonnée de nous enrichir, et que nous ne tascliioiis ])oint ambitieusement à nous eslever. Car (luellf impudence seroit-ce, de pensef que Dieu nous doit aider à obtenir les choses que nous desirons contre saparolle? Ja n'advienne qu'il avance par l'aide de sa bénédiction, ce qu'il maudit de sa bouche. Finalement, quand les choses n'adviendront point selon nostre espoir et souhait ; par ceste considération nous serons retenus, afin de ne nous desborder en impatience, et détester nostre condition. Car nous

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