CHAPITRE VIII
la beneficence de Dieu nous attirast à reputer et aimer sa bonté : mais puis que nostre inyratituile est telle, (pie nous sommes plustost corlumpus par sa douceur et son traitement amiable, qu'incitez à bien, il est plus que nécessaire (ju'il nous tienne la i)ride serrée, et nous entretionne en (piel(|ue discipline, de peur que ne nous desbordions en telle pétulance. Pour ceste cause, afin (pie nous ne devenions fiers par trop grande abondance de biens, afin que les lionneurs ne nous enorgueillissent, afin (pie les ornemens (jue nous avons selon le corps ou selon l'ame, n'engendrent quel(iue fierté ou desbordement en nous, le Seigneur vient au devant, et y met ordre, refrénant et donnant par le remède de la croix l'insolence de nostre chair. Et ce en diverses sortes, comme il cognoist estre expédient et salutaire a chacun. (]ar nous ne sommes point si malades les uns que les autres, ne d'une mesme maladie : et p(»ui"taiit il n'est ja mestier (|ne la cure soit pareille en tous. C'est la raison pourquoy il exerce les uns en une espèce de croix, les autres en l'autre. Xeantmoins combien qu'en voulant pourvoir à la santé de tous, il use de plus douce médecine envers les uns, de plus aspre et rigoureuse envers les autres : si est-ce qu'il n'en laisse pas un exempt, d'autant qu'il cognoit tout le monde estre malade.
6. Davantage, il est mestier que nostre bon Père non seulement prévienne nostre infirmité pour l'advenir : mais il est aussi expédient souventeslbis qu'il corrige noz fautes passées, pour nous retenir en obéissance vers soy. Pourtant, incontinent (pi'il nous vient (pielque affiiction, nous devons avoir souvenance (^le nostre vie passée. En ce fai.sant nous trouverons .sans doute, que nous avons commis quebiue faute digne (l'un tel cl.astiment; combien qu'a la vérité, il ne nous falloit prendre de la recognoissance de nostre j)eché la princijjale matière pour nous exhorter a patience : car l'Escriturc nous baille en main une bien meilleure considération, en disant ([ue le Seigneur nous corrige par ailversitez. afin de ne nous point condamner avec ce monde d Cor. 11, '.ii). Nous avons donc à recognoistre la clémence et bénignité de nostre Père au milieu de la plus grande amertume qui soit aux tribulations : veu qu'en cela mesme il ne cesse d'avancer nostre salut; car il nous affiige non pas pour nous perdre ou ruiner, mais pour nous délivrer de la conilamnation de ce monde. Ceste pensée nous mènera a ce (|ue TEscriture nous enseigne ailleurs, disant. Mon enfant, ne rejette point la correction du Seigneur, et ne te fasche point (piand il t'argue : car Dieu corrige ceux qu'il aime, et les entretient comme ses enfans (Prov. 3, H. 1:2). Quand nous oyons dire que ses corrections sont verges paternelles, n'est-ce pas nostre office de nous rendre enfans dt)ciles, plustost qu'en résistant ensu\Tre les
gens désespérez, qui sont endurcis en leur maléfices? Le Seigneur nous perdroit s'il ne nous retiroit à soy par corrections, quand nous avons failly. Et connue dit l'Apostre, Nous sommes bastards, et non pas enfans légitimes, s'il ne nous ti(>nt en discipline (llebr. 1:2,8). Nous sommes donc par troj) pervers si nous ne le pouvons endurer, quand il nous declaire sa benevolence et le soin (ju'il a de nostre salut. L'Escriture note ceste ditTerence entre l(>s incrédules et les fidèles : (jue les premiers a la manière des serfs anciens qui estoyent de nature perverse, ne font (pi'iMuiiirer et s'endurcir au fouet : les seconds profilent a repentance et amendement connue enfans bien naiz : élisons maintenant des(juels nous aymons mieux estre. Mais pource qu'il a esté traité autrepart de cest argument, il nous suffira d'en avoir icy touché en bref.
7. Mais la souveraine consolation est, quand nous emlurons persécution pour justice. Cai' il nous doit lors souvenir quel honneur nous fait le Seigneur en nous donnant les enseignes de sa gendarmerie. .l'appelle Persécution pour jus- Uce, non seulement (juand nous souflVons i)our défendre l'Evangile, mais aussi pour maintenir toute cause equitalîle. Soit donc que pour défendre la vérité de Dieu contre les mensonges de Satan, ou bien pour soustenir les innocens contre les meschans, et empescber qu'on ne leur face tort et injure, il nous faille encourir haine et indignation du monde, dont nous venions en danger de nostre honneur, ou de nos biens, ou de nostre vie, qu'il ne nous face point de mal de nous employer jusques là pour Dieu, et que nous ne nous reputions malheureux, quand de sa bouche il nous prononce cstre bien heureux (Matth. 5, 10). Il est Itien vray que povreté, si elle est estimée en soy-mesme, est misère: semblablement exil, mesprîs, ignominie, prison : finalement la mort est une extrême calamité : mais où Dieu aspire par sa faveur, il n'y a nulle de toutes ces choses, laquelle ne nous tourne à bonheur et félicité. Contentons-nous donc plustost du tesmoignage de Christ que d'une fausse opinion de nostre chair : de là adviendra (ju'à l'exemple des Apostres, nous nous resjouirons toutes fois et (|uantes qu'il nous reputera dignes (pie nous endurions contumelic pour son Nom (Act. o, 41). Car si estans innocens et de bonne conscience, nous sommes despouillez de nos biens par la meschanceté des iniques, nous sommes bien appovris devant les hommes, mais par cela les vrayes richesses nous accroissent envers Dieu au ciel. Si nous sommes chassez et bannis de nostre pays, nous sommes d'autant plus avant receus en la famille du Seigneur. Si nous sommes vexez et molestez, nous sommes d'autant plus conformez en nostre Seigneur pour y avoir recours. Si nous recevons opprobre et ignominie, nous sommes d'au-