‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 321 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

grand Prophète, qui sera celuy de nous qui ne craindra pour estre sur ses gardes ? Et pourtant ce qu'ils se flattoyent concevans quelque opinion de grande fermeté et constance, cependant que toutes clioses estoyent paisibles : après avoir esté agitez de tribulation,ils cognoissoyent que c'estoit hypocrisie. Voila donc la manière comment il faut que les fidèles soyent advertis de leurs maladies : afin de profiter en humilité, et se despouiller de toute perverse confiance de la chair, pour se renger du tout à la grâce de Dieu. Or après s'y estre rengez, ils sentent que sa vertu leur est présente, en laquelle ils ont assez de forteresse.

3. C'est ce que sainct Paul signifie, disant que de tribulation s'engendre patience: et de patience, probation (Rom. 5, 3. 4). Car ce que le Seigneur a promis à ses fidèles, de leur assister en tribulations, ils sentent cela estre vray, quand ils consistent en patience, estans soustenus de sa main : ce qu'ils ne pouvoyent faire de leurs forces. Patience donc est une espreuve aux saincts, que Dieu donne vrayement le secours qu'il a promis, quand il est mestier. Par cela aussi leur espérance est eonfermée : pource (jue ce seroit trop grande ingratitude, de n'attendre point pour l'advenlr la vérité de Dieu, laquelle ja ils ont esprouvée estre ferme et immuable. Nous voyons desja combien de profits proviennent de la croix, comme d'un fil perpétuel. Car icelle renversant la fausse opinion que nous concevons naturellement de nostre propre vertu, et descouvrant nostre hypocrisie, laquelle nous séduit et abuse par ses flatteries, elle rabbat la présomption de nostre chair, laquelle nous estoit pernicieuse. Apres nous ayant ainsi humiliez : elle nous apprend de nous reposer en Dieu : lequel estant nostre fondement, ne nous laisse point succomber ne perdre courage. De cesle victoire s'ensuit espérance, d'autant que le Seigneur eu accomplissant ce qu'il a promis, establist sa vérité pour l'advenir. Certes quand il n'y auroit que ces causes seules, il appert combien nous est nécessaire l'exercitation de la croix. Car ce n'est point un petit profit, que l'amour de nous mesmes, lequel nous aveugle, soit osté, afin que nous cognoissions droitement nostre foiblesse : d'avoir un droit sentiment d'icelle, afin d'apprendre une deffiance de nous-mesmes : de nous deffier de nous-mesmes, afin de transférer nostre fiance en Dieu : de nous appuyer sur Dieu en certaine fiance de cœur, afin que par le moyen de son aide nous persévérions jusques à la fin victorieux : consister en sa grâce, à ce que nous le cognoissions estre vray et fidèle en ses promesses : avoir la certitude de ses promesses notoire, à ce que nostre espérance soit par cela eonfermée.

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