‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 368 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

que le Seigneur Jésus jamais ne donne à personne la jouyssance de ses bénéfices, qu'en se donnant soy-mesme : il les eslargit tous deux ensemble, et jamais l'un sans l'autre. De là il appert combien est ceste sentence véritable, que nous ne sommes point justifiez sans les œuvres : combien que ce ne soit point par les œuvres d'autant qu'en la participation de Christ, en la(iuelle gist nostre justice, n'est pas moins contenue sanctification.

2. C'est aussi une menterie, de dire que nous destournons les cœurs des hommes d'alîcction de bien faire, en leur ostanl la fantasie de mériter. Car ce qu'ils disent que nul ne se souciera de bien vivre, sinon (pi'il espère (pielque loyer, en cela ils s'abusent trop lourdement : car si on ne cherche autre chose sinon que les hommes servent à Dieu pour rétribution, et soycnt comme mercenaires qui luy vendent leur service, c'est bien mal profité. Il veut estre honnoré, aymé d'un fi'anc courage : et approuve un serviteur, lequel quand toute espérance de loyer luy seroit ostée, ne laisseroit point neantmoins de le servir. Or si mestier est d'inciter les hommes a bien faire, il n'y a nuls meilleurs espérons à les picquer, que quand on leur remonstre la fin de leur rédemption et vocation. C'est ce que fait la parolle de Dieu, quand elle dit que nos consciences sont nettoyées des œuvres mortes par le sang de Christ, afin que nous servions au Dieu vivant (Hebr. 9, 14) : (jue nous sommes deliwez de la main de nos ennemis, afin que nous cheminions devant Dieu en justice et saincteté tous les jours de nostre vie (Luc 1, 74. 7o) : que la grâce de Dieu est apparue, afin que renonçans à toute impieté et désirs mondains, nous vivions sobrement, sainctement et religieusement en ce siècle, attendans l'espérance bien-heureuse, et la révélation de la gloire de nostre grand Dieu et Sauveur (Tite 2, 11—13): que nous ne sommes point appeliez pour provoquer l'ire de Dieu contre nous, mais pour obtenir salut en Christ (1 Thess. 5, 9) : que nous sommes temples du sainct Esprit (1 Cor. 3, 16: Ephes. 2, 21 : 2 Cor. 6, 16), lesquels il n'est point licite de polluer : que nous ne sommes pas ténèbres, mais lumière en Dieu, et pourtant qu'il nous tant cheminer comme enfans de lumière (Ephes. 5, 8: 1 Thess. 5, 4) : que nous ne sommes point appeliez à immondicité, mais à saincteté (1 Thess. 4, 7. 3) : et (jue la volonté de Dieu est nostre sanctification, afin que nous nous abstenions de tous désirs pervers: que puis (pie nostre vocation est saincte (2 Tim. 1, 9), nous ne pouvons respondre à icelle sinon en pureté de vie (1 Pierre 1, lo) : que nous avons esté délivrez de péché, afin d'obéir à jusfice (Rom. 6, 18). Y avoit-il argument plus vif pour nous inciter à charité, que celuy dont use sainct Jean ? c'est que nous nous aymions mutuellement comme Dieu nous a aymez: et qu'en

cela différent les enfans de Dieu des enfans du diable : les enfans de lumière, des enfans de ténèbres, pource qu'ils demeurent en dilection (1 Jean 4, 11 : 3, 10). Item celuy dont use sainct Paul : c'est que si nous adhérons à Christ, nous sommes membres d'un mesme corps (1 Cor. 6, 17: 12, 12), et pourtant qu'il nous faut appliquer à nous aider mutuellement. Pouvionsnous avoir meilleure exhortation à saincteté que de ce que dit sainct Jean, que tous ceux qui ont • espérance de vie se sanctifient, puis que leur Dieu est sainct (1 Jean 3, 3). Item par sainct Paul, qu'estans douez de la promesse d'adoption, nous mettions peine à nous purger de toute souilleure d'esprit et de chair (2 Cor. 7, 1). Item, quand nous oyons de la bouche de Christ, qu'il se propose en exemple à nous, afin que nous ensuyvions ses pas (Jean 15, 10).

3. J'ay voulii brièvement amener ces passages comme pour monstre : car si je vouloye assembler tous les semblables il me faudroit faire un long volume. Les Apostres sont tous pleins d'exhortations, remonstrances, reprehensions, pom* instituer l'homme de Dieu à toute bonne œuvre, et ne font aucune mention de mérite. Plustost au contraire ils prennent leurs principales exhortations de là, (jue nostre salut consiste en la miséricorde de Dieu, sans que nous ayons rien mérité. Comme fait sainct Paul, quand après avoir enseigné par toute l'Epistre, que nous n'avons nulle espérance de salut sinon en la grâce de Christ : quand il vient à exhorter, il fonde sa doctrine sur ceste miséricorde qu'il avoit preschée (Rom. 12, 1). Et pour en bien dire, ceste seule cause nous devroit assez esmouvoir à bien vivre : afin que Dieu soit glorifié en nous (Matth. o, 16). Et s'il y en a aucuns qui ne soyent pas teUement touchez de la gloire de Dieu, si est-ce cpie la mémoire de ses bénéfices les doit suffisamment inciter. Mais ces Pharisiens, pource qu'en exaltant les mérites ils arrachent quasi par force du peuple quelques œuvres serviles : ils nous imposent faussement que nous, n'avons rien pour exhorter à bonnes œuvres, pource que nous ne suyvons point leur train. '^' Comme si Dieu se delectoit beaucoup de tels services contrains, lequel declaire qu'il n'accepte autre sacrifice, sinon celuy qui vient de franche volonté : et défend de rien donner en tristesse, ou de nécessité (2 Cor. 9, 7). Je ne dy pas cela pource que je rejette ou mesprise la manière d'exhorter dont l'Escriture use souvent, afin de ne laisser nul moyen pour esveiller nostre paresse, c'est qu'elle nous propose le loyer que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres (Rom. 2, 3) : mais je nie qu'il n'y en ait point d'autre, et mesme que ceste soit la principale. Davantage, je n'accorde pas qu'il faille commencer par là. Finalement je maintien que cela ne fait rien pour eslever les mérites, tels que nos

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