CHAPITRE XVn
adversaires les forjient, comme nous verrons cy après. Outreplus, je dy que cela ne profiteroit de rien, sinon (jue ceste doctrine eust préoccupé : c'est que nous sommes justifiez par le seul mérite de Christ, aucpiel nmis participons par fuy. el non point d'aucuns mérites de nos oanres. Car nul n'est disjiosé à sainctement vivre, qu'il n'ait premier receu et liien ^ousté ceste doctrine. Ce que le IMopliete enseigne tresbien, quand il dit parlant a Dieu, Il y a mercy envers toy, Seiy:neur, afin que tu sois redouté (Ps. 130, 4). 11 demonstre (|u'il n'y a luille révérence de Dieu entre les lionunes. sinon après (jue sa miséricorde est cogneue, laciuelle est le fondement. Ce qui est bien notable, à ce que nous sachions que la miséricorde de Dieu est non seulement le principe de bien et deuement le servir, mais aussi que la crainte de Dieu, laquelle les Papistes pensent estre méritoire de salut, ne peut estre réputée a mérite, pource ({u'elle est fondée en la remission des péchez.
4. C'est aussi une calomnie trop frivole, de dire (jue nous convyons les honunes a péché, en preschant la remission des péchez gratuite, en laquelle nous collo(iuons toute justice. Car en parlant ainsi, nous la poisons de si grand poids, qu'elle ne peut estre compensée d'aucuns biens procedans de nous : et pourtant que nous ne la pourrions obtenir, sinon iju'elle fïist gratuite. Ur nous disons (lu'elle nous est gratuite, mais non pas à Christ, auquel elle a cousté bien cher : car il l'a rachetée de son tresprecieux et sacré sang, pource (ju'il n'y avoit nul autre prix par lequel le jugement de Dieu peust estre contenté. Et enseignant ainsi les hommes, nous les
admonnestons (pril ne tient point à eux que ce sacré sang ne soit lespandu. toutes fois et quan. tes (ju'ils pèchent. Davantage, nous leur remonstrons (|ue l'ordure de péché est telle, qu'elle ne se peut laver sinon par ceste seule fontaine. En o\ant ci'i.t, ne doyvenl-ils pas concevr>ir un plus grand horreur de poché, que si on leur disoit qu'ils se poussent nettoyer |»ar ([uebiue bonnes œuvres? Et s'ils ont (jucUiue crainte de Dieu, comment n'auront-ils horreur de se veautrer encore en la boue après avoir esté purgez, pour troubler (ent^mt (ju'en eux est) et infecter ceste fontaine trespure, en laquelle ils ont leur lavement? J'ay lavé mes pieds (dit l'ame fidèle en Salomon) comment les souilleray-je de nouveau ((^ant. ri, 3) ? 11 est maintenant notoire lesquels font la remission des péchez plus vile, et lesquels anéantissent jjIus la dignité de justice. ^■os adversaires babillent qu'on peut appaiser Dieu par je ne say (lucUes satisfactions frivoles: c'est à dire par fiente et estrons. Nous disons que l'offense de péché est trop grieve, pour se pouvoir recompenser de tels fatras : que l'ire de Dieu est aussi trop grieve, pour pouvoir estre remise legierement. Et pourtant cest honneur et prérogative appartient seulement au sang de Christ. Ils disent que la justice, si elle défaut en quelque endroit, peut estre reparée par œuvres satisfactoiiTS. Nous disons qu'elle est trop précieuse pour pouvoir estre si facilement acquise : et pourtant, que pour la recou\Ter il nous faut avoir nostre refuge cà la seule miséricorde de Dieu. Le reste (jui appartient à la remission des péchez, sera déduit au chapitre prochain.