CHAPITRE XI
justice est quelque lois nommée de Dieu, pource qu'il en est l'autheur et qu'il la nous donne : mais (|u'en ce passaj;e le sens soit tt>l que j"ay dit, assavoir que nous consistons devant le siège judicial de Dieu, en ce que nous sommes appuyez sur l'obéissance de Christ, on le peut voir sans que j'en tienne |)lus lonir i)ro|)()S. Combien que le nuit n'emporte pas beaucou|t, moyennant (|ue nous soyons d'accord en la substance, et t|u'()siainler confessast (pie nous sonunes juslitiez en (Christ, d'autant qu'il a esté l'ait |iour nous sacrilice de puryation : ce (jui est du tout estranjj;e à sa nature divine. Pour ceste raison, luv mesme voulant sceller en noz conirs tant la justice ijue le salut ipi'il nous a ai)porté, nous en propose le tjage en sa chair. Vray est qu'il se nomme Le pain de vie : mais en e\pli- (piant comment et poun|uoy, il adjouste (jue sa chair est vrayement viande et son sang vrayenient breuvage : laquelle façon d'enseigner se voit tresbien aux sacremens : lesquels combien qu'ils adressent nostre foy à Jésus Christ Dieu et horame tout entier, et non pas mi-party, si est-ce (|u'ils testifient que la matière de justice et de salut réside en sa chair : non [)as (jue luy comme pur homme, justifie ou vivifie de soy, mais pource ([u'il a pieu à Dieu de manifester ce qui estoit incompréhensible et caché en luy, en la personne du Médiateur. Pour ceste cause j'ay accoustumé de dire, que Christ nous est comme une fontaine, dont chacun peut puiser et boire a son aise et à souhait : et ipie par son moyen les biens célestes sourdent et découlent à nous, lesquels ne nous profiteroyent rien demem'ans en la majesté de Dieu, qui est comme une source profonde. Je ne nie pas en ce sens, que Jésus (Christ selon qu'il est Dieu et homme, r.e nous justifie, et ([ue tel etîect ne soit commun au Père et au sainct Esprit : finalement que la justice dont Jésus Christ nous fait participans, ne soit la justice éternelle de Dieu éternel, moyennant que les raisons invincibles que j'ay amenées demeurent en leur fermeté et vigueur.
10. Mais encore afin qu'il ne deçoyve les sim- |iles par ses astuces, je confesse que nous sommes privez de ce bien incomparable de justice, jusques à ce que Jésus (Christ soit fait nostre. Parquoy j'esleve en degré souverain la conjonction (jue nous avons' avec nostre chef, la demeure qu'il fait en noz cœurs par foy, l'union .sacrée par laquelle nous jouissons de iuy : à ce (|u'estant ainsi nostre il nous départisse les biens ausquels il abonde en perfection. Je ne di pas donc que nous devons spéculer Jésus Christ de loin ou hors de nous, alin que sa justice nous soit alloée : mais pource que nous sommes vestus de luy et entez en son corps : bref pource «[u'il a bien daigné nous faire un avec soy. Voila comment nous avons à nous
glorifier, que nous avons droit de société en sa justice. Enquoy la calomnie d'Osiander se descouvre, quanti il nous reproche (jue nous tenons la foy i)our justice : comme si nous despoiiillions Jésus Christ de ce qui luy appartient, en disant (pie nous venons à luy vuides et affamez, afin il'estre reiiqilis et rassasiez de ce qu'il a luy seul. Mais Usiander mesprisant ceste conjonction spirituelle, insiste sur ceste lourde mixtion (pie nous avons desja reprouvée, et Condamne furieusement ceux (pii ne s'accordent point à sa resverie de la justice essentielle, pource (comme il dit) (pi'ils ne pensent pas qu'fm mange Jésus Christ substantiellement en la Cène. Quant à moy, je repute à gloire d'estre injurié d'un tel présomptueux et enyvré en ses illusions : et sur tout d'autant qu'il fait en gênerai la guerre à tous ceux qui ont purement traité l'Escriture : n'espargnant nul de ceux les- (juels il devoit honnorer avec modestie. Et tant plus suis-je libre à démener ceste cause rondement, n'estant point incité d'affection privée, veu qu'il ne s'est point attaché à moy. Panpioy ce qu'il maintient tant précisément et d'une telle importunité, que la justice que nous avons en Jésus Christ est essentielle, et qu'il habite en nous essentiellement, tend premièrement à ce but que Dieu se niesle avec nous d'une mixtion telle que les viandes que nous mangeons. Car voila comme il imagine qu'on reçoit Jésus (ihrist en la Cène. Secondement que Dieu nous inspire sa justice, par laquelle mjus soyons realement et de fait justes avei; luy. Car ce fantastique entend et alTerme que Dieu est luy-inesnie sa justice, et puis la .saincteté, droicture et perfection qui sont en luy. Je ne m'amuseray {)oint beaucoup à réfuter les tesmoignages qu'il tire par les cheveux pour les appliquer a son propos. Sainct Pierre dit que nous avons des dons hauts et prelieux, pour estre faits participans de la nature divine (â Pierre l, 'O- Osiander tire de la que Dieu a meslé son essence avec la nostre. Comme si nous estions desja tels que l'Evangile promet que nous serons au dernier advenement de Jésus Christ. Mais a l'opposite sainct Jean prononce que lors nous verrons Dieu tel qu'il est, pource (lUC nous serons semblables a luy (1 Jean :], i). J'ay voulu seulement donner (luehiue petit goust de ces sottises aux lecteurs, afin qu'ils cogneussent que je me déporte de les réfuter : non pas (pi'il me fust diflicile, mais pour ne point estre ennuyeux en démenant propos superllus.
il. Il y a encore plus de venin en f article où il dit ([ue nous sommes justes avec Dieu. Je pense avoir desja assez prouvé, encore que sa doctrine ne fust pas si pestilente qu'elle est, toutesfois qu'estant ainsi maigre et fade, n'ayant (pie vent et vanité, elle doit estre à bon ilroit rejettée comme sotte et inutile, de toutes gens