CHAPITRE VIII
vantde ces dîuijjers par trosltons romoilos. Moyse rat'onte que tiuis cens ans aupaia\aiit, Jacob avûit bénit ses successeurs esUuit inspiré de Dieu à cela, comment est-ce iju'il anoblit ou avance son parent;i;,'e ? mais j^lustost en la personne de Levi il le ilegrade avec infamie perpétuelle. Simeon et Levi, dit-il, instrumens d'iniquité : ([ue mon ame n'entre point en leur conseil, mu lan^^ue ne s'adjoigne point a leur secret (Gen. 49, 5. 6). Il pouvoit bien mettre sous le pied mi tel o|)probre, non seulement pour esparj,Mier son |)ere. mais aussi pour ne se point niachurer et dilTamer avec toute sa maison de la mesme ijj;nominie. Je vous prie-, comment nous peut-il estre suspect, veu (pi'en publiant (jue l'autlieur et la iiremiere souche de la famille de laquelle il estoit descendu avoit esté prononcé détestable par le sainct Esprit ? Il n'a nul esy[ard à son protit particulier, et mesme ne refuse pas de s'exposer à la haine de tous ses parens. ausquels sans doute cela venoit mal à gré. Pareillement en recitant le murmure auquel Aarou son propre frère et Marie sa sœur s'estoyent monstrez rebelles contre Dieu (Nom. li. 1), dirons nous (ju'il ait esté poussé d'affection charnelle, et non plustost cju'il a obey au commandement du sainct Esprit ? Davantage, puisiju'il avoit toute authorité et crédit, pourquoy au moins ne laisse-il la dignité sacerdotale à ses enfants, mais les rejette bien loin en basse condition ? J'ai allégué ce peu d'exemples, combien qu'il y en ait grande quantité : tant y a que nous rencontrerons par toute la Loy des argumens tant et plus pour nous y faire adjouster foy. et nous monstrer que Moyse sans contredit est comme un Ange de Dieu venant du ciel.
o. Outreplus tant de miracles et si notables qu'il recite, sont autant d'approbations de la Loy publiée [lar iuy : car ce qu'il a esté ravy eu ime nuée sur la montagne : ce qu'il est là demouré (jiKU'ante jours sans converser avec les hommes (Exode 2i, 18): ce qu'en publiant la Loy il avoit sa face tellement luis.-mte que les rais en sortoyent comme du soleil : ce que les esclairs, tonnerres et tempestes volloyent en l'air : que la tronq)ette sonnoit sans bouche iriiomme : que l'entrée du tabernacle estoit cachée par fois de la veue du peuple jiar la nuée (Ex. 31, 29: 19, 16: 40, :Vi): que l'authorite dudit Moyse fut si excellemment maintenue par ceste horrible vengeance (jui tomba sur Choré, Dathan et Abyron avec toute leur séquelle : que le rocher estant frappé de sa verge jetUi une rivière : que Dieu à la recjueste d'iceluv lit plouvoir la manne du ciel (Nomb. 16. 24: 20. 10: H, 9) : Dieu par cela ne le recommandoit-il pas comme un l^rophete indubitable envoyé de .sa part? Si (luelcun objecte, que je pren les choses pour certaines ausquelles on pourroit contredire : ceste ca\ illation est fa-
cile a soudre. veu que Moyse publioit telles histoires en l'assemblée : je vous prie, comment eust-il menti envers ceux qui avoyent tout veu de leurs propres yeux ? C'est bien à propos, qu'il se fust présenté au peuple pour le redarguer d'inlidelité. rébellion, ingratitude et autres crimes, et cependant qu'il se fust vanté que sa doctrine avoit esté ratitiée en leur jiresence par les miracles que jamais ils n'eussent veu. Et de ftiit ce poinct doit estre bien noté, toutes fois et quantes (lu'il traite des miracles, t;mt s'en faut qu'il cherche faveur, que plustost il conjoint non sans amertume les péchez du peuple, qui le pouvoyent piquer à y contredire, s'il y eust eu la moindre occasion du mondé : dont il apjiert (ju'il n'(tnt esté induits à y aquiesser, sinon d'autant (ju'ils estoyent convaincus par expérience. Au reste, pource (juc la chose estoit si notoire (|ue les payens mesmes, je di les anciens escrivains, n'ont pas osé nier que Moyse n'eust fait des miracles : le diable père de mensonge leur a suggéré une calomnie, quanil ils ont dit que c'estoit par art magi(iue: mais quelle conjecture ont-il de le charger d'avoir esté magicien, veu (|u'il a tant détesté ceste superstition, jusques à commander qu'on lapidast tous ceux (|u'on trouveroit s'en estre meslez ? Et de fait nul trompeur ou enchanteur ne fait ses illusions, qu'il ne tasche pour acquérir bruit d estonner et estourdir les sens du peuple (Ex. 7, 12; Levit. 20, 6). (Ju'esf-ce que Moyse a fait en protestant haut et clair que Iuy et son frère Aaron ne sont rien, mais que simplement ils exécutent ce que Dieu leur a ordonné (Ex. 16 s.) ? Il se purge assez de toute mauvaise note. Et si on considère les choses telles qu'elles sont, quel enchantement auroit fait descendre chacun jour la manne du ciel, qui suffist à nourrir le peuple : et si ([uelcun en avoit pris outre mesure, en ce qu'elle pourrissoit, il fust appris par cela que Dieu punissoit son incrédulité ? Il y a plus, c'est que Dieu a permis (jue son serviteur ait esté examiné de si bonnes et vives esprœuves, (jue maintenant les mesdisans ne prolitent de rien en detractant ou gergonnant contre Iuy. Car combien de fois le peuple s'est-il orgueilleusement et sans honte eslevé pour le ruiner ? quelles conspirations ont esté dressées par aucuns ? A-ce esté i)ar illusions ciu'il a eschappé leur fureur ? Biief l'événement monstre que par tels moyens sa doctrine a esté ratifiée à jamais. 6. Pareillement ce qu'en la personne du patriarche Jacob il assigne à la lignée de Juda {irincipauté sur t(jut le corps (Gen. 49, 10; : qui est-ce qui niera que cela n'ait esté fait par esprit [)ropheti(iue ? Mesme si nous reputons bien la chose, et la mettons devant noz yeux comme elle est advenue : posons le cas que Moyse eust esté le premier autheur de ceste sentence, toutesfois depuis qu'il l'a mise par escrit, quatre cens