‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 357 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

tre : mais qu'il y a grande foiblesse pour nous relarder. Or combien que nous voyons les macules dont sont enlacliécs les a'uvres des saiucts, n'estre [joint obscures ne cachées, toutesfois encore que nous posions le cas que ce soyent seulement petites taciies et menues : assavoir si elles n'olîenseront en rien les yeux du Seigneur, devant lequel les estoilles mesmes ne sont pas pures. Nous avons qu'il ne sort pas une seule œuvre des fidèles (|ui ne mérite juste loyer d'opprobre, si on l'estime de soy.

10. Davantage, s'il se pouvoit faire que nous fissions quelques œuvres pures et jtarfaites, toutesfois un seul péché suffist pour elîacer et esteindre toute la mémoire de nostrc justice précédente, comme dit le Prophète (Ezech. 18, 24) : auquel aussi accorde sainct Jaques, disant que celuy qui a olïensé en un poinct, est rendu coulpable de tous (Jaq. 2, 10). Oi' comme ainsi soit que ccste vie mortelle ne soit jamais jinre ou vuide de péché, tout ce que nous aurions acquis de justice seroit corrompu, oppressé et perdu à chacune heure par les péchez (lui s'ensuyvroyent; ainsi ne viendroit point en conte devant Dieu, pour nous cstre imputé à justice. Finalement, quand il est question de la justice des œuvres, il ne faut point regarder un seul fait, mais la Loy mesmes. Et pourtant si nous cherchons justice en la Loy, ce sera en vain que nous produirons une œuvre ou deux : mais il est requis d'apporter une obéissance perpétuelle : Ce n'est pas donc une fois que le Seigneur nous impute à justice la remission gratuite de noz péchez, connue aucuns follement pensent, à fm qu'ayans impetré une fois pardon de nostre mauvaise vie, nous chercliions après justice en la Loy : veu qu'en ce faisant il ne feroit que se moquer de nous, en nous abusant d'une vaine espérance. Car comme ainsi soit ([ue nous ne puissions avoir aucune perfection cependant que nous sommes en ce corps mortel : d'autrepart que la Loy dénonce jugement et mort ix tous ceux qui n'auront accomply d'œuvres parfaite justice, elle auroit tousjours de quoy nous accuser et convaincre, sinon que la miséricorde de Dieu vint au devant pour nous absoudre de remission de péché assiduelle. Pourtant ce que nous avons dit au commencement, demeure tousjours ferme : c'est que si nous sommes estimez selon nostre dignité, quelque chose que nous taschious de faire, nous serons tousjours dignes de mort avec noz elTorts et entreprinses.

il. 11 nous faut fermement arrester à ces deux poinets : le premier est, qu'il ne s'est jamais trouvé œuvre d'homme fidèle qui ne fust damnable, si elle eust esté examinée selon la rigueur du jugement de Dieu. Le second est, que quand il s'en trouveroit une telle (ce qui est impossible à l'homme) neantmoins qu'estant

pollue et souillée par les péchez qui seroyent en la personne, elle perdroit toute grâce et estime. C'est-cy le principal poinct de la dispute que nous avons avec les Papistes, et quasi le na'ud <le la matière. Car touchant du commencement de la justification, il n'y a nul débat entre nous et les docteurs Scolastiques, qui ont quelque sens et raison. Il est bien vray que le povre monde a esté séduit jusque là, de penser que l'honnue se préparas! de soy-mesrne pour estre justifié de Dieu : et que ce blasphème a régné communément tant en prédications (ju'aux escoles : connue encore aujourdhuy il est soustenu de ceux qui veulent maintenir toutes les abominations de la Papauté. Mais ceux (jui ont eu quelque raison, ont tousjours accordé avec nous en ce poinct, ainsi que j'ay dit : assavoir que le pécheur, estant délivré de damnation par la bonté gratuite de Dieu, est justifié d'autant qu'il obtient pardon de ses fautes. Mais voicy en quoy ils différent d'avec nous : c'est que premièrement sous le mot de Justification ils comprennent le renouvellement de vie, ou la régénération, par laquelle Dieu nous reforme en l'obéissance de sa Loy. Secondement que quand l'homme est une fois régénéré, ils pensent qu'il soit aggi'eable à Dieu, et tenu pour juste par le moyen de ses bonnes œuvres. Or le Seigneur au contraire prononce, qu'il a imputé à son serviteur Abraham la foy à justice (Rom. 4, 13) : non pas seulement pour le temps qu'il servoit aux idoles, mais long temps après qu'il avoit commencé à vivre sainctement. Abraham donc avoit desja long temps adoré Dieu en pureté de cœur, et avoit suivy long temps les commandemens d'iceluy selon qu'un homme mortel peut faire : si est-ce toutesfois qu'il a sa justice par la foy. Dequoy nous concluons selon sainct Paul, que ce n'est pas selon les œuvres. Semblablement quand il est dit au Prophète, que le juste vivra de foy (Habac. 2, 4) : il n'est point question des infidèles, lesquels Dieu justifie en les convertissant à la foy : mais ceste doctrine s'adresse aux fidèles, et leur est dit qu'ils vivront par foy. Sainct Paul en donne encores une plus claire déclaration, quand pour approuver la justice gratuite, il amené ce passage de David, Bien-heureux sont ceux ausquels les péchez sont remis (Rom. 4, 7; Ps. 32, 1). Or il est certain que David ne parle point des infidèles, mais de soy-mesme et de ses semblables : d'autant qu'il parle du sentiment qu'il en avoit après avoir long temps servy à Dieu : Parquoy il ne faut pas que nous ayons pour un coup seulement ceste béatitude : mais qu'elle nous dure pour toute nostre vie. Finalement, l'ambassade de reconciliation dont parle sainct Paul (2 Cor. 5, 18), laquelle nous testifie que nous avons nostre justice en la miséricorde de Dieu, ne nous est point donnée pour un jour : mais est perpe-

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