‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 343 sur 703 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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justice qui nous est donnée en l'Evangile, soit délivrée des conditions de la Loy. C'est la raison pourquoy il op[)ose tant souvent la Loy et la promesse, comme choses répugnantes. Si l'héritage, dit-il, vient de la Loy, ce n'est point de la promesse (Gai. 3, 18): et autres sentences semblahles qui sont au mesme chapitre. Il est certain que la Loy a aussi ses promesses. Il faut donc que les promesses de l'Evangile ayont quelque chose de spécial et divers : si nous ne voulons dire que la comparaison soit inepte. Or que sera-ce, sinon (ju'elles sont gratuites, et appuyées sur la seule miséricorde de Dieu: connue ainsi soit que les promesses légales dépendent de la condition des œuvres ? Et ne faut point que quelcun gergonne icy, que sainct Paul ait simplement voulu reprouver la justice que les hommes présument d'apporter à Dieu de leur franc arbitre, et de leurs forces natui'elles: veu que sainct Paul sans exception prononce (jue la Loy n'a rien profité en commandant, veu que nul ne l'aceomplist non seulement du vulgaire, mais des plus parfaits. Certes la dilection est le principal article de la Loy, veu que Christ, nous forme et induit à icelle : pourcjuoy ne sommesnous justes en aimant Dieu et nos prochains, sinon que la dilection est tant deliile et imparfaite aux plus saincts, qu'ils ne méritent point d'estre prisez ou acceptez de Dieu?

18. Le second passage est cestuy-cy. Que nul ne soit justifié devant Dieu par la Loy. il appert: car le juste vivra de foy. Or la Loy n'est pas selon la foy : car elle dit. Qui fera les choses commandées, vivra en icelles (Gai. 3, 11). Comment l'argument consisteroit-il, sinon qu'il fust résolu jiremierement (lue les (euvres ne viennent point en conte, mais qu'il les faut mettre en un rengà part? La Loy, dit-il, est diverse de la foy. En quoy cela? Il adjouste que c'est d'autant qu'elle requiert les œuvres pour justifier l'homme. Il s'ensuit donc que les œuvres ne sont point requises, quand l'homme doit estre justifié par foy. Il est notoire de ce que l'un est ainsi opposé à l'autre, que celuy qui est justifié par foy est justifié sans aucun mérite de ses œuvres : et mesme hors de tout mérite. Car la foy reçoit la justice que présente l'Evangile : et est dit que l'Evangile en cela est différent d'avec la Loy, pource qu'il ne lie point la justice aux œuvres, mais la colloque en la seule miséricorde de Dieu. C'est une semblable déduction dont il use en l'epistre aux Romains : qu'Abraham n'a point matière de se glorifier, entant que la foy luy a esté imputée à justice (Rom. 4, 2). Et adjouste consequemment la raison : que lors la justice de la foy a lieu, quand il n'y a nulles œuvres ausquelles aucun loyer soit deu. Là où sont les œuvres, dit-il, le loyer est rendu comme deu : ce qui est donné à la foy, est gratuit. Ce qui s'ensuit après, aussi bien tend à un mesme

but, assavoir que nous obtenons l'héritage céleste par foy, afin que nous entendions qu'il nous vient de grâce. Il infère que l'héritage céleste est gratuit, d'autant que nous le recevons jiar foy. Pourquoy cela, sinon pource que la foy, sans avoir aucun appuy sur les leuvres, se repose du tout sur la miséricorde de Dieu ? Il n'y a doute qu'en ce mesme sens il ne dise ailleurs, que la justice de Dieu a esté manifestée sans la Loy, combien qu'elle ait tesmoignage de la Loy et des Prophètes (Rom. 3, 21). Car en excluant la Loy, il entend que nous ne sommes point aillez par nos mérites, et n'acquérons point justice par nos bien-faits : mais qu'il nous faut présenter vuydes et indigens pour la recevoir.

19. Maintenant les lecteurs peuvent voir de quelle eijuité usent aujourdhuy les Sophistes en cavillant nostre doctrine : c'est où nous disons que l'homme est justifié par la seule foy. Ils n'osent pas nier que l'homme ne soit justifié par foy, voyant (juc l'Escriture le dit tant souvent : mais pource que ce mot Seule, n'y est point exprimé, ils nous reprochent qu'il est adjouste du nostre. Si ainsi est, querespondrontils à ces parolles de sainct Paul, où il argue que la justice n'est point de la foy, sinon qu'elle soit gratuite? comment conviendra ce qui est gratuit avec les œuvres? Et par quelle calomnie pourront-ils se desvelopper de ce qu'il dit ailleurs, que la justice de Dieu est manifestée en l'Evangile (Rom. 1, 17)? Si elle y est manifestée, ce n'est pas à demy, ne pour quek|ue portion : mais pleine et parfaite. Il s'ensuit donc que la Loy en est oxcluse. Et de ftiit, non seulement leur tergiversation est fausse, mais du tout ridicule, quand ils disent que nous adjoustons du nostre, en disant La seule foy. Car celuy qui oste toute vertu de justifier aux œmTes, ne l'attribue-il pas entièrement à la foy? Que veulent dire autre chose ces locutions de sainct Paul, que la justice nous est donnée sans la Loy : (|ue l'homme est gratuitement justifié sans aide de ses œuvres (Rom. ?,, 21. 24)? Ils ont icy un subterfuge bien subtil : c'est que les œuvres ceremoniales par cela sont excluses, et non pas les œuvres morales. Ce qui est tres-inepte, ja soit qu'ils le tiennent d'Origene et aucuns autres anciens. Ils profitent tellement en abayant sans cesse en leurs escoles, qu'ils ne savent pas les premiers rudimens de Dialectique. Pensent-ils que l'Apostre soit hors du sens, en amenant ces tesmoignages pour approuver sa sentence ? Qui fera ces choses, vivra en icelles. Item, Maudit sera l'homme (jui n'accomplira toutes les choses icy escrites (Gai. ?>, 10.-12: Deut. 27, 26). Mais s'ils ne sont du tout enragez, ils ne diront pas que la vie éternelle soit promise à ceux qui observent les cérémonies, et qu'il n'y ait que les transgresseurs d'ieelles maudits. S'il faut enten-

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