CHAPITRE XI
De la justification de la foy: et premièrement de la définition
du mot et de la chose.
1. Il me semble advis que j'ay assez diligemment exposé cy dessus, comment il ne reste qu'un seul refuge de salut aux hommes : assavoir en la foy, puis que par la Loy ils sont tous maudits. Il me semble aussi que j'ay suffisamment traité que c'est que foy, et quelles grâces de Dieu elle communique à l'homme, et quels fruits elle produist en luy. Or la somme a esté, ([ue nous recevons et possédons par foy Jésus Christ, comme il nous est présenté par la bonté de Dieu : et qu'en participant à luy, nous en avons double grâce. La première est, qu'estans par son innocence reconciliez à Dieu, au lieu d'avoir un juge au ciel pour nous condamner, nous y avons un Père tresclement. La seconde est, que nous sommes sanctifiez par son Esprit pour méditer saincteté et innocence de vie. Or quant à la régénération, qui est la seconde grâce, il en a esté dit selon qu'il me sembloit estre expédient. La justification a esté plus legierement touchée : pource qu'il estoit mestier d'entendre premièrement combien la foy n'est point oysive et sans bonnes œuvres, combien que par icelle nous obtenions justice gratuite en la miséricorde de Dieu: aussi d'entendre quelles sont les bonnes œuvres des saincts, esqucUes gist une partie de la question que nous avons à traiter. Il faut donc maintenant considérer plus au long ce poinct de la justification de foy, et tellement considérer, qu'il nous souvienne bien que c'est le principal article de la religion Chrestienne,afin qu'un chacun mette plus grand'peine et diligence à en savoir la resolution. Car comme nous n'avons nul fondement pour establir nostre
salut, si nous ne savons quelle est la volonté de Dieu envers nous : aussi nous n'avons nul fondement pour nous édifier en pieté et crainte de Dieu. Mais la nécessité de bien entendre ceste matière apparoistra mieux de l'inteUigence d'icelle.
2. Or de peur de chopper dés le premier pas (ce qui adviendroit, si nous entrions en dispute d'une chose incertaine) il nous faut premièrement expliquer que signifient ces locutions, Estre justifié devant Dieu, et Estre justifié par foy ou par les œuvres. Celuy est dit estre justifié devant Dieu qui est réputé juste devant le jugement de Dieu, et est agréable pour sa justice. Car comme l'iniquité est abominable à Dieu, aussi le pécheur ne peut trouver grâce devant sa face, entant qu'il est pécheur, et pendant qu'il est tenu pour tel. Pourtant, par tout où il y a péché, là se declaire l'ire et la vengeance de Dieu. Celuy donc est justifié qui n'est point estimé comme pécheur, mais comme juste : et à ceste cause peut consister au throne judicial de Dieu, auquel tous pécheurs tresbuschent et sont confus. Comme si quelque homme accusé à tort, après avoir esté examiné du juge, est absous et declaire innocent, on dira qu'il est justifié en justice: ainsi nous dirons l'homme estre justifié devant Dieu, lequel, estant séparé du nombre des pécheurs, a Dieu pour tesmoin et approbateur de sa justice. En ceste manière nous dirons l'homme estre justifié devant Dieu par ses œu\Tes, en la vie duquel il y aura une telle pureté et saincteté, qu'elle méritera filtre de justice au siège judicial de