‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 362 sur 703 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Que tout ce qui est dit pour magnifier les mérites, destruit tant la louange de Dieu que la certitude de nostre salut.

1. Nous avons desja despesché le principal ncjeud de ceste matière : c'est que d'auUuit (ju'il est nécessaire que toute justice soit confondue devant la face de Dieu, si elle est appuyée sur les œuvres, elle est contenue en la seule miséricorde de Dieu, et en la seule communion de (Christ : et iMiurlant en la seule foy. Or nous avons diligemment a noter, que c'est-cy le principal poinct : afin de ne nous envelopper en l'erreur commun non seulement du vulgaire, mais aussi des savans. Car (juand il est question si la foy ou les (i'uvres justifient, ils allèguent les passages qui semblent advis attribuer quel- (pie mérite aux o'uvres devant Dieu : comme si la justification des (ouvres estoit par cela deinonstrée, quand il seroit prouvé (lu'elles sont en (pielque estime devant Dieu. Or il a esté clairement dcmonstré (pie la justice des onivres consiste seulement en une parfaite et entière observation de la Loy : dont il s'ensuit que nul n'est justifié par ses o'uvrcs. sinon celuy qui est venu à une telle perfection, (ju'on ne le sauroit rcdarguer de la moindre faute du monde. C'est donc une autre (|uestion et séparée, assavoir si les (euvrcs, combien qu'elles ne suffisent point à justifier riiomme, luy peuvent acquérir fa\eur envers Dieu.

2. Premièrement, je suis contraint de jirotester cela de ce nom de Mérite : que (juiconque l'a le premier attribué aux œuvres humaines,

au regard du jugement de Dieu, n'a pas fait chose expediente pour entretenir la syncerité de la foy. Quant à moy, je me déporte volontiers de toutes contentions qui se font pour les mots: mais je desireroye que ceste sobriété eust tousjours esté gardée entre les Chrestiens, qu'ils n'eussent point sans mestier et .sans propos usurpé vo(;ables cstranges de l'Escriture, qui pouvoyent engendrer beaucoup de scandales et peu de fruict. Car quel mestier estoit-il, je vous prie, de mettre en avant ce nom de Mérite, puis (jue la dignité des bonnes oeuvres pouvoit autrement estre expli(iuée sans offension? Or combien il est venu de scandales de ce mot, nous le voyons avec grand dommage de tout le monde. Certes comme il est plein d'orgueil, il ne peut sinon obscurcir la grâce de Dieu, cl abbreu\ er les hommes d'une vaine outrecuidance, .le confesse (pie les anciens docteurs de l'Eglise en ont communément usé. Et pleust à Dieu que par un petit mot ils n'eussent jioint donné occasion d'erreur a ceux qui sont venus depuis. Combien qu'en d'aucuns lieux ils ont testifié comment ils ne vouloyent point prejiidicier en ce faisant à la vérité. Sainct Augustin en quelque lieu dit, Que les mérites humains se taisent icy, lesquels sont péris en Adam : et que la grâce de Dieu règne, comme elle règne par .lesus Christ. ^^ Item, Les saincts n'attribuent rien à leurs mérites, mais le tout à la miséricorde de Dieu. "^ Item, Quand

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