‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 361 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

nous les réduisons en mémoire, sont comme rayons de la clarté de son visage, pour nous illuminer à contempler la souveraine lumière de sa bonté : par plus forte raison les bonnes œuvres qu'il nous a données doyvent servir à cela, lesquelles demonstrent rKsjirit d'adoption nous avoir esté donné.

19. Quand donc les saincts conlerment leur foy par leur innocence, ou en i.rennent matière de se resjouyr, ils ne l'ont autre chose sinon reputer par les fruicls de leur vocation, que Dieu les a adoptez pour ses enfans. Ce donc (pie dit Salomon, qu'en la crainte du Seigneur il y a ferme asseurance (Prov. 14, 26) : ce que les Saincts pour estre exaucez de Dieu usent aucunes fois de ceste remonstrance, qu'ils ont cheminé devant sa face en intégrité et simplicité (2 Rois 20, :i: Gen. 24, 40): tout cela n'a point de lieu à faire fondement pour édifier la conscience : mais lors seulement [)eul valoir, quand on le prend comme enseigne de la vocation de Dieu. Car la crainte de Dieu n'est nulle part telle, qu'elle puisse donner ferme asseurance : et tous les saincts entendent bien qu'ils n'ont Pfis pleine intégrité, ains qui est meslée avec beaucoup d'imperfections et reliques de leur chair : mais pource que des fruicts de leur régénération ils prennent argument et signe que le sainct Esprit habite en eux, ils n'ont pas petite maliei'e à se confermer d'attendre l'aide de Dieu en toutes nécessitez : veu qu'ils l'expérimentent Père en si grand'chose. Or ils ne peuvent faire cela, que premièrement ils n'ayent appréhendé la bonté de Dieu, s'asseurans d'icelle par les promesses de l'Evangile tant seulement. Car s'ils commencent une fois de la reputer selon les œuvres, il n'y aura rien plus incertain ne plus infirme : veu que si les œuvres sont estimées en elles-mesmes, elles ne menaceront pas moins l'homme de l'ire de Dieu par leur imperfection, ([u'elles luy tosmoigneront sa benevolence par leur pureté tellement (|uellement accommencée. En somme, ils preschent tellement les bénéfices de Dieu, qu'ils ne se divertissent nullement de sa faveur gratuite : en laquelle sainct Paul tesmoigne que nous avons toute perfection haut et bas, de long et de large et de profond (Ephes. 3, 18 s. ). Comme s'il disoit, quelque part que se tournent nos sens, et quand ils monteroyent le [dus haut du monde, ou s'estendroyent au long et au large, qu'ils ne doivent outrepasser ceste borne : c'est de cognoistre la dilection de Jésus Christ envers nous, et se tenir serrez à la bien méditer, pource qu'elle comprend en soy toutes mesures. Pour laiiuellc raison il dit qu'elle surmonte en prééminence tout savoir : adjoustant que (juand nous comprenons comment Dieu nous a aimez en Jésus Christ, nous sommes remplis en toute plénitude divine

(Ephes. 3, 19). Comme ailleurs, en se glorifiant (pie les fidèles sont victorieux en tous combats, il adjouste la raison et moyen, assavoir, Pour celuy qui les a aimez (Rom. 8, 37).

