CHAPITRE XI
fesse pour le moins, que nous sommes reputez justes Pro rata, comme on dit, de l'acceptation par laquelle Dieu nous a à gré. Or jusqu'où le pécheur estendra-il ceste gratuité do Dieu, laquelle l'ait qu'il soit tenu pour juste ne l'estant point ? sera-ce il'iuit' iiiice itu de toute la livre ? Certes il pendra branlant et cliancellant, d'un ooslé et d'autre ne pouvant prendre tant de justice ([u'il luy seroit nécessaire jinur se confier de }>on s.ilut. Mais il va bien, que ce piesonqitueux qui voudioil inqjoser loy à Dieu n'est point arbitre en ceste cause. Cependant, ceste sentence de David demeurera tenue, (jue Dieu sera justilié en ses |iariilles, et \aincra ceux qui le voudront condamner (Ps. 31, 6). Et quelle arrogance est-ce, je vous ])rie, de condamner le Juge souverain, ([uand il absoud gratuitement? comme s'il ne luy estoit licite de faire ce qu'il a prononcé, J'auray pitié de celuy duquel je voudray avoir pitié (Ex. Xi, 19)? Et toutesl'ois l'intercession de Moy.se, à laquelle Dieu respoud ainsi, ne tendoit i)as à ce qu'il ne pardonnas! à, nul : mais alin qu'il pardonnast à tous egalenuMit, puis (pie tous estoyent coulpables. Au reste, nous enseignons que Dieu ensevelist les péchez des hommes, les(|uels il justifie : pource qu'il hait le péché, et ne peut aimer sinon «-eux (pi'il advoue pour justes. Mais c'est une façon admirable de justifier, que les pecheiu^s estans couverts de la justice «le Jésus (>hrist. n'ayent point frayeur du jugement duciuel ils sont dignes : et en se condamnant en eux-mesmes, soyent justifiez hors •l'eux-mesmes.
l^. Oue les lecteurs aussi soyent advisoz de bien penser au grand mystère qu'Osiander se vante de ne leur vouloir celer. Car après avoir longuement debatu. que nous n'acquérons point faveur envers Dieu par la seule inqiutation de la justice de Christ, Noire d'autant (lu'il n'a pas honte de dire (|u'il seroit impossible à Dieu de tenir pour justes ceux qui ne le sont point : finalement il condud, que Jésus Christ ne nous a pas esté donné pour justice au regard de sa nature humaine, mais divine. Et condjien que la justice ne se puisse trouver (jucn la personne du Médiateur, toutesfois qu'elle ne luy appartient pas entant qu'il est honune. mais entant ipi'il est Dieu. En parlant ainsi il ne lile plus une corde de deux justices comme aui)aravant: mais il oste du tout la vertu et office de justifier a la nature humaine de Jésus Christ. Or il est besoin de noter par (|uelles raisons il combat. Sainct Paul au passage allégué dit, que Jésus Christ nous a esté l'ait sagesse: ce qui ne convient selon Osiandei- (pi'a la Parolle éternelle. I Dont il conclud que Jésus Christ entant qu'il est homme, n'est point nostre sagesse. Je respon que le Fils unique de Dieu a esté tousjours sa sagesse : mais que sainct Paul luy attribue ce tiltre en un sens divers : c'est qu'après qu'il a
pris nostre chair, tous thresors de sagesse et intellii.:ence sont cachez en luy (Col. "2. 3). Parquoy ce qu'il avoit en son Père il le nous a manifesté. Par ainsi, le dire de sainct Paul ne se rapporte lioiiit à l'essence du Fils île Dieu, mais à nostre usage : et est ti-esbien ap])roprié à sa nature humaine, ('ar combien ([ue devant qu'avoir vestu chair, il fust la clarté luysante en ténèbres: c'estoit toutesfois comme une clarté cachée. jusqu'à ce ipi'il est venu en avant en nature d'homme pour estre le soleil de justice. Pour laquelle cause il se nomme la clarté du monde (Jean 8, 1:2). C'est aussi grande sottise à Osiander, d'alléguer (jue la vertu de justifier est beaucoup par dessus la faculté des Anges. et des hommes: veu que nous ne disputons point de la dignité de quelque créature, mais disons que cela dépend du décret et ordonnance de Dieu. Si les Auges vouloyent satisfaire à Dieu jtour nous, ils n'y profiteroyentde rien, pource (ju'ils ne sont pas destinez ny establis à cela : mais c'a esté un office singulier à Jésus Chri.st, lequel a esté assujetti a la Loy, pour nous racheter de la malédiction de la Loy (Gai. 3, 13). C'est aussi une trop vilaine calomnie, d'accuser ceux qui cherchent leur justice en la mort et passion de nostre Seigneur Jésus, de ne retenir qu'mie i)artie de Jésus Christ, voire qui pis est, de laue deux dieux : pource que si on le veut croire, ils ne confessent pas que nous soyons justes par la justice de Dieu. Car je respon, combien que nous appellions Jésus (Christ: autheur de vie, entant que par sa mort il a destruit celuy qui avoit l'empire de mort (Heîjr. 2, \\): toutesfois nous ne le fraudons point de cest honneur quant à sa divinité : mais seulement distinguons comment la justice de Dieu parvient à nous, à ce que nous en puissions jouyr. F^nquoy Osiander clioppe trop iourdenient. Mesmes nous ne nions pas que ce qui nous a esté ouvertement donné en Jésus Christ, ne procède de la grâce et vertu secrette de Dieu : nous ne contredisons pas aussi, que la justice laquelle Jésus Christ nous donne, ne .soit la justice de Dieu venante de luy. Mais nous demeurons tousjours constans en cela, (|ue nous ne pouvons trouver justice et vie qu'en la mort et résurrection de Jésus Christ. Je laisse le grand amas des passages de l'Escriture, ausijuels on apperçoit aisément son impudence. Comme quand il tire à son propos ce qui est souvent réitéré aux Pscaumes, qu'il plaise à Dieu secourir selon sa justice ses serviteurs. Je vous prie, y a-il quel- ([ue coulem' en cela, pour monstrer que nous sommes d'une substance avec Dieu, pour estre secourus de luy .' 11 n'y a non plus de fermeté en ce qu'il allègue, que la justice est proprement nommée celle par h'upielle nous sommes esmeuz à bien faire. Or puis qu'ainsi est que Dieu seul fait en nous le vouloir et l'exécution (Pliil. 2, 13), il conclud que nous n'avons justice