‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 365 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

c'est à dire occasion de mériter: mais que c'est maintenant à nous à faire de ne défaillir point à ceste occasion qui nous est donnée. Quelle impudence, et combien elîrenée! Qui eust attendu que ceux qui font profession d'estre (jhrestiens, eussent ainsi despouillé Jésus Christ de sa vertu, pour le fouller quasi aux pieds? L'Escriture luy rend par tout ce tesnicignas^c, <iue tous ceux qui croyent en luy sont justifiez: et ces canailles enseignent qu'il ne nous provient autre bénéfice de luy, sinon qu'il nous a fait ouverture pour nous justifier. 0 s'ils pouvoyent gouster que veulent dire ces sentences ! que quiconques a le Fils de Dieu, a aussi la vie (IJeano, 12): que quiconques croit, est passé de mort en vie (Jean "i, 24), et est justifié par sa grâce, afin d'estre fait héritier de la vie éternelle (Rom. ^, 24): qu'il a (christ habitant en soy, afin d'adhérer à Dieu par luy (1 Jean ;{, 24): qu'il est jiarticipant de sa vie: est assis au ciel avec luy, est desja transféré au royaume de Dieu (Ephes. 2, 6: ('ol. 1,13), et a obtenu salut:: et autres semblables, qui sont infinies. Car elles ne signifient pas seulement, que la faculté d'acquérir justice pu salut nous advienne par Jésus Christ, mais que l'une et l'autre nous est en luy donnée. Pourtant, incontinent que nous sommes par foy incorporez en Christ, nous sommes faits enfans <le Dieu, héritiers des cieux, parficipans de juslice, possesseurs de vie, et pour redarguer leurs mensonges, nous n'avons pas seulement obtenu l'opportunité de mériter, mais tous les mérites (le Christ: car ils nous sont communiquez.

7. Voila comment les Sophistes des escoles Sorboniques. mères de tous erreurs, nous ont destruit toute la justification de la foy, en laquelle estoit contenue la somme de toute pieté. Ils confessent bien de parolles que l'homme est justifié de foy formée : mais ils exposent après, que c'est pource que les œuvres prennent de la foy la valeur et vertu de justifier : tellement qu'il semble advis qu'ils ne nonmient la foy que par inocquerie, d'autant qu'ils ne s'en pouvoyent du tout taire, veu qu'elle est si souvent répétée en l'Escriture. Encore n'estans point contens de cela, ils desrobent à Dieu en la louange des bonnes œuvres, quelque portion pour la transférer à l'homme. Car pource ([u'ils voyent que les bonnes (euvres ne peuvent gueres à exalter l'homme, et inesmes qu'elle ne doyvent point proprement estre appellées Mérites, si on les estime fruits de la grâce de Dieu : il les déduisent de la faculté du franc-arbitre : assavoir de l'huile d'une pierre. Bien est vray qu'ils ne nient pas que la principale cause ne soit de la grâce : mais ils ne veulent point que le franc-arbitre soit exclus, dont procède, connue ils le disent, tout mérite. Et n'est pas la doctrine des Sophistes nouveaux seulement, mais leur grand maistre

Pierre Lombard en dit autant : lequel au prix des autres est bien sobre et moins desbordé. ®^ C'a esté certes un merveilleux aveuglement, de lire en sainct Augustin, lequel il a si souvent en la bouche, et ne voir point de quelle solicitude ce sainct personnage se donne garde de tirer à l'homme une seule goutte de la louange des bonnes œuvres. Nous avons cy-dessus, en traitant du libéral-arbitre, recité quelques tesmoignages de luy à ce propos, ausquels on en trouvera mille semblables en ses escrits. Comme quand il nous défend de mettre en avant noz mérites pour nous attribuer quehpie chose, d'autant qu'iceux mesmes sont dons de Dieu : et quand il dit (|ue tout nostre mérite vient de grâce, et qu'il nous est entièrement donné par icelle, et non point acquis par nostre suffisance, etc. •" Ce n'est pas si grande merveille que ledit Lombard n'a point esté esclairé par la lumière de l'Escriture, d'autant qu'il n'y estoit gueres exercité. Toutesfois on ne pourroit désirer contre luy et toute sa seijuelle une sentence plus claire qu'est celle de sainct Paul, quand après avoir interdit aux Chrestiens toute gloire, il adjouste la raison pourquoy il ne leur est point licite de de se glorifier. Car nous sommes, dit-il, l'œmTe de Dieu, créez à bonnes œuvres, lesquelles il a yireparées afin que nous cheminions en icelles (Ephes. 2, 10). Puis qu'il ne sort nul bien de nous, sinon d'autant que nous sommes régénérez, et nostre régénération est toute de Dieu, sans en rien excepter, c'est sacrilège de nous attriljuer un seul grain de la louange des bonnes œuvres. Finalement, combien que ces Sophistes sans fin et sans cesse parlent des bonnes œuvres : toutesfois ils instruisent cependant tellement les consciences, que jamais elles ne s'oseroyent fier que Dieu fust propice à leurs œuvres. Nous aucontraire, sans faire nulle mention de mérite, donnons toutesfois une singulière consolation aux fidèles par nostre doctrine, quand nous leur lestifions qu'ils sont plaisans et aggreables à Dieu en leurs œuvres : mesme nous requérons (lue nul n'attente ou entreprenne œuvre aucune sans foy, c'est à dire, sans avoir déterminé pour certain en son cœur qu'eUe plaira à Dieu.

8. Pourtant ne soutîrons nullement (lu'on nous destourne de ce fondement, et ne fust-ce que de la pointe d'une espingle : car sur iceluy doit reposer tout ce qui appartient à l'édification de l'Eglise. Ainsi tous les serviteurs de Dieu, ausquels il a donné la clurge d'édifier son règne, après avoir mis ce fondement, s'il estmestierde doctrine et exhortation, ils admonneslent que le Fils de Dieu est apparu, afin de destruire les œuvres du diable, à ce que ceux qui sont de Dieu ne pèchent plus (1 Jean 3, 8. 9) : qu'il suffit bien que le temps passé nous ayons suyvi les désirs du monde (1 Pierre 4, 3) : que les esleus de Dieu sont instrumens de sa miséricorde, et

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