20. Nous voyons maintenant que les saincts ne con(;oyvent point une fiance de leurs œuvres, qui attribue quelque chose au mérite d'icelles (veu qu'ils ne les considèrent point (|ue comme dons de Dieu, dont ils recognoissent sa bonté : et signes de leur vocation, dont ils rei)utent leur élection) : n'aussi qui derogue rien à la justice gratuite que nous obtenons en Christ, veu qu'elle en dépend, et ne peut subsister qu'en icelle. Ce que sainct Augustin demonstre fort bien en peu de paroUes, parlant ainsi : je ne dy pas au Seigneur qu'il ne desprise point l'œuvre de mes mains : il est bien vray que je cherche le Seigneur de mes mains, et ne suis point deceu : mais je ne prise pas les œuvres de mes mains. Car je crain, si Dieu les regardoit, qu'il n'y trouvast plus de péchez que de mérites. Seulement je dy, et prie et désire cela, ([u'il ne desprise point r(Puvre de ses mains. Seigneur donc, voy ton œuvre en moy, non pas le mien : car si tu y vois le tien,tu le couronnes. Et de fait, toutes les l)onnes œuvres que j'ay, sont de toy. ^^ Nous voyons ([u'il met deux raisons pourquoy il n'ose point alléguer ses œuvres à Dieu, assavoir que s'il a rien de bon, ce n'est pas du sien : secondement, que tout le bien qui est en luy est surmonté par la multitude de ses péchez . De là vient que la conscience, en considérant ses œuvres, conçoit plus de frayeuretestonnement que d'asseurance. Pourtant ce sainct personnage ne veut point que Dieu regarde autrement ses bienfaits, sinon pour cognoistre en iceux la grâce de sa vocation, afin de parfaire l'œuvre qu'il a commencée.

21. Davantage, ce que l'Escriture dit, que les bonnes (puvres sont cause pourquoy nostre Seigneur fait bien à ses serviteurs : il faut tellement entendre cela, que ce que nous avons dit cy dessus demeure en son entier : c'est que l'origine et etl'ect de nostre salut gist en la dilection du Père céleste : la matière et substance, en l'obéissance de Christ : l'instrument, en l'illumination du sainct Esprit, c'est à dire en la foy : que la fin est, à ce que la bonté de Dieu soit glorifiée. Cela n'empesche point que Dieu ne recoyve les œuvres, comme causes inférieures. Mais dont vient cela? C'est pource que ceux qu'il a prédestinez par sa miséricorde à l'héritage de la vie éternelle, il les introduit selon sa dispensation ordinaire en la possession d'icelle par lionnes œuvres. Ainsi ce qui précède en l'ordre de sa dispensation, il le nomme cause de ce qui s'ensuit après. Pour ceste mesine rai- .son l'Escriture semble advis signifier aucunesfois, que la vie éternelle procède des bonnes œuvres : non pas que la louange leur en doyvc

CHAPITRK XV

estre attribuée, mais pourec (lue Dieu justifie ceux qu'il a esieus, pour les glorilier tinaleuient (Hom. 8, 30): la première ^raee. (pii est eoinme un ile<iré à la seeunde, est nommée eause ilicelle. Toutestois quand il faut assi-juer la vr.aye cause, l'Escriture ne muis meine point aux <i'uvres, uiais nous retient en la seule méditation de la miséricorde de Dieu. Car ([u'est-ce (|ue veut dire ccsle sentence de l'Apostre : (|ue le loyer de péché c'est mort, la vie éternelle est jnace de Dieu dtom. 0, :2:{)? l'ounpmy n'opimseil la justice à péché, conune la vie à la mort? P(tui(|uoy ne met-il la justice |iour cause dévie, connue il dit le péché estre cause de nuirt ? (^ar la comparaison eust esté ainsi entière, hupielle est aucunement inqiarl'aite conune il la c<juche. Mais il voulu exjirimer en ceste conqiaraison ce (pii estoit vray, assavoir (jue la moit est deue a l'homme jtour ses mérites : mais (pie la vie est

située en la seule miséricorde de Dieu. Bref, en toutes ses façons de parler, où il est fait mention des bonnes onivres. il n'est pas question de la cause pour(|U()y Dieu lait bien aux siens, mais seulement de l'ordre qu'il y tient : c'est qu'en adjoustant irrace sur j:race, il |irend occasion des premières de les augmenter par les secondes, et poursuit tellement sa libéralité, qu'il \ eut (pie nous pensions tousjours à son élection gratuite, huiuelle est la fontaine de tous ses bien-faits envers nous. Car combien (pi'il aime et prise les dons qu'il nous eslargit journellement selon (ju'ils procèdent de ceste source-là. loutesfdis p(jurce que nostre oflice est de nous tenir arrestez à l'acceptation f^ratuite, la(|uelle seule peut alfermir nos aines, il convient mettre en second degré les dons de son Esprit, des- (juels il nous enrichit, en sorte qu'ils ne deroguent point à la prem iere cause.

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