‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 351 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

(Je la justice: c'est que la louange d'icelle demeure pleine et entière à Dieu : puis que pour (Icmonstrer sa justice, comme dit TApostre, il a espandu sa grâce sur nous afin d'estre juste, et justifiant celuy qui est de la foy de Christ (Hom. ;{, 26). Pourtant en un autre lieu (Eph. 1, 6), après avoir dit que Dieu nous a donné salut, pour exalter la gloire de son Nom, comme répétant une mesme sentence, il dit derechef, Vous estes sauvez gratuitement: et ce du don de Dieu, non pas de vos œuvres, afm que nul ne se glorifie (Ephes. 2,8). Et sainct Pierre nous advertissant que nous sommes appeliez en espérance de salut, pour raconter les louanges de celuy (lui nous a tiré des ténèbres en sa clarté admirable (1 Pierre 2, 9) veut induire les fidèles a tellement chanter les louanges de Dieu seules, qu'elles imposent silence à toute présomption de la chair. En somme, il faut conclurre que l'homme ne se peut attribuer une seule goutte de justice sans sacrilège; veu que c'est autant amoindrir et abaisser la gloire de la justice de Dieu.

3. Davantage, si nous cherchons comment la consciejice peut avoir repos et resjouissance devant Dieu, nous ne trouverons point d'autre moyen, sinon qu'il nous confère justice de sa bénignité gratuite. Que nous ayons tousjours en mémoire ce dire de Salomon, Qui est-ce qui dira, .i'ay nettoyé mon cœur: je suis purifié de mes péchez (Prov. 2(>, 9)? Certes il n'y en a pas un qui ne soit chargé d'ordures infinies. Que les l>lus parfaits donc descendent en leur conscience, et amènent leurs o'uvres a conte: quelle issue auront-ils ? se pourront-ils reposer, et avoir liesse de cœur, comme ayans fait avec Dieu ? Ne seront-ils pas plustost déchirez d'iiorribles tormens, sentans toute matière de damnation estre résidente en eux, s'ils sont estimez par leurs œuvres? Il faut certes que la conscience, si elle regarde Dieu, ait paix et concorde avec son jugement : ou bien qu'elle soit assiégée des terreurs d'enfer. Nous ne protitons donc rien en disputant de justice, sinon que nous establissions une telle justice, en la fermeté de laquelle l'ame estant fondée, puisse consister au jugement de Dieu. Quand nostre ame aura de quoy pour apparoistre devant Dieu sans estre estonnée, et attendre et recevoir sans doute et sans crainte son jugement, lors nous pou\ons penser (jue nous avons trouvé une justice (|ui n'est point contrefaite. Ce n'est point donc sans cause (|ue l'Apostre presse et poursuit tant fort ceste raison : des paroUes duquel j'ayme mieux user que des miennes : Si nous avons, dit-il, par la Loy la promesse de nostre héritage, la foy est anéantie, la promesse est abolie (Rom. 4, 14). 11 infère premièrement, que la foy est évacuée et anéantie, si la justice regarde les mérites de nos œuvres, ou si elle dépend de l'observation

de la Loy. Car nul ne pourroit seurement ac- (juiescer en icelle, veu que jamais ne se trouvera personne qui s'ose promettre d'avoir satisfait à la Loy : comme de fait nul n'y satisfait pleinement par ses onivres. De laquelle chose afin que nous ne cherchions pas loing les probations, un chacun se peut servir de tesmoin en son endroit, quand il se voudra regarder de droit (eil. Un cliacun donc seroit vexé de doute, puis après accablé de desespoir, eu reputant en soy-mesme de combien gros fardeau de dettes il seroit grevé, et combien il seroit loing de la condition ((ui luy seroit proposée. Voila desja la foy opprimée et esteinte. Car vaguer, varier, estre agité haut et bas, douter, vaciller, estre tenu en suspens, finalement désespérer, n'est pas avoir fiance : mais c'est de confei'mer son cœur en une certitude constante et arrestée, et avoir un appui solide où on se puisse reposer. 4. Il adjouste en second lieu, que la prc-mes^e seroit cassée et anéantie. Car si l'accomplissement (Ficelle dependoit de nostre mente, quand serions-nous venus jusques à ce poinct de mériter la grâce de Dieu ? mesme ce second membre se peut déduire de l'autre. Car la promesse ne sera point acconq^lie, sinon cà ceux qui l'auront receue en foy. Pourtant, si la foy est decheue, la promesse n'a plus de vertu. Pourtant nous obtenons l'héritage en foy, afin qu'il soit fondé sur la grâce de Dieu : et qu'ainsi la promesse soit establie. Car elle est tresbien confermée, quand elle est appuyée sur la seule miséricorde de Dieu : d'autant que sa miséricorde et vérité sont conjointes ensemble d'un lien perpétuel : c'est à dire, tout ce que le Seigneur nous promet de sa bénignité, il nous le tient fidèlement. Pourtant David, devant tiue requérir (jue le salut luy soit donné selon la parolle de Dieu, met premièrement la cause en la miséricorde d'iceluy : Que tes miséricordes, dit-il, viennent sur moy, et ton salut selon ta promesse (Ps. 119, 76). C'est donc icy qu'il nous faut arrester et profondement ficher toute nostre espérance : non pas destourner le regard à nos œuvres, pour en avoir quelque secours. Et de fait, sainct Augustin conseille d'en faire ainsi, afin que cela ne semble nouveau à personne : Jésus Christ, dit-il, régnera à jamais en ses serviteurs. Dieu l'a ainsi promis, Dieu l'a dit : et si cela ne suffit. Dieu l'a juré. Parquoy d'autant que la promesse ((u'il en a faite est ferme, non point ;i cause de nos mérites, mais selon sa miséricorde, il nous faut confesser sans crainte ce dont nous ne pouvons douter. ^* Pareillement sainct Bernard, Les disciples, dit-il, demandèrent à Jésus, Qui sera sauvé ? Il leur respondit que cela estoit impossible aux hommes, mais non pas à Dieu. Voicy donc nostre fiance, voicy nostre consolation unique, voicy tout le fondement de nostre espérance. '"'" Mais combien que

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