‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 335 sur 703 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Dieu : ou bien, lequel par intégrité de ses œuvres pourra respondre et satisfaire au jugement de Dieu. Aucontraire celuy sera dit justifié par foy, le(iuei estant exclus de la justice des œuvres, appréhende par foy la justice de Jésus Christ: de laquelle estant vestu, il apparoist devant' la face de Dieu, non pas comme pechem', mais comme juste. Ainsi nous disons en somme, que nostre justice devant Dieu est une acception, par laquelle nous recevant en sa grâce, il nous tient pour justes. Et disons qu'icelle consiste en la remission des péchez, et en ce que la justice de Jésus (>lirist nous est imputée.

3. Nous avons plusieurs tesmoignages de l'Escriture et bien clairs, pour confermer cela. Premièrement on ne peut nier que ceste ne soit la pro])re signiiication du mot. et la plus usitée. Mais pource quil seroit trop long d'amasser tous les passages pour les comparer l'un à l'autre, il suffira d'en donner quel(|ue advertissemenl aux lecteurs. J'en allogueray donc quelque peu des plus exprès. Premièrement, quand sainct Luc recite que le peuple ayant ouy Jésus Christ, a justifié Dieu: et quand Jésus Christ prononce (jue la sagesse est justifiée par ses enfans (Luc 7, 29. 35): ce n'est pas à dire ou que les hommes donnent justice à Dieu, laquelle demeure tousjours parfaite en luy, combien que tout le monde tasche de l'en despouiller: ou bien qu'ils puissent faire la doctrine de salut ju.ste, laquelle a cela desoy-mesme. Mais le sens est. que ceux desquels il est parlé, ont attribué à Dieu et à sa parollc la louange qu'ils meritoyent. A l'opposite quand Jésus Christ reproche aux Pharisiens (qu'ils se justifient (Luc 16, lo): ce n'est pas qu'ils taschassent d'acquérir justice en bien faisant : mais pource que par leur ambition i's pourchassoyent d'avoir réputation de justice, combien qu'ils en fussent \Tiides. Cecy est assez entemlu de ceux qui sont exercez en la langue Ik-braique, laquelle appelle Pécheurs ou malfaiteurs non seulement ceux qui se sentent coulpables, mais qui sont condamnez. Car Bethsabé, en disant ([u'cUe et son fils Saluinon seront pécheurs (l Rois 1,21), n'entend pas se charger de crime: mais elle seplaind qu'i'lle et s:n fils seront exposez à opprobre, pour e«tre mis du reng des malfaiteurs, si Daviil n'y prou^ oit. Et il appert par le fil du texte, que ce verbe mesme en Grec et en Latin ne se peut autrement pivndre que pr)ur estre estimé juste.et n'emporte point une (lualitéd'elfect. Quant à la cause présente (jue nous traitons, là où sainct Paul dit que l'Escriture a prévu que Dieu justifie k-s gens jiMr foy ((lai. 3, 8; lluiii. 4, o): que pouvons-nous entendre, sinon qu'il les reçoist comme justes par la foy ? Item, ([uand il dit que Dieu justifie le pécheur qui croit en Jésus Christ (Rom. 3, 26), quel peut estre le sens, sinon qu'il délivre les pécheurs de la damnation laquelle

leur impieté meritoit? Il parle encore plus clairement en la conclusion, en disant. ()ui est-ce qui accusera les eleus de Dieu, ([uand Dieu les justifie ? (Jui est-ce qui les condamnera, puis que Christ est mort: et mesme resuscité, maintenant intercède pour nous (Rom. H. 33. 34)? (^ar c'est autant comme s'il disoit, (Ju'est-ce qui accusera ceux que Dieu absout? Qui est-ce qui condamnera ceux desquels Jésus Christ a pris la cause en main, pour en estre advocat ? Justifier donc n'est autre chose, sinon absoudre celuy qui estoit accusé, comme ayant approuvé son innocence. Pourtant, comme ainsi soit que Dieu nous justifie par le moyen de Jésus (Christ, il ne nous absout point entjmt que nous soyons innocens: mais c'est en nous tenant gratuitement pour justes, nous repulaut justes eu Christ, combien que nous ne le soyons pas en nousmesmes. Ce qui est expliqué en la prédication de sainct Paul au treizième des Actes, quand il dit, Par Jésus Christ vous est annoncée la remission des péchez : et de toutes les choses desquelles vous ne pouviez estre justifiez en la Loy de Moyse, quicomiue croit en luy est justifié (Act. 13, 38. 39). Nous voyons que le mot de Justification est mis en ce passage après la remission des péchez, comme une exposition : nous voyons qu'il est clairement prins pour absolution: nous voyons que la justification est ostée aux œuvres : nous voyons (lue c'est une pure grâce en Jésus Christ: nous voyons qu'elle est receue par foy : nous voyons finalement que la .satisfaction de Jésus Christ est interposée, d'autant que c'est par luy que nous obtenons un tel bien. En ceste manière quand il est dit que le Publicain deseendist du Temple justifié (Luc 18. li). nous ne pouvons dire qu'il eust acquis justice par aucun mérite de ses œun-es: mais c'est à dire, qu'après avoir obtenu pardon de ses péchez, il a esté tenu pour juste devant Dieu; ainsi il n'a point esté juste pour la dignité de ses œuvres, mais par absolution gratuite. Pourtant ceste sentence de sainct Ambroise est très-bonne, quand il dit que la confession de nos péchez est nostre vraye justification.*^

4. Mais encore laissant la disputation du mot, si nous consirlerons droitement la chose, il n'y aura imlle ditficulté : car sainct Paul use de ce mot, que Dieu nous accepte (|uan<J il veut dire que Dieu nous justifie : Nous sommes, dit-il, prédestinez pour estre enfans de Dieu adoptifs par Jésus Christ, h la louange de sa grâce glorieuse, par laquelle il nous a acceptez, ou eu pour agréables (Ephes. l,o. 6). Par ces mots il ne signifie autre chose que ce qu'il dit en d'autres passages, que Dieu nous justifie gratuitement (Rom. 3, 24). Et au quatrième chapitre de l'Epistre aux Romains, premièrement il dit que nous sommes justes, entant que Dieu nous repute tels de sa grâce : et enclosl nostre justifica-

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