‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 352 sur 703 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

nous soyons certains de son pouvoir : (|ue dirons-nous de la volonté ? Qui est-ce qui sait s'il sera (li;:ne (le haine ou d'aïuoui' (Ecclos. Û, 1).? Qui est-ce (jui a coynu le vouloir du Seigneur, ou qui a esté son conseiller (1 Cor. 2, ir))?II faut (ju'en ces! endroit la foy nous sulnienne. Il faut ([ue la vérité nous secoure, afin (|ue ce ([ui est caclié de n(»us au ci^ur du l'ère, nous soit révélé par l'Esprit : et que son Esprit en nous rendant tesinoignage. nous persuade que nous sommes enlans de Dieu: qu"il le nous persuade, liy-je, en nous appellant, et eu nous justifiant gratuitement par la l'oy. ipii est comme le ntoyen entre la prédestination de Uieu, et la gloire de la vie éternelle. Brief, il nous faut ainsi conclurre : L'Escriture dénonce que les promesses de Dieu n'ont nulle vigueur et elTect, qu'elles ne soyent receues de certaine liauce de cuhu' : d'autrepart, elle declaire (|ue s'il y a doute ou incertitude au ctvur, (pi'elles sont rendues vaines. Puis après elle enseigne que nous ne pouvons autre chose que vaciller et trembler, si icelles promesses sont appuyées sur nos u'uvres. Il faut donc ou que toute justice nous soit ostée, ou <iue les anivres ne viennent point en considération : mais plustost que la seule l'oy ait lieu, de hupielle la nature est de fermer les yeux, et dresser les aureilles : c'est à dire d'estre fichée du tout en la seule promesse de Dieu, sans avoir esgard à aucune dignité ou mérite de l'homme. Ainsi est vérifiée celte belle promesse de Zacliarie : que (juand l'iniquité de la terre aura esté elfacée, un chacun appellera son voisin sous sa vigne et sous son figuier (Zach. '.), 9). Auquel lieu le Prophète signilie, (juc les fidèles n'ont autre jouyssance de paix, (ju'apres avoir obtenu remission de leurs péchez. (Car il faut entendre L coustume ordinaire des Prophètes : c'est que quand ils traitent du règne de Christ, ils proposent les bénédictions terriennes de Dieu comme figures, pour nous représenter les liieus spirituels.) De la vient aussi que Christ est nommé maintenant Roy de paix ( Is. 9, 6), maintenant Xostre paix (Ephes. 2, 14): pource (lue c'est luy qui appaise tous les troubles de la conscience. Si on demande par quel moyen : il faut nécessairement venir au sacrifice, par lequel Dieu a esté appaisé. Car jamais ne cessera riiomme de trembler en soy-mesme, jus(iu'à ce qu'il vienne à se bien résoudre que Dieu nous est fait propice seulement par la satisfaction que

Christ a faite en portant la pesanteur de son ire. Brief, il ne nous faut chercher paix ailleurs qu'aux espo\antemens et frayeurs de Christ nostre redenqilem".

o. Mais qu'est-ce que j'amène un tesmoignage aucunement obscur, veu (pie sainct Paul (leclaire si ouvertement i)ar tout (pi'il n'y demeure nulle joye paisii)le aux consciences, si ce poinct n'est résolu, que nous sommes justifiez par foy? Il e\pli(pie quant et (piant dont vient telle certitude : assavoir iiuaiid l'amour de Dieu est espandue en nos cœurs par le sainct Esprit (Rom. 5, 1. o) : comme s'il disoit que nos âmes ne peuvent autrement estre appaisées, que nous ne soyons du tout persuadez (jue nous sommes agréables à Dieu. Et voyla pourquoy ailleurs il s'escrie en la personne de tous fidèles : Qui estce qui nous séparera de l'anutur de Dieu (|ui est en Jésus Christ (Rom. 8, 34) ? Car jusques à ce (pie nous soyons arrivez à ce port, nous tremblerons a cliacuue boulïée de vent : mais cependant que Dieu se monstrera pasteur envers nous, il y aura asseurance, voire en obscurcie de mort (Ps. 23, 4). Panpioy tous ceux qui babillent que nous sommes justifiez [)ar foy (i'autant qu'après estre régénérez nous vivons justement, n'ont jamais gousté la douceur de ceste grâce, pour se confier que Dieu leur seroit propice. Dont il s'ensuit qu'ils ne savent que c'est de bien et deuement prier, non plus que les Turcs et tous autres Payens.Car il n'y a vraye foy, tesmoin sainct Paul, sinon celle qui nous suggère ce nom tant doux et amiable de Père, pour invoquer Dieu franchement : et mesme qui nous ouvre la bouche pour oser crier haut et clair, Abba, Père (Rom. 8, 13: Gai. 4, 6). Ce qu'il .exprime ailleurs encore mieux, en disant ({ue nous avons hardiesse et accès à Dieu en Jésus Christ, avec fiance par la foy d'iceluy (Ephes. 3, 1:2). Cela ne peut venir du don de régénération, lequel comme il est imparfait pendant que nous vivons en la chair, aussi est enveloppé en beaucoup d'occasions de douter. Dont il est nécessaire de venir à ce remède, que les fidèles s'asseurent que le seul droit et filtre (ju'ils ont d'espérer que le royaume des cieux leur appartient, c'est qu'estans entez au corps de Christ ils sont gratuitement reputez justes. Car la foy n'apporte point de soy vertu pour nous justifier, ou nous acquérir grâce devant Dieu : mais reçoit de Christ ce qui nous défaut.

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