‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 355 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

blieux, qu'en affermant la justification estre gratuite, il ne se souvint bien de ce qu'il argue en un autre lieu, c'est que la grâce n'est plus grâce, si les œuvres ont quelque valeur (Rom. 11, 6). Et qu'est-ce que veut dire autre chose le Seigneur Jésus, disant qu'il est venu pour appeller les pécheurs, et non pas les justes (Matth. 9, 13) ? Si les pécheurs tant seulement sont introduits à salut, qu'est-ce (jue nous y cherchons entrée par nos justices contrefaites ?

6. Geste pensée me revient souventesfois en l'entendement, qu'il y a danger que je ne face injure à la miséricorde de Dieu, de mettre si grande peine à la défendre, comme si elle estoit douteuse ou obscure. Mais pource que nostre malignité est telle, que jamais elle ne concède à Dieu ce qui est sien, sinon qu'elle soit contrainte par nécessité, il me faut icy arrester un petit plus longuement que je ne voudroye.Toutesfois pource que l'Escriture est assez facile en cest endroit, je combattray des parolles d'icelle plustost que des miennes. Isaye après avoir escrit la ruine universelle du genre humain, expose trèsbien après l'ordre de la restitution : Le Seigneur a regardé, dit-il, et lui a semblé advis mauvais : et a veu qu'il n'y avoit pas un homme, et s'est esmerveillé qu'il n'y avoit pas un seul qui intercedast. Pourtant il a mis le salut en son bras, et s'est confermé en sa justice (Is. o9, lo. IG). Où sont nos justices, si ce que dit le Prophète est vray : c'est qu'il n'y en a pas un seul qui aide à Dieu à recouvrer salut? En telle manière l'autre Prophète introduit le Seigneur parlant de reconcilier le pécheur à soy, Je t'espouseray, dit-il, à perpétuité en justice, jugement, grâce et miséricorde. Je diray a celuy qui n'avoit point obtenu miséricorde, qu'il l'aura obtenue (Osée 2, 19. 23). Si une telle alliance, qui est la première conjonction de Dieu avec nous, est appuyée sur la miséricorde de Dieu, il ne nous reste autre fondement de nostre justice. Et de fait, je voudroye savoir de ceux qui veulent faire à croire que l'homme vient au devant de Dieu avec quelques mérites, s'il y a quelque justice qui ne soit point plaisante à Dieu. Si c'est une rage de penser cela: qu'est-ce qui procédera des ennemis de Dieu qui luy soit plaisant, veu qu'il les a entièrement en abomination avec toutes leurs œuvres? La vérité tesmoigne que nous sommes tous ennemis mortels de Dieu, et qu'il y a guerre ouverte entre luy et nous, jusques cà ce qu'estans justifiez nous rentrions en sa grâce (Rom. o, 6; Col. 1, 21). Si le commencement de la dilection de Dieu envers nous est nostre justification, quelles justices des œuvres pourront précéder ? Parquoy sainct Jean pour nous retirer de ceste pernicieuse arrogance, nous «dmonneste diligemment comme nous ne l'avons pas aimé les premiers (1 Jean 4, 10). Ce que le Seigneur avoit long temps auparavant enseigné par son

Prophète, disant qu'il nous aimeroit d'une dilection volontaire, pource que sa fureur sera destournée (Osée 14, 4). S'il est enclin de son bon vouloir à nous aimer, il n'est pas certes esmeu par les œuvres. Le rude vulgaire n'entend autre chose par cela, sinon que nul n'avoit mérité que- Christ fist nostre rédemption : mais que pour venir en possession d'icelle, nous sommes aidez de nos œuvres. Mais au contraire, comment que nous soyons rachetez de Christ, si est-ce toutesfois que nous demeurons tousjours enfans de ténèbres, ennemis de Dieu, et héritiers de son ire, jusques à ce que par la vocation gratuite du Père nous sommes incorporez en la communion de Christ. Car sainct Paul ne dit pas que nous soyons purgez et lavez de nos ordures, sinon quand le sainct Esprit fait ceste purgation en nous (1 Cor. 6, 11). Ce que voulant dire sainct Pierre, enseigne que la sanctification du sainct Esprit nous profite en obéissance et arrousement du sang de Christ (1 Pierre 1, 2). Si pour estre purifiez nous sommes arrousez du sang' de Christ par l'Esprit, ne pensons point estre autres devant cest arrousement qu'est un pécheur sans Christ. Que cela donc nous demeure certain, assavoir que le commencement de nostre salut est comme une résurrection de mort à vie. Car quand il nous a esté donné pour l'amour de Christ de croire en luy, lors nous commençons d'entrer de mort à vie.

7. Sous ce reng sont comprins le second et troisième genre des hommes, que nous avons mis en la division précédente. Car la souilleure de conscience, qui est tant aux uns comme aux autres, est un signe qu'ils ne sont point encore régénérez de l'Esprit de Dieu. Davantage, ce qu'ils ne sont point régénérez, est signe qu'ils n'ont nulle foy ; dont il appert qu'ils ne sont encores reconciliez à Dieu, ne justifiez en son jugement, veu qu'on ne parvient à tels biens sinon par foy. Qu'est-ce que feroyent les pécheurs aliénez de Dieu, qui ne fust exécrable à son jugement? Il est bien vray que tous infidèles, et principalement les hypocrites, sont entiez de ceste folle confiance : c'est combien qu'ils cognoissent leur cœur estre plein d'ordure et de toute vilainie, toutesfois s'ils font quelques bonnes œuvres en apparence, ils les estiment dignes de n'estre point mesprisées de Dieu. De là vient cest erreur mortel, que ceux qui sont convaincus d'avoir le cœur meschant et inique, ne peuvent estre menez à ceste raison, de se confesser estre vuides de justice : mais en se recognoissant injustes, pource qu'ils ne le peuvent nier, s'attribuent neantmoins quelque justice. Ceste vanité est tresbien refutée de Dieu par le prophète Haggée : Interrogue, dit-il, les Prestres : Si un homme porte au pan de sa robbe de la chair sanctifiée, ou attouche du pain sanctifié, sera-il pourtant sanctifié ? Les Prestres

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