‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 339 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

craignans Dieu et de bon jugement. Mais c'est une impieté insupportable, de renverser toute la fiance de nostre salut sous ombre d'une justice double que ce resveur a voulu forger, et de nous ravir par dessus les nuées pour nous retirer du repos de nos consciences, qui est appuyé en la mort de Jésus Christ, et empescher que nous n'invoquions Dieu d'un courage paisible. Osiander se moque de ceux qui disent que le mot de Justifier est prins de la façon commune de parler en justice, pour absoudre. Car il s'arreste là, qu'il nous faut estre reaiement justes : et n'a rien en plus grand desdain, que d'accorder que nous soyons justifiez par acceptation gratuite. Or sus, si Dieu ne justifie point en nous pardonnant et nous absolvant, (jue veut dire ceste sentence de sainct Paul ja souvent réitérée, que Dieu estoit en Christ reconciliant le monde à soy, n'imputant point aux hommes leurs péchez : d'autant (ju'il a fait sacrifice de péché son Fils, afin que nous eussions justice en luy (2 Cor. o, 19. 21). J'ay premièrement ce poinct résolu, que ceux qui sont reconciliez à Dieu sont reputez justes. La façon est quant et quant entrelacée, que Dieu justifie en pardonnant : comme en l'autre passage l'accusation est opposée à la justification. Dont il appert que justifier n'est autre chose, sinon quand il plaist a Dieu comme juge nous absoudre. Et de fait, quiconque sera moyennement exercé en la langue Hébraïque, s'il est aussi (fuant et quant de sens rassis, n'ignore pas dont ceste façon de parler est tirée, et qu'elle \ aut. Davantage qu'Osiander me responde, quand sainct Paul dit ([ue David nous descrit une justice sans œuvres par ces mots. Bienheureux sont ceux ausquels les péchez sont remis (Rom. 4, 7; Ps. 32, 1) : assavoir si ceste définition est entière ou à demy? Certes il n'amené pas le Prophète pour tesmoin qu'une partie de nostre justice soit située en la remission de noz péchez, ou bien qu'elle aide ou supplée à justifier l'homme: mais il enclost toute nostre justice en la remission gratuite, par laquelle Dieu nous accepte. En prononçant que l'homme dmiuel les péchez sont cachez est bien-heureux, et auquel Dieu a remis les iniquitez, et auquel il n'impute point les transgressions : il estime la félicité non pas en ce qu'il soit juste realement et de fait, mais en ce que Dieu l'avoue et le reçoit pour tel. Osiander réplique, qu'il seroit indécent à Dieu et contraire à sa nature, de jusfifier ceux qui de fait demeureroyent meschans- Mais il nous doit souvenir de ce que j'ay declairé, que la grâce de justifier n'est point séparée de la régénération, combien que ce soyent choses distinctes. Mais puis qu'il est tant et plus notoire par l'expérience, qu'il y demeure tousjours quelques reliques de péché aux justes, il faut bien qu'ils soyent justifiez d'une

autre façon qu'ils ne sont régénérez en nouveauté de vie. Car quant au second. Dieu commence tellement à reformer ses eleus en la vie présente, qu'il poursuit ceste œuvre petit à petit, et ne la parachevé point jusques à la mort : ensorte que tousjours ils sont coulpables devant son jugement. Or il ne justifie pas en partie, mais afin que les fidèles estans vestus de la pureté de Christ, osent franctiement comparoistre au ciel. Car une portion de justice n'appaiseroil pas les consciences, jusques à ce qu'il soit arrcsté que nous plaisons à Dieu, entant que nous sommes justes devant luy sans exception. Dont il s'ensuit que la vraye doctrine, touchant la justification, est pervertie et du tout renversée, quand on tourmente les esprits de quelques doutes, quand on esbranle en eux la fiance de salut, quand on retarde et qu'on empesche l'invocation de Dieu libre et franche, et mesmes quand on ne leur donne point repos et tranquillité avec joye spirituelle. Et c'est pourquoy sainct Paul prend argument des choses répugnantes,, pour monstrer que l'héritage n'est point par la Loy : pource que s'il estoit ainsi, la foy seroit anéantie (Rom. 4, 14 : Gai. 3, 18), laquelle ayant esgard aux œuvres, ne peut sinon chancelier, veu que le plus sainct du monde n'y trouvera point dequoy pour se confier. Ceste diversité de justifier et régénérer qu'Osiander confond, est tresbien exprimée par sainct Paul. Car en parlant de sa justice reale, ou de l'alfection de bien vivre que Dieu luy avoit donnée (ce qu'Osiander appelle justice essentielle), il s'escrie avec gémissement, 0 que je suis misérable! et qui me délivrera de ce corps de mort (Rom. 7, 24)? Puis ayant son refuge à la justice laquelle est fondée en la seule miséricorde de Dieu, il se glorifie d'une façon magnifique contre la mort, les opprobres, povreté, glaive et toutes afflictions : Qui est-ce, dit-il, qui accusera les eleus de Dieu, veu que luy les justifie? Je suis du tout persuadé que rien ne nous séparera de l'amour qu'il nous porte en Jésus Christ (Rom. 8, 33. 39). Il prononce haut et clair qu'il est doué d'une justice, laquelle seule luy suffit entièrement à salut devant Dieu : tellement que la misérable servitude pour laquelle il avoit déploré sa condition, ne derogue rien à la fiance de se glorifier, et ne le peut etnpescher de parvenir à son but. Ceste diversité est asses notoire, voire mesme famihere à tous les saincts qui gémissent sous le fardeau de leurs iniquitez, et cependant ne laissent point d'avoir une fiance victorieuse pour surmonter toutes craintes et doutes. Ce qu'Osiander réplique, que cela n'est point convenable à la nature de Dieu, retombe sur sa teste. Car en vestant les saincts d'une justice double, comme d'une roiibe fourrée, si est-il contraint de confesser que nul ne plaist à Dieu sans la remission des péchez. Si cela est vray, il faudra qu'il cou-

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