‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 354 sur 703 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

justice, mais par ambition ou amour d'eux mesmes, ou quelque autre considération oblique et perverse. Puis donc que leurs œuvres sont corronqjues de l'imijureté du cieur, comme de leur première ori^iine, elles ne méritent non plus d'estre mises entre les vertus (juc font les vices, qui pour quelque similitude et allinité qu'ils ont avec les vertus, deçoyvent les hommes. Et pour le faire court, puis que nous savons que ceste est la tin unique et perpétuelle de justice et droicture, que Dieu soit lionnoré: tout ce qui tend ailleurs, k bon droit perd le nom de droiture. Puis donc que telle manière de gens ne regardent point le but que la Sagesse de Dieu a ordonné, combien que ce qu'ils font semble ad vis bon en l'action externe, toutesfois pour la mauvaise lin est péché. Il conclud donc que tous ceux qui ont esté prisez entre les Payens, ont tousjours péché en l'apparence qu'ils ont eu de vertu, d'autant qu'estans desnuez de la clairté de foy, ils n'ont pas rapporté leurs (Huvres, qu'on a tenu pour vertueuses, à la fui qu'ils devoyent.

4. Davantage, si ce que dit sainct .lean est \Tay, c'est qu'il n'y a point de vie hors le Fils de Dieu (1 Jean o, 12): tous ceux qui n'ont point de 'part en Christ, ([uels ([u'ils soyent, et quoy qu'ils facent ou s'etforcent de faire tout le cours de leur vie, ne tend qu'à ruine et confusion, et jugement de mort éternelle. Selon ceste raison sainct Augustin dit en quelque passage, -Xostre religion ne discerne point les justes des iniques par la reigle des œuvres, mais de la foy, sans laquelle les œuvres qui semblent bonnes, sont converties en péchez.^" Parquoy luy-mesme parle tresproprement, quand il accomparage la vie de telles gens à une course esgarée. Car <rautant qu'un homme court plus hastivement hors du chemin, d'autant plus se recule-il hors de son but, et à ceste cause est plus misérable. Il conclud donc f[u'il vaut mieux clocher en la voye, que courir legierement hors de la voye. Finalement, il est certain que ce sont mauvais arbres veu qu'il n'y a nulle sanctification sinon en la communion de Christ. Ils peuvent donc produire de beaux fruits, et mesme de douces saveurs : mais ils n'en peuvent nullement produire de bons. De cela nous voyons clairement, que tout ce que pense, médite, entreprend et fait l'homme devant qu'estre reconcihé à Dieu, est maudit, et non seulement n'a aucune valeur à le justifier, mais plustost mérite certaine damnation. Et comment disputons-nous comme d'une chose douteuse, puis que desja il a esté décidé par le tesmoignage de l'Apostre, qu'il est impossible de plaire à Dieu sans foy (Heb. 11, 6)?

o. Mais la chose sera encore plus liquidée, si nous mettons la grâce de Dieu d'une part, et la condition naturelle de l'homme de l'autre. L'Es-

criture dénonce par tout haut et clair, que Dieu ne trouve rien en l'homme dont il soit incité a luy bien faire : mais qu'il le prévient de sa bénignité gratuite. Car qu'est-ce que pourroil avoir un mort, pour estre ressuscité en vie ? Or quand Dieu illunune l'honnue. et luy donne à cognoistre sa vérité, il est dit (lu'il le suscite des morts, et le fait nouvelle créature (Jean o, 25 et en autres passages). Car nous voyons que souvent la bénignité de Dieu nous est recommandée par ce filtre, et principalement de l'Apostre. Dieu, dit-il, qui est riche en miséricorde, pour sa grande charité dont il nous a aimez du temps que nous estions morts en péché, nous a vivifiez en Christ (Ephes. 2, 4), etc. En un autre lieu, traitant sous la figure d'Abraham la vocation générale des fidèles : (^est Dieu, dit-il. qui vivifie les morts, et appelle les choses qui ne sont point, comme si elles estoyent (Rom. 4, 17). Si nous ne sommes rien, que pouvons-nous ? Pourtant Dieu rabbat fort et ferme toute nostrc présomption en l'histoire de Job: Qui m'a prévenu, et je le remunereray ? Toutes choses sont miennes (Job 41, 2). Laquelle sentence sainct Paul expli(iuant, la tire a ce fpie nous ne pensions apporter quelque chose à Dieu (Rom. 11, :]o), sinon pure confusion et opprobre de nostre indigence. Pourtant au lieu preallegué, pour monstrer que nous sommes venuz en espérance de salut par la seule grâce de Dieu, et non par noz œuvres, il remonstre que nous sommes ses créatures, estans régénérez en Jésus Christ k bonnes œuvres, lesquelles Dieu a préparées afin que cheminions en icelles (Ephes. 2, 10). Comme s'il disoit, Qui sera-ce de nous qui se vantera d'avoir prévenu Dieu par sa justice, veu que nostre première faculté à bien faire procède de sa régénération ? (^ar selon que nous sommes de nature, on tireroit plustost de l'huile d'une pierre que de nous une seule bonne œuvre. C'est mer\'eille si l'homme estant condamné d'une telle ignominie, s'ose encore attribuer quelque chose de reste. Confessons donc avec ce noble instrument de Dieu sainct Paul que nous sommes appeliez d'une vocation saincte : non pas selon nos ui'uvres, mais selon son élection et grâce (2 Tim. 1, 9). Item, que la bénignité et dilection de Dieu nostre Sauveur est apparue en ce qu'il nous a sauvez : non pas pour les œuvres de justice que nous ayons faites, mais selon sa miséricorde, afin qu'estans justifiez par sa grâce nous fussions héritiers de la vie éternelle (Tite 3, 4. o. 7). Par ceste confession nous despouillons l'homme de toute justice jusques à la dernière goutte, pour tout le temps qu'il n'est régénéré en espérance de vie éternelle par la miséricorde de Dieu: veu que si les o?uvres valent quelque chose à nous justifier, il seroit faussement dit que nous sommes justifiez par grâce. Certes l'Apostre n'estoit pas si ou-

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