CHAPITRE XIII
Qu'il est requis de considérer deux choses en la Justification gratuite.
1. Nous avons icy deux choses [irincipales ci regarder: c'est que la gloire de Dieu soit conservée en son entier, et que nos consciences puissent avoir repos et asseurancc devant son jugement. Nous voyons comliien de fois et en quelle diligence l'Escriture nous exhorte de rendre confession de louange à Dieu, quand il est question de justice. Mesme l'Apostre tesmoigne que Dieu a regardé ceste fin, en nous conférant justice en Christ, de faire apparoistre la sienne. Puis après il adjouste quelle est ceste démonstration : assavoir, s'il est seul recogneu juste, et justifiant celuy qui est de la foy de Jésus Ciirist (Rom. .3. :2o). Voyons-nous pas bien que la justice de Dieu n'est point asses esclaircie, sinon qu'il soit seul estimé juste, e-- communique le don de justice à ceux qui ne l'ont point mérité ? A ceste cause il veut que toute bouche soit fermée, et que tout le monde luy soit declairé redevable : pource que cependant que l'homme a dequoy se défendre, la gloire de Dieu est d'autant diminuée. Pourtant il monstre en Ezechiel, combien son Nom est glorifié de ce que nous recognoissons nostre iniquité. Il vous souviendra, dit-il, de vos œuvres et de tous vos forfaits, aus quels vous avez esté poUuz : et vous desplairez en vous-mesmes en tous les péchez que vous avez commis. Et lors vous saurez (pie je suis le Seigneur, quand je vous auray fait miséricorde à cause de mon Nom, et non pas selon vos péchez et (euvres riieschantes(Ezech. 20, 43. 44). Si cela est contenu on la vraye cognoissance de Dieu, qu'estiuis abbatus, et comme menuisez de la cognoissance de nostre propre ini(iuité, nous reputions que Dieu nous fait bien sans (jue nous en soyons dignes: (]u'est-ce (jue nous tentons avec nostre grand mal, de desrober à Dieu la moindre goutte du monde de ceste louange de bonté gratuite ? Semblablement Jeremie, criant que le sage ne se glorifie point en
sa sagesse, ne le riche en ses richesses, ne le fort en sa force : mais que celuy (jui se glorifie, se glorifie en Dieu (Jer. 9, 23. 24) : ne denote-il point par cela qu'il iierit ipielque partie de la gloire de Dieu, si l'iiomme se glorifie en soymesme ? Et de fait sainct Paul appliiiue ce passage à ce propos (1 Cor. 1, 31), quand il dit que tout ce qui appartient à nostre salut a esté commis à Jésus Clirist comme en depost, afin que nul ne se glorifie qu'en Dieu seul. Car il signifie que tous ceux qui cuydent rien avoir de leur propre, se dressent contre Dieu pour obscurcir sa gloire.
2. Certes il est ainsi, que jamais nous ne nous glorifions en Dieu droitement, sinon estans demis de nostre propre gloire. Plustost il nous faut avoir ceste reigle générale, que (|uicon(pie se glorifie en soy, se glorifie contre Ijieu. (^ar sainct Paul dit (Rom. 3, 19) (lue lors finalement les hommes sont assubjettis à Dieu quand toute matière de gloire leur est ostée. Pourtant Isaie en dénonçant qu'Israël aura sa justice en Dieu, adjouste qu'il y aura aussi sa louange (Is. 43. 23). Comme s'il disoit que c'est la fin pour laquelle sont justifiez les esleuz de Dieu, à ce qu'ils se glorifient en luy, et non ailleurs. Or la manière d'avoir nostre louange en Dieu, il l'avoit enseignée en la sentence prochaine: c'est que nous jmions nostre justice et nostre force estre en luy. Notons qu'il n'y a point une simple confession requise : mais confermée de jurement : afin qu'il ne nous semble que nous nous puissions ac(iuitter de je ne say quelle humilité feinte. Et ne faut point que quelcun allègue (|u'il ne se glorifie point, quand il repute sa propre justice sans arrogance. Car une telle estime ne peut estre, qu'elle n'engendre confiance, et confiance ne peut estre, qu'elle n'enfante gloire. Qu'il nous souvienne donc que nous avons tousjours à regarder ce but, en disputant