‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 367 sur 703 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Que ceux qui s'efforcent de rendre ceste doctrine odieuse, se monstrent

calomniateurs en tout ce qu'ils ameinent.

1. Par cela se peut réfuter l'impudence d'aucuns mcschans. qui nous imposent que nous abolissons les bonnes oeuvres, et retirons les hommes d'icelles, quand nous enseignons que l)ar onivres nul n'est justifié, et ne mérite salut. Secondement, f[ue nous faisons le chemin à justice trop aisé, disant qu'elle gist en la remission gratuite de noz péchez : et que par ceste flatterie nous alleichons les hommes a mal-faijje, qui autrement y sont troj) enclins de nature. Ces calomnies, dy-je, sont assez refutées par ce que nous avons dit : toutesfois je respondray brièvement a l'un et a l'autre. Ils allèguent que les bonnes (puvres sont destruites quand on presche la justification de la foy. et qu'est-ce si plustost elles sont dressées etestablies? Car nous ne songeons j)oint une foy qui soit vuyde de toutes bonnes (fiuvres, ou une justification qui puisse consister sans icelles : mais voila le n(eu<l de la matière, <iue ja soit que nous confessions la foy et les bonnes œuvres estre nécessairement conjoincles ensemble : toutesfois nous situons la jusfice en la foy, non pas aux oeuvres. La raison pourquoy, il est facile à expliriuer, moyennant que nous regardions Christ, auquel la foy s'addresse, et

ilont elle prend toute sa force. Car dont vient que nous sommes justifiez par foy ? c'est pource (pie par icelle nous appréhendons la justice de Christ, laquelle seule nous reconcilie à Dieu. Or nous ne pouvons appreiiender cestejustice, que nous n'ayons aussi sanctification, (^ar quand il est dit que Christ nous est donné en ledemption. sagesse et justice : il est pareillement a(Jjousté qu'il nous est donné en sanctification (1 Cor. 1, ){()). De cela s'ensuit (jue Christ ne justifie personne qu'il ne le sanctifie quant et quant. Car ces bénéfices sont conjoincts ensemble comme d'un lien perpétuel, que quand il nous illumine de sa sagesse, il nous racheté : quand il nous racheté, il nous justifie : (juand il nous jusUfie il nous sanctifie. Mais pource qu'il n'est maintenant (piestion que de justice et sancUfication, arrestons-nous en ces deux. Combien donc qu'il les faille distinguer,. toutesfois (Christ contient inséparablement l'une et l'autre. Voulons-nous donc recevoir justice en Christ? il nous faut posséder Christ premièrement. Or nous ne le pouvons posséder que nous ne soyons parlicipans de sa sanctification, veu qu'il ne se peut deschirer par pièces. Puis qu'ainsi est, dy-je.

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