LIVRE III
tioD en la remission des péchez. Celuy, dit-il, est nommé Bien-heureux pcar David, auquel Dieu impute ou alloe la justice sans œuvres : selon, qu'il est escrit, Bien-heureux sont ceux ausquels les péchez sont remis (Rom. 4, 6. 7), etc. Certes il ne traite point la une partie de nostre justification, mais quelle elle est en son entier. Or il dit que David l'a declairée, en prononçant ceux qni ont obtenu pardon gratuit de leurs péchez estre bien heureux ; dont il appert qu'il note ces deux choses comme opposites, Estre justifié, et Estre tenu pour coulpable : à ce que le procès soit fait à l'homme qui aura failly. Mais il n'y a nul passage meilleiu- pour prouver ce que je dy, que quand il enseigne que la somme de l'Evangile est de nous reconcilier avec Dieu : d'autant qu'il nous veut recevoir en grâce par Christ, ne nous imputant point nos péchez (2 Cor. 5, 18. 19). Que les lecteurs poisent diligemment tout le texte; car tantosl après il adjouste que Christ qui estoit pur et net de péché, a esté fait péché pour nous (2 Cor. 5, 21) : exprimant par cela le moyen de la reconciliation : et n'entend autre chose par le mot de Reconcilier, que justifier. Et de fait, ce qu'il dit en un autre lieu, assavoir que nous sommes establis justes par l'obéissance de Christ (Rom. 5, 19), n'auroit point de tenue, si nous n'estions reputez justes en luy et hors de nous-mesmes.
5. Mais pource qu'Osiander a introduit de nostre temps un monstre je ne say quel de justice essentielle : par laquelle combien qu'il n'ait point voulu abolir la justice gratuite, il fa tellement enveloppée en ténèbres, que les povres âmes ne sauroyent comprendre en telle obscurcie la grâce de Christ : devant que passer plus outre, il sera besoin de réfuter une telle resverie. Premièrement, ceste spéculation vient de pure curiosité. Il amasse bien force tesinoignages de l'Escriture pour prouver que Jésus Christ est un avec nous, et nous un avec luy ; ce que chacun confesse tellement, que la preuve en est superflue. Mais pource qu'il n'observe point quel est le lien de ceste unité, il se jette en des liens dont il ne se peut despestrer. Et quant à nous, qui savons que nous sommes unis à Jésus Christ par la \ertu secrette de son Esprit, il nous sera facile de souldre toutes difficultez. Cest homme duquel je parle, s'estoit forgé (juelque chose prochaine à la fantasie des Manichéens : c'est ([ue l'ame est de l'essence de Dieu. De là il s'est encore forgé un autre erreur, qu'Aiiam a esté formé à l'image de Dieu, pource que devant (ju'il trcbuschast, Jésus Christ estoit desja destiné patron de la nature humaine. Mais pource que je m'estudie à breveté, j'insisteray seulement sus ce que le lieu requiert. Osiander débat fort que nous sommes un avec Christ. Je luy confesse: cependant je luy nie que l'essence de Christ soit meslée avec la
nostre. Je di aussi que c'est sottement fait, de tirer ce principe a ces illusions : assavoir que Christ nous est justice pource qu'il est Dieu éternel, et qu'il est la justice mesme, et la source d'icelle. Les lecteurs excuseront si je touche maintenant en bref les poincts que je reserve à déduire ailleurs, pource que l'ordre le requiert ainsi. Or combien qu'il proteste que par ce mot de Justice essentielle, il ne prétend sinon de renverser ceste sentence, que nous sommes reputez justes à cause de Christ: toutesfois il exprime assez clairement qu'il ne se contente pas de la justice qui nous a esté acquise par l'obéissance de Christ, et le sacrifice de sa mort : et imagine que nous sommes justes subtantiellement en Dieu par une infusion de son essence. Car c'est la raison qui le meut à débattre si fort, que non seulement Jésus Christ, mais le Père et l'Esprit habitent en nous. Ce que je confesse bien estre vray : mais je dy qu'il le tire et destourn e mal à ce propos. Car il convenoit de bien noter la façon d'habiter: c'est que le Père et l'Esprit sont en Christ: et comme toute plénitude de divinité habite en luy, aussi par luy noas possédons Dieu entièrement. Parquoy tout ce qu'il met en avant du Père et de l'Esprit à part et séparément de Jésus Christ, ne tend à autre fin qu'à divertir les simples, et les esloigner de Jésus Christ, à ce qu'ils ne se tiennent point à luy. Davantage, il a introduit une mixtion substantielle, par laquelle Dieu s'escoulant en nous, nous fait une partie de soy. Car il repute quasi pour néant, que nous soyons unis à Jésus Christ par la vertu de son Esprit, afin qu'estant nostre chef il nous face ses membres, sinon que son essence soit meslée avec la nostre. Mais sur tout en maintenant que la justice que nous avons est celle du Père et de l'Esprit selon leur divinité, il descouvre mieux ce qu'il pense : c'est que nous ne sommes point justifiez seulement par la grâce du Médiateur, et que la justice ne nous est pas simplement ne du tout offerte en la personne d'iceluy : mais que nous participons à la justice de Dieu, quand Dieu est uni essentiellement avec nous.
6. S'il disoit seulement que Jésus Christ en nous justifiant est fait nostre par une conjonction essentielle, et qu'il est nostre chef non seulement entant qu'il est homme, mais pource qu'il fait descouler sur nous l'essence de sa nature divine : il se paistroit de telles fantasies avec moindre dommage, et possible qu'alors on se pourroit passer d'esmouvoir grande contention. Mais comme le principe qu'il prend est comme une sèche, laquelle en jettant son sang qui est noh" comme encre, trouble l'eau d'alentour pour cacher une grande multitude de queues : si nous ne voulons souffrir à nostre escient qu'on nous ravisse la justice, laquelle seule nous donne fiance de nous glorifier de