CHAPITRE XIV
respondent que non. Haggéc les interrogue puis après, Si un homme poilu en son ame, touche (pielqu'uiie de ces clioses, s'il ne la polluera pas. Les Preslres respondent (ju'ouy. Lors il est commandé à Haggée de leur dire, Tel est ce peuple devant ma face, et telles sont les oHivres de leurs mains : et tout ce (pi'ils m'otîriront sera contaminé (Hagg. :2, 11 — 14). Pleust à Dieu que ceste sentence fust bien receue de nous, ou bien imprimée en nostre mémoire. Car il n'y en a nul, (luelque mescliant (ju'il soit en toute sa vie, qui se puisse persuader ce que le Seigneur dénonce icy clairement. Si le plus meschant du monde s'est acquité de son devoir en quel- <iue poinct, il ne doute pas que cela ne luy soit alloé pour justice. Au contraire, le Seigneur proteste (|ue par cela on n'acquiert nulle sanctification, (lue le cœur ne soit premièrement bien purgé. Et non content de cela, tesmoigne que toutes oeuvres procédantes des pécheurs, sont souillées par l'impureté de leur cœur : Gardonsnous donc d'imposer le nom de Justice aux œuvres qui sont condamnées de pollution par la bouche de Dieu. Et par combien belle similitude demonstre-il cela ? Car on pouvoit objecter, que ce que Dieu a commandé est inviolablement *:ainct: mais au contraire, il demonstre que ce n'est pas de merveilles si les œuvres que Dieu a sanctifiées en sa Loy, sont souillées par l'ordure des meschans : veu que par une main immonde est profané ce qui avoit esté consacré. 8. Il poursuit aussi en Isaie tresbien ceste matière : >'e m'offrez point, dit-il, sacrifices en vain : vostre encens m'est abomination : mon cœur hait toutes vos testes et solennitez : je suis fasché à merveille de les endurer. Quand vous esleverez voz mains, je destourneray mes yeux de vous : quand vous multiplierez voz oraisons, je ne les exauceray point : car voz mains sont pleines de sang. Lavez - vous et soyez purs, ostez voz mauvaises pensées (Is. 1, 13 — 16: o8, o). Qu'est-ce que veut dire cela, que le Seigneur rejette et abomine si fort l'observation de sa Loy. Mais il ne rejette rien qui soit de la pure et vraye observation de la Loy : dont le commencement est (comme il enseigne par tout) : ime crainte cordialle de .son nom. Icelle ostée, tnutes les choses qu'on luy présente non seulement sont fatras, mais ordures puantes et abominables. Voisent maintenant les hypocrites et s'efforcent de s'approuver à Dieu par leurs bonnes œuvres, ayans cependant le cœur enveloppé en cogitations perverses. Certes en ceste manière ils l'irriteront de plus en plus. Car les hosties des inicpies luy sont exécrables, et la seule oraison des justes luy est plaisante (Prov. 15, 8). Nous concluons donc, que cela doit estre résolu entre ceux qui sont moyennement exercitez en l'Escriture : c'est que toutes a^u\Tes qui procèdent des hommes que Dieu n'a point sanc-
tifiez par son Esprit, quelque belle monstre qu'elles ayent, sont si loin d'estre réputées pour justice devant Dieu, qu'elles sont estimées péchez. Pourtant ceu\ qui ont enseigné que les œuwes n'acquièrent point grâce et faveur à la personne : mais au contraire, que les œuvres sont lors agréables a Dieu, quand la personne a esté acceptée de luy en sa miséricorde, ont tresbien et véritablement parlé."* Et nous faut diligemment observer cest ordre, auquel l'Escriture nous conduit quasi par la main. Moyse escrit que Dieu a regardé à Abel et à ses œuvres (Gen. 4, 4). Voyons nous pas qu'il demonstre Dieu estre propice aux hommes, devant qu'il regarde à leurs œuvres? Il' faut donc que la purification du cœur précède, à ce que les œuvres provenantes de nous soyent amiablement receues de Dieu : parce que tousjours ceste sentence de Jeremie demeure en sa vigueur, que les yeux de Dieu regardent à l'intégrité ( Jer. o, 3). Or le sainct Esprit a une fois prononcé par la bouche de sainct Pierre, que par la seule foy noz cœurs sont purifiez (Act. lo, 9). Il s'ensuit donc que le premier fondement est en la \raye et ^ ive foy.
9. Regardons maintenant que c'est qu'ont de justice ceux que nous avons mis au quatrième reng. Nous confessons bien, quand Dieu nous reconcilie cà soy par le moyen de la jusUce de Jésus Christ et nous ayant fait remission gratuite de noz péchez nous repute pour justes, qu'avec ceste miséricorde est conjoinct un autre bénéfice, c'est que par son .sainct Esprit il habite en nous, par la vertu duquel les concupiscences de nostre chair sont de jour en jour plus morUfiées : et ainsi sommes sanctifiez, c'est ci dire consacrez à Dieu en vraye pureté de vie, entant que noz cœurs sont formez en l'obéissance de la Loy, cà ce que nostre principale volonté soit de servir à sa volonté, et avancer sa gloire en toutes sortes. Neantmoins, cependant mesmes que par la conduite du sainct Esprit nous cheminons en la voye du Seigneur, à fin de ne nous oublier, il y demeure des reliques d'imperfection en nous, lesquelles nous donnent occasion de nous humilier. Il n'y a nul juste, dit l'Escriture, qui face bien, et ne pèche point ( 1 Rois 8, 46). Quelle justice donc auront les fidèles de leurs œuvres ? Je dy premièrement, que la meilleure œuvre qu'ils puissent mettre en avant, est tousjours souillée et corrompue de quelque pofiution de la chair, comme un vin est corrompu quand il est meslé avec de la lie. Que le serviteur de Dieu, dy-je, élise la meilleure onivre qu'il pensera avoir faite en toute sa vie : quand il aura bien espluché toutes les parties d'icelle, il trouvera sans doute qu'elle sentira en qvielque endroit la pourriture de sa chair : veu qu'il n'y a jamais en nous une telle disposition à bien faire, qu'elle devroit es-