‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 360 sur 703 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

à ses œuvres, quand en les considérant il tremblera devant Dieu ? Parquoy il nous faut venir où Isaie nous appelle: c'est (jue toute la semence d'Israël se loue et se jj:lorilie en Dieu (Is. 4o, 2o): pource (jue ce qu'il dit ailleurs est tres-vray, c'est que nous sommes plantez a sa ji^^loire ils. Gl, 3|. Xostre cœur donc sera lors droitemrnt parafé, (piami il ne s'appuyera nullement en aucune tiance d'œuvres, et n'en jirendra jtoint matière de s'eslever et eniiryueillir. (^est cest erreur qui induit les hommes à ceste fiance frivole et mensongère, qu'ils establissent tousjours la cause de leur salut en leurs (puvres.

17. Mais si nous regardons les quatre genres de causes que les Philosophes mettent, nous n'en trou\erons pas un seul (pii convienne aux œuvres, quand il est (luestiou de nostre salut. L'Escriture par tout enseigne (jue la cause efficiente de nostre salut est la miséricorde de nostre Père céleste, et la dilection gratuite qu'il a eu envers nous. Pour la cause matérielle elle nous propose (Ihrist avec son obéissance, par laquelle il nous a acquis justice. De la cause (|u'on appelle instrumentale, (juclle dirons uous qu'elle est, sinon la foy ? Sainct Jean a comprins toutes ces trois ensemble en une sentence, <|uanil il dit que Dieu a tant aimé le monde, (ju'il a donné son Fils uniiiue : afin que quiconque croira en luy, ne périsse point, mais ait la vie éternelle (Jean :{. 16). Quant à la cause finale, l'Apostre dit (jue <;a esté jjour demonstrer la justice de Dieu, et glorifier sa bonté (Rom. lî, ;2o): conjoignant mesme clairement les trois autres causes que nous avons recitées. Car voicy qu'il dit. Tous ont péché, et sont desnuez de la gloire de Dieu: mais ils sont justifiez gratuitement pal la grâce d'iceluy. Il demonstre là le commencement et comme la source : c'est que Dieu a eu pitié de nous par sa bonté. Il s'ensuit. Par la rédemption laiiuelle est en Christ. Icy nous avons la substance, en lacpielle consiste nostre justice. Il s'ensuit encore, Par la foy au sang d'iceluy : en (juoy il demonstre la cause instrumentale, par L'upielic la justice de Christ nous est appliquée. H adjouste consequemment la fin, quand il dit que Dieu a fait cela pour demonstrer sa justice, à ce qu'il soit juste, et justifiant celuy qui a foy en Jésus Christ. Et mesme pour signifier comme en passant, que ceste justice dont il i)arle consiste en la reconciliation entre Dieu et nous, il dit nonunément ([ue Christ nous a esté donné pour nous rendre le Père propice. Semblahlement au premier chapitre de l'Epistre aux Hphesiens, il enseigne que Dieu nous reçoit en sa grâce par sa pure miséricorde : (lue cela se fait par l'intercession de Christ, que nous recevons ceste grâce par foy: que le tout tend a ce but, que la gloire de sa bonté soit pleinement cogncue (Ephes. 1, o. 6).

Quand nous voyons toutes les parties de nostre salut estre hors de nous, qu'est-ce que nous jtrenons aucune confiance ou gloire de nos (euvres .' Quant est de la cause efficiente et finale, les plus grans adversaires de la gloire de Dieu ne nous en sauroyent faii'e controversie, s'ils ne veulent renoncer toute l'Escriture. Quand ce vient ;i la cause matérielle et instrumentale, ils cavillent. comme si nos œuvres partissoyent a demy avec la foy et la justice de Christ. Mais l'Escriture contredit aussi bien a cela, en affermant simplement que Christ nous est en justice et en vie, et que nous possédons un tel bien par la seule foy.

18. (>e que les saincts se conferment et se consolent souvent, en réduisant en mémoire leur imiocence et intégrité : et aucunesfois la mettent en a\ant,cela se fait en deux manières. C'est qu'en accomparant leur bonne cause avec la mauvaise cause des iniques, ils conçoyvent de cela espérance de victoire: non i)as tant pour la valeur ou estime de leur justice, ([ue pource que l'iniquité de leurs ennemis mérite cela. Secondement, quand en se recognoissaut devant Dieu sans se comparer ave(.' les autres, ils reçoyvent quelque consolation et fiance de la pureté de leur conscience. De la première raison nous en verrons cy après. Maintenant dei)eschons brièvement la seconde, comment c'est qu'elle peut convenir et accorder avec ce (pie nous avons desja dit, assavoir (pi'il ne nous faut appuyer sur aucune fiance de nos (euvres au jugement de Dieu, et ne nous en faut nullement glorifier. Or la convenance est telle : c'est que les saincts, (|uaud il est question de fonder et establir leur salut, sans avoir regard à leurs I euvres, fichent leurs deux yeux en la seule bonté de Dieu. Et non seulement s'adressent à icelle devant toutes choses, comme au commencement (le leur beatituiie : mais l'ayant aussi l)our accomplissement, y ac(iuiescenl du tout, et s'y reposent. Apres que la conscience est ainsi fomlée, dressée et confermée, elle se peut aussi fortifier par la consi<ieration des œuvres : assavoir entant (|ue ce sont tesmoignages que Dieu habite et règne en nous. Puis ilonc que ceste fiance des œuvres n'a point lieu jusques à ce tiu'ayons remis tonte la fiance de nostre conir en la miséricorde de Dieu: cela ne fait rien pour monstrer que les œuvres justifient, ou d'ellesmesmes puissent asseurer l'homme. Pourtant ([uand nous excluons la fiance des (cuvres, nous ne voulons autre chose dire sinon que l'ame Chrestienne ne doit point regarder au mérite des oMivres. comme a un refuge de salut: mais du tout se reposer en la [tromesse gratuite de justice. Cependant nous ne luy défendons pas qu'elle ne se soustienne et conferme par tous signes tpi'elle a de la bénédiction de Dieu. Car si tous les dons que Dieu nous a faits, quand

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