‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 322 sur 703 · Le Seigneur a encore une autre raison · texte numérisé non relu

Le Seigneur a encore une autre raison

d'affliger ses serviteurs : c'est afin d'esprouver leur patience, et les instruire à obéissance. Non pas qu'ils puissent avoir autre obéissance que celle qu'il leur a donnée : mais il luy plait de monstrer ainsi et testifier les grâces qu'il a mises en ses fidèles, à ce qu'elles ne demeurent point oysives et cachées au-dedans. Parquoy quand il met en avant la vertu et constance de soulîrir qu'il a donnée à ses serviteurs, il est dit qu'il espreuve leur patience. Dont aussi ces façons de parler sont déduites : qu'il a tenté Abraham, et a cogneu sa pieté, d'autant qu'il n'a point refusé d'immoler son fils pour luy complaire (Gen. 22, 1. 12). Pourtant sainct Pierre dit que nostre foy n'est pas moins esprouvée par tribulation, que l'or est examiné en la fournaise (1 Pierre 1, 7). Or qui est-ce qui niera cela estre expédient, qu'un don si excellent, lequel le Seigneur a ftiit à ses serviteurs, soit appliqué en usage, afin d'estre fait notoire et manifeste ? Car jamais on ne l'estimeroit autrement comme il appartient. Que si le Seigneur a juste raison de donner matière aux vertus qu'il a mises en ses fidèles, pour les exerciter, à ce qu'elles ne demeurent point en cachette, et mesmes à ce qu'elles ne soyent point inutiles : nous voyons que ce n'est pas sans cause qu'il envoyé afflictions, sans lesquelles leur patience seroit nulle. Je dy aussi qu'il les instruit par ce moyen à obéir : veu qu'ils apprennent par cela de ne vivre pas à leur souhait, mais k son plaisir. Certes si toutes choses leur advenoyent comme ils demandent, ils ne sauroyent ([ue c'est de suyvre Dieu. Or Seneque philosophe Payen, dit que c'a esté un ancien proverbe, quand on vouloit exhorter quelcun à endurer patiemment adversitez,, d'user de ce mot, Il faut suyvre Dieu. *° En quoy ils signifloyent que lors finalement l'homme se submet au joug du Seigneur, quand il se laisse chastier, et preste volontairement la main et le dos à ses verges. Or si c'est chose raisonnable que nous nous rendions en toutes manières obeissans au Père céleste : il n'est pas à refuser qu'il nous accoustume en toute manière (ju'il est possible à luy rendre obéissance.

5. Toutesfois nous ne voyons pa? encore combien icelle est requise, sinon que nous reputions (|uelle est l'intempérance de nostre chair, à rejetter le joug du Seigneur, incontinent qu'elle est un peu délicatement traitée. Car il en advient autant qu'aux chevaux rebelles : lesquels après avoir esté quelque temps en l'estable oisifs et bien repeuz, ne se peuvent puis après domt:r, et ne recognoissent leur maistre, auquel ils se laissoyent auparavant renger. Bref, ce que le Seigneur se plaind estre advenu au peuple d'Israël, se voit coustumierement en tous hommes : c'est qu'estans engressez en trop douce nourriture, ils regimbent contre celuy qui les a nourris (Deut. 32, lo). Bien est vray qu'il convenoit que

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