‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 341 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

que (le luy. Or nous ne nions pas que Dieu ne nous reforme par son Esprit en saineleté de vie: mais il faut considérer en premier lieu s'il fait cela directement, comme on dit: ou bien par la main et le moyen de son Fils, auquel il a commis en depost toute plénitude de son Esprit, afin que de son abondance il subvinst à la povreté et au défaut de ses membres. Davantage, combien que la justice nous sourde de la majesté de Dieu, comme d'une source cachée, si n'est-ce pas à dire que Jésus Christ, lequel s'est sanctifié pour nous (Jean 17, 19) en sa chair, ne soit uostre justice que selon sa divinité. Ce qu'il amené outreplus est autant frivole, assavoir que Jésus Christ luy mesme a esté juste de justice divine, pource que si la volonté du Père ne l'eust incité, il n'eust point satisfait à la charge qui luy estoit commise. Car combien qu'il ait dit ailleurs, que tous les mérites de Christ découlent de la pure gratuité de Dieu, comme les ruisseaux de leur fontaine : toutesfois cela ne fait rien pour la fantasie d'Osiander, dont il esblouit les yeux^ des simples et des siens. Car qui sera celuy si mal advisé de luy accorder, puis que Dieu est la cause et principe de nostre justice, que nous sommes essentiellement justes, et que l'essence de la justice de Dieu habite en nous ? Isaie dit que Dieu en rachettant son Eglise a vestu sa justice comme un harnois : a-ce esté pour despouiller Jésus Christ de ses armes qu'il luy avoit données, pour estre parfait Rédempteur? Mais le sens du Prophète est clair, que Dieu n'a rien emprunté d'ailleurs pour accomplir une telle œuvre, et qu'il n'a point esté aidé du secours d'autruy (Is. 59, 17). Ce que sainct Paul a brièvement declairé par autres mots : c'est qu'il nous a donné salut pour demonstrer sa justice (Rom. 3, 25). Cependant il ne renverse pas ce qu'il dit ailleurs, que nous sommes justes par l'obéissance d'un homme (Rom. 5, 19). En somme, quiconque entortille deux justices, pour empescher que les povres âmes ne se reposent en la seule et pure miséricorde de Dieu, fait une couronne d'espiues à Jésus Christ pour se moquer de luy.

13. Toutesfois, pource que la pluspart des hommes imaginent une justice meslée de la foy et des œuvres, monstrons aussi devant que passer outre que la justice de foy diflere tellement de celle des œuvres, que si l'une est establie l'autre est renversée. L'Apostre'dit qu'il a réputé toutes choses comme fiente pour gagner Christ: et estre trouvé en luy n'ayant point sa propre justice, qui est de la Loy, mais celle qui est de la foy en Jésus Christ, assavoir la justice qui est de Dieu par foy .(Phil. 3, 7). Nous voyons icy qu'il les comparage comme choses contraires: et monstre qu'il faut que celuy qui veut obtenir la justice de Christ, abandonne la sienne propre. Pourtant en un autre lieu il dit, que cela a esté

cause de la ruine des Juifs: que voulans dresser leur propre justice, ils n'ont point esté subjets à celle de Dieu (Rom. 10, 3). Si en dressant nostre propre justice nous rejettons celle de Dieu: pour obtenir la seconde, il faut que la première soit du tout abolie. C'est aussi ce qu'il entend, disant que nostre gloire n'est pas excluse par la Loy, mais par la foy (Rom. 3, 27). Dont il s'ensuit que tant qu'il nous demeure quelque goutte de justice en nos œuvres, nous avons quelque manière de nous glorifier. Parquoy si la foy exclud tout glorifiement, la justice de foy ne peut nullement consister avec celle des œuvres. Il demonstre cela si clairement au quatrième chapitre aux Romains, qu'il ne laisse heu à aucune cavillation: Si Abraham, dit-il, a esté justifié par ses œuvres, il a de quoy se glorifier: puis il adjouste, Or est-il ainsi qu'il n'a dequoy se glorifier devant Dieu (Rom. 4, 2); il s'ensuit donc qu'il n'est point justifié par ses œuvres. Il use après d'un autre argument, disant. Quand le loyer est rendu aux œuvres, cela ne se fait point de grâce, mais selon le devoir. Or la justice est donnée à la foy par grâce : il s'ensuit donc que cela ne vient point du mérite des œuvres. C'est donc une folle fantasie de penser que la justice consiste en la foy et aux œuvres ensemble.

14. Les Sophistes, ausquels il ne chaut de dépraver l'Escriture, et qui se baignent à cavil- 1er, pensent avoir une eschappatoire bien subtile, en exposant que les œuvres dont parle sainct Paul, sont celles qui se font par les hommes non régénérez, lesquels présument de leur franc arbitre. Ainsi ils disent que cela n'appartient de rien aux bonnes œuvres des fidèles, qui se font par la vertu du sainct Esprit. Ainsi selon eux, l'homme est justifié tant par la foy que par les œuvres, moyennant que les œuvres ne soyent point propres à luy, mais dons de Christ, et fruicts de la régénération. Car ils disent que sainct Paul a dit cela seulement pour conveincre les Juifs, qui estoyent trop fols et arrogans, de penser acquérir justice par leur vertu et force, veu que le seul Esprit de Christ la nous donne, et non pas le mouvement de nostre franc arbitre. Mais ils ne regardent pas que sainct Paul en un autre lieu, opposant la justice de la Loy avec celle de l'Evangile, exclud toutes œuvres, de quelque filtre qu'on les orne ou pare. Car il dit que la justice de la Loy est, que celuy qui fera le contenu sera sauvé : que la justice de la foy est, croire que Jésus Christ est mort et ressuscité (Gai. 3, 11. 12; Rom. 10, 5. 9). Davantage, nous verrons cy après que ce sont divers bénéfices de Christ. Sanctification et Justice. Dont il s'ensuit, quand on attribue à la foy la vertu de justifier, que les anivres mesmes spirituelles ne viennent point en conte. Qui plus est, sainct Paul en disant

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