‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 325 sur 703 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

et a en horreur tout ce qui luy est contniire : d'autrepart, l'alîeotiun de pieté les tire en obéissance (le la volonté de Dieu, par le milieu de ces diflicultez. Latiuelle répugnance Jésus (llnist a exprimée parlant ainsi à sainct Pierre, Q.uand tu estais jeune, tu te ceigiiois à ton plaisir, et clieniinois où bon te sembloit : quand tu seras vieil, un autre te ceindra, et te mèneras où tu ne voudras point (Jean 21, 18). Il n'est pas certes vray-send)lable que sainct Pierre ayant <à fflorifier Dieu par la mort, ait esté trainé à ce faire par contreinte et mauf^ré qu'il en eust ; autrement son martyre n'auroit !)as ^Tand'louanj,a\ Neantmoins combien qu'il obtemperast à l'ordonnance de Dieu d'un couraj^^e franc etallaip^rc, pourc« qu'il n'avoit point despouillé son bumanité. il estoit distrait en double volonté. Car quand il reputoit la mort cruelle (ju'il devoit souffrir, estant estonnéde l'horreur d'icelle, il en fust volontiers eschappé. D'autrep.irt, quand il consideroit qu'il y estoit appelle par le commandement de Dieu, il s'y presentoit volontiers, et mesme joyeusement, mettant toute crainte sous le pied. Pourtant si nous voulons estre disciples de Christ il nous faut mettre peine que nos cœurs soyent remjjlis d'une telle révérence et obéissance de Dieu, laquelle puisse domter et subju^mer toutes affections contraires à son plaisir. De Là il adviendra qu'en quelque tribulation ([ue nous soyons, en la plus grande destresse de coeur qu'il sera possible d'avoir, nous ne laisserons point de retenir constamment patience: car les adversitez auront tousjours leur aigreur, laquelle nous mordra. Pour la([uelle cause, estans affligez de maladie nous gémirons, et nous pleindrons, et désirerons santé: estans pressez d'indigence, nous sentirons quebpies aiguillons de perplexitéet.solicitude. Pareillement l'ignominie, conlemnement, et toutes autres injures nous navreront le coeur. Quand il y aura quelcun de nos [larens mort, nous rendrons <à nature les larmes (pii luy sont deues. Mais nous reviendrons tousjours à ceste conclusion : Néantmoins Dieu l'a voulu, suyvons donc sa volonté. Mesme il faut (jue ceste cogitation intervienne parmy les ponctions de douleur, et larmes et gemissemens, afin de réduire nostre cœur à porter joyeusement les choses desquelles il est ainsi contristé.

il. Pource que nous avons prins la principale raison de bien tolérer la croix, de la considération de la volonté de Dieu : il faut brièvement définir quelle différence il y a entre la patience Chrestienne et philosophique. Il y a eu bien peu de Philosophes qui soyent montez si haut, que d'entendre les hommes estre exercitez de la main de Dieu par afflictions, et pourtant, qu'en cest endroit il nous faut obtempérera sa volonté. Mais encores ceux qui sont venus jusques là,

n'amènent point d'autre raison, sinon pource qu'il est nécessaire. Or qu'est cela dire autre chose, sinon (|u'il faut céder à Dieu, pource (ju'en vain on s'ellorceroit d'y résister? Car si nous obéissons à Dieu seulement pource qu'il est nécessaire, (piand nous pourrons fuir, nous cesserons de luy obéir. Mais l'Escriture veut bien que nous considérions autre chose en la volonté de Dieu : assavoir premièrement sa justice et équité, puis après le soin (ju'il a de nostre salut. PourUant les exhortations (^hrestiennes sont telles : Soit que povreté, ou bannissement, ou prison, ou contumolie, ou maladie, ou perte de parens, ou autre adversité nous tourmente, nous avons à penser que rien de ces choses n'advient sinon par le vouloir et providence du Seigneur : davantage, (ju'iceluy ne fait rien sinon d'une justice bien ordonnée. Car quoy? les péchez ([ue nous commettons journellement, ne meritent-ils pas d'estre chastiez plus aspremeut cent mille fois et de plus grande sévérité, que n'est celle dont il use? N'est-ce pas bien raison que nostre chaii" soit domtée, et comme accoustumée au joug, à ce qu'elle ne s'esgare point en intempérance selon que sa nature porte? La justice et vérité de Dieu ne sont-elles pas bien dignes que nous endurions pour elles? Si l'équité de Dieu api)aroist évidemment en toutes noz afflictions, nous ne pomons sans iniquité murmurer ne rebeller. Nous n'oyons pas icy ceste froide chanson des Philosophes, qu'il se faille submettre d'autant qu'il est nécessaire : mais une remonstrance vive et pleine d'efficace, qu'il faut obtempérer, pour ce qu'il n'est licite de résister, qu'il faut prendre patience, pource qu'impatience est contumace contre la justice de Dieu. Or pource qu'il n'y a rien qui nous soit droitement amiable, sinon ce que nou.s cognoissons nous estre bon et salutaire, le Père de miséricorde nous console aussi bien en cest endroit, affermant qu'en ce qu'il nous afflige par croix, il pourvoit a nostre salut. Ouc si les tribulations nous sont salutaires, pourquoy ne les recevrons-nous d'un cœur jjaisible et non ingrat? Parquoy en les endurant patiemment nous ne succombons point à la nécessité, mais acquiesçons à nostre bien. Ces considérations, dy-je, feront ([u'autant que nostre camr est enserré en la croix par l'aigreur naturelle d'icelle, d'autant il sera dilaté de joye spirituelle. De là aussi s'ensuyvra action de grâces, laf[uelle ne peut estre sans joye. Or si la louange /lu Seigneur et action de grâces, ne peut sortir que d'un C(eur joyeux et allaigre, et neantmoins ne doit estre empeschée par rien du monde, de là il appert combien il est nécessaire que l'amertume qui est en la croix soit tempérée de joye spirituelle.

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