‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 342 sur 703 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

(|u'Abraham n'a de quoy se glorifier envers Dieu, veu qu'il ne peut estre juste par ses teuvres, ne restraind point cela à une apparence ou quehpie lustre extérieur de justice, ou à une présomption qu'eust eu Abraham de son franc arliitre : mais coniliien (pie la vie de ce sainct Patriarche ait esté presque Angeli(pie, toutesfois qu'il n'a peu avoir mérites lesquelles luy ac- (piissent justice devant Dieu.

io. Les theoloj,Mens Sorboniques sont un peu plus lourds en meslant leurs préparations. Toutestbis ces renards dont j'ay parlé, abusent les simples d'une resverie aussi mescliante, ensevelissaiis sous la couverture de l'Esjjrit et de grâce la miséricorde de Dieu. la(]uelle seule pouvoit appaiser les povres consciences craintives. Ur nous confessons avec sainct Paul, que ceux qui gardent la Loy sont justifiez devant Dieu: mais pource que nous sommes bien loing de telle perfection, nous avons à conciurre que les œuvres qui nous devoyent valloir pour acquérir justice, ne nous servent de rien, pource que nous en sommes desnuez. Quant est des Sorboniques, ils s'abusent doublement: c'est ([u'ils appellent Foy, une certitude d'attendre la rémunération de Dieu pour leurs mérites, et que par le nom de Grâce, ils n'entendent point le don de justice gratuite que nous recevons: mais l'aide du sainct Esprit, pour bien et .sainctement vivre. Ils lisent en l'Apostre, que celuy (jui apl)roche de Dieu, doit croire qu'il est rémunérateur de ceux qui le cherchent (Hebr. il, 6): mais ils ne voyent point quelle est la manière de le chercher, laquelle nous demonstrerons tantost. Qu'ils s'abusent en ce mot de Grâce, il appert de leurs livres. Car leur maistre des sentences expose la justice que nous avons par Christ, en double manière. Premièrement, dit-il, la mort de Christ nous justifie, quand elle engendre en nos C(eurs charité, par lacjuelie nous sonmies faits justes. Secondement, entant que par icelle le péché est esteinct, sous lequel le diable nous tenoit captifs: tellement (ju'il ne nous peut surmonter maintenant. *'^ Nous Aoyons qu'il ne considère la grâce de Dieu que jusques là, entant que nous sommes conduits à bonnes œuvres par la veitu du sainct Esprit. Il a voulu ensuyvre l'opinion de sainct Augustin: mais il la suit de bien loin, etmesme se destourne grandement de la droite imitation. Car ce qui estoit dit clairement par ce sainct homme, il l'obscurcist: et ce qui estoit un petit entaché de vice, il le corronqit du tout. Les escoles Sorbonifpies sont tousjours allées de mal en pis, jusques a ce qu'elles sont en la fin trebuchées en l'erreur^de Pelagius. Combien encore que nous ne devons du tout recevoir la sentence de sainct Augustin : ou pour le moins la façon de parler n'est pas propre, (^ar combien qu'il despouille tresbien l'homme de toute lou-

ange de justice, et l'attribue toute k Dieu, neanlmoins il réfère la grâce à la sanctification dont nous sommes régénérez en nouveauté de vie.

iC). Or l'Escriture parlant de la justice de foy, nous mené bien ailleurs: c'est (pi'elle nous enseigne de nous destourner du regard de nos œuvres, pour regarder seulement la miséricorde de Dieu, et la parfaite saincteté de Christ. Car elle nous monstre cest ordre de justification, que du commencement Dieu reçoit le pécheur de sa pure et gratuite bouté, ne regardant rien en luy dont il soit esineu a miséricorde, (jue la misère: d'autant qu'il le voit desnué entièrement et vuyde de bonnes œuvres: et "pourtant il prend de soy-mesme la cause de luy bien-faire. En après il touche le pécheur du sentiment de sa bonté, afin que se deffiant de tout ce qu'il a, il remette toute la somme de son salut en ceste miséricorde qu'il luy fait. Voila le sentiment de foy, par lequel l'homme entre en possession de son salut, quand il se recognoist par la doctrine de l'Evangile estre reconcilié a Dieu, entant que par le moyeu de la justice de Christ ayant obtenu remission de ses péchez, il est justifié. Et combien qu'il soit régénéré par l'Esprit de Dieu, si ne se repose-il pas sur les bonnes (euvres lesquelles il fait: mais est asseuré que sa justice perpétuelle gist en la seule justice de Christ. Quand toutes ces choses auront esté espluchées particulièrement, ce que nous tenons de ceste matière sera facilement expliqué, combien qu'elles seront mieux digérées, si nous les mettons en autre ordre que nous ne les avons proposées : Mais il n'en peut gueres chaloir, moyennant qu'elles soyent tellement déduites, que toute la chose soit bien entendue.

17. Il nous faut icy souvenir de la correspondance que nous avons mise cy dessus entre la foy et l'Evangile. Car nous disons que la foy justifie, d'autant qu'elle reçoit la justice offerte en l'Evangile. Or si en l'Evangile la justice nous est otlerte, par cela est forclose toute considération des (Huvres. Ce que sainct Paul monstre souventesfois : mais principalement en deux lieux. Car en l'epistre aux Romains, comparant la Loy avec l'Evangile, il parle ainsi: La justice qui e.st de la Loy, dit-il, est que quiconques fera le commandement de Dieu, vivra: mais la justice de foy dénonce salut à celuy (lui croira de cœur, et confessera de bouche Jésus Christ, et que le Père l'a ressuscité des morts (Rom. 10, o). Ne voyons-nous pas bien qu'il met ceste différence entre la Loy et l'Evangile, que la Loy assigne la justice aux œmres : l'Evangile la donne gratuitement, sans avoir esgard aux œuvres ? C'est certes un lieu notable, et qui nous peut despescher de beaucoup de difficultez. Car c'est beaucoup fait, si nous entendons que la

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