‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 371 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

bien tes voyes, sans décliner aux liieiix estrangcs, et fais justice et droiture, et ne te destournes point à mal, j'habiteray avec toy (Jer. 7, 5. 23). Je n'en veux point reciter raille semblables, les- (juelles se pourront despescber par une mesme solution : veu qu'elles ne différent point en sens d'avec celles-cy. La somme est, que Moyse tesmoigne la bénédiction et la malédiction, la vie et la mort nous estre présentée en la Loy (Deut. 11, 26; 30, lo). Ou il faut que nous facionsceste bénédiction oisive et infructueuse, ou que nous confessions la justification n'estre point en la seule foy. Pour response, nous avons cy dessus monstre comment, si nous demeurons en la Loy, estans exclus de toute Ijenediction, nous sommes enveloppez en la malédiction (jui est dénoncée à tous transgresseurs (Deut, 27, 26), Car Dieu ne promet rien, sinon à ccluy (jui est parfait observateur de sa Loy : ce qui n'advient a homme du monde. Gela donc demeure tousjours ferme, que la Loy oblige tout le genre humain à malédiction et ire de Dieu : de laquelle si nous voulons esti'e délivrez, ils nous faut sortir hors la puissance de la Loy, et estre mis comme de servitude en liberté. Non pas en une liberté charnelle, laquelle nous retire de l'obéissance de la Loy, et nous convie à dissolution et licence, et lasche la bride à nos concupiscences, pour se desborder : mais une liberté spirituelle, laquelle console et conferme la conscience troublée et espovantée, luy remonstrant qu'elle est délivrée de la malédiction et eondemnation dont la Loy la tenoit enserrée. Nous obtenons ceste délivrance, quand en foy nous appréhendons la miséricorde de Dieu en Christ : par laquelle nous sommes rendus certains et asseurez de la remission des péchez, du sentiment desquels la Loy nous poignoit et mordoit.

2. Par ceste raison les promesses mesmes qui nous sont offertes en la Loy, seroyent infructueuses et de nulle vertu, si la bonté de Dieu ne nous secouroit par l'Evangile, Car ceste condition, que nous accomplissions la volonté de Dieu, dont elles dépendent, ne sera jamais accomplie. Or ce que le Seigneur nous subvient, n'est pas en nous laissant une partie de justice en nos œu^Tes, et suppléant ce qui défaut, par sa bénignité : mais en nous assignant son seul Christ pour accomplissement de justice. Car l'Apostre ayant dit, que luy et tous autres Juifs, sachans que l'homme ne peut estre justifié par les œuvres de la Loy, avoyent creu en Jésus Christ : ajouste la raison, non pas afin qu'ils fussent aidez par la foy de Christ à obtenir perfection de justice, mais afin d'estre justifiez sans les œuvres de la Loy (Gai. 2, 16). Si les fidèles se départent de la Loy, et viennent à la foy pour obtenir justice, laquelle ils ne trouvoyent point en la Loy, ils renoncent certes cà la justice des œu\Tes, Qu'on amplifie donc main-

tenant tant qu'on voudra les rétributions que la Loy dénonce estre jtreparées a ses observateurs, moyennant qu'on considère aussi que nostre perversité fait que nous n'en recevions aucun fruit, jusques après avoir obtenu une autre justice. En ceste manière David, après avoir parlé de la rétribution que Dieu a préparée à ses serviteurs : incontinent se tourne à la recognoissance des péchez, par lesquels elle est anéantie. Il monstre bien donc les biens qui nous devroyent venir de la Loy : mais quand il adjouste conscquemment. Qui est-ce qui entendra ses fîuites (Ps, 19, 13)? en ce il dénote l'empeschement qui fait que la jouissance n'en vient point jusques à nous. Item en un autre