‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 359 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

la vérité, et recognoistre de cœur que nous ne lin faisons nuls services gratuits: mais seulement luy rendons ceux dont nous luy sommes redevables. Et ce à bon droit: car nous luy sommes serfs, et astreints de nostrecontlitiitn à tant de services, qu'il nous est impossible de nous en acquitter, voire quand toutes nos pensées et tous nos membres ne s'apijli»|ueroyent a autre chose. Pourtant quand il dit, Apres que vous aurez fait tout ce qui vous aura esté commandé: c'est autant comme s'il disoit. Posez le cas que toutes les justices du monde fussent en un homme seul, et encore davantage. Nous donc, entre lesquels il n'y en a nul (|ui ne soit bien loin de ce but, comment nous oserions nous glorifier d'avoir adjousté quelque comble n la juste mesure? Et ne faut point (jue (luelcun allègue, qu'il n'y a nul inconvénient, que celuy qui ne fait ])as son devoir en quelque i)artie, face plus qu'il n'est requis de nécessité. Car il nous faut avoir ceste reigle, qu'il ne nous peut rien venir en l'entendement, qui face ou à l'honneur de Dieu, ou à la dilection de nostre prochain, qui ne soit conqjris sous la loy de Dieu. Or si c'est partie de la Loy : il ne nous faut vanter de libéralité volontaire, où nous sommes astreints par nécessité.

13. C'est mal à propos qu'ils allèguent la sentence de sainct Paul pour prouver cela, (juand il se glorifie (|u'entre les Corinthiens il a cédé de son droit, du(iuel il pouvoit user s'il eust voulu : et ([u'il ne leur a point seulement rendu ce qu'il leurdevoit de son ot'fice, mais qu'il s'est employé outre son devoir, en leur in'escliant gratuitement l'Evangile (i Cor. 9, 1. 12). Il falloit considérer la raison qui est là notée : c'est qu'il a fait cela afin qu'il ne fust point en scandale aux infirmes. Car les séducteurs qui tioubloyent ceste egiise-là, s'insinuoyent par ceste couverture de ne rien prendre pour leur iieine, afin d'acquérir faveur a leur perverse doctrine, et mettre l'Evangile en haine: tellement qu'il estoit nécessaire à sainct Paul ou de mettre en danger la doctrine de Christ, ou d'obvier à telles eautelles. Si c'est chose indilïerente ii l'homme Chrestien, d'encourir scandale quand il s'en peut abstenir, je confesse que l'Apostre a donné (luelque chose à Dieu plus qu'il ne luy dev oit ; mais si cela estoit requis à un prudent dispensateur de l'Evangile : je dy qn'û a fait ce qu'il devoit. Finalement, quand ceste raison n'ajtparoistroit point, neantmoins ce que dit Chrysostome est tousjours vray: que tout ce qui vient de nous, est d'une tehe condition que ce que possède un homme serf: c'est que pnr le droit de servitude il appartient à son maistre. Ce que Christ n'a point dissimulé en la paraJjolle. Car il interrogue quel gré nous saurons à nostre serviteur, après qu'ayant travaillé tout au long du jour, il retourne au soir en la maison (Luc

17, 7). Or il se peut faire ([u'il aura prins plus de peine (|ue nous ne luy en eussions osé imposer: (luand ainsi sera, encore n'a-il fait sinon ce qu'il nous devoit du droit de servitude, veu (|u'il est nostre, avec tout ce qu'il peut taire. Je ne dy point ([uelles sont les supererogations, dont ils se veulent priser ilevant Dieu : toutesfois ce ne sont que fatras, lesquels il n'a point commandez, et ne les approuve point: et (piand ce viendra a l'cndre conte, ne les alloera nullement. En ce sens nous concéderons bien que ce sont o'uvres de sui)ererogations, ainsi qu'en parle le Prophète, disant: Qui a re(p]is ces choses de vos mains (Is. 1, 12)? Mais il faut que ces Pharisiens se souviennent de ce qui en est dit en un autre lieu : Pourquoy délivrez vous vostre argent, et n'en achetez point de pain ? pourquoy prenez vous peine en choses qui ne vous peuvent rassasier (Is. 35, 2)? Messieurs nos maistres peuvent bien sans grande difliculté disputer de ces matières, cstans en leurs escoles assis mollement sur des coussins: mais quand le souverain .luge apparoistra du ciel en son Throne judicial, tout ce (Qu'ils auront déterminé ne profitera gueres : ains s'esvanouira comme fumée. Or c'estoit ce qu'il falloit icy chercher: quelle fiance nous pourrons apporter, pour nous défendre en cest horrible jugement, et non pas ce qu'on en peut babiller ou mentir en quelque angle t d'une Sorbonne.

10. Il nous faut chasser icy deux pestes de nos co'urs : c'est de n'avoir nulle fiance en nos œuvres, et ne leur attribuer aucune louange. L'Escriture çà et la nous en oste la fiance, disant que toutes nos justices ne sont qu'ordure et puantise devant Dieu, sinon (|u'elles tirent bonne odeur de la justice de .lesus Christ: qu'elles ne peuvent sinon pi évoquer la vengeance de Dieu, si elles ne sont supportées par le pardon de sa miséricorde. Ainsi elle ne nous laisse rien de reste, sinon que nous implorions la clémence de nostre Juge, pour obtenir mercy, avec ceste confession de David, que nul ne sera justifié devant sa face, s'il appelle à conte ses serviteurs (Ps. 143, 2). Et quand Job dit, Malheur sur moy si j'ay forfait: et si j'ay justement fait, encore ne leveray je point la teste (Job 10, 13). Condjien ([u'il regarde à la justice souveraine de Dieu, à laquelle les Anges mesmes ne peuvent satisfaire: si est-ce qu'il monstre quand on vient devant le throne judicial de Dieu, (|u'il ne reste rien à toutes créatures humaines sinon de faire silence. Car il n'entend point qu'il aime mieux de son bon gré céder à Dieu, (pie de combattre avec péril contre sa rigueur : mais il signifie fju'il ne recognoist justice en soy, laquelle ne descheust incontinent devant Dieu. Quand la fiance est dechassée, il faut aussi que toute gloire soit anéantie. Car (]ui est-ce qui assignera la louange de justice

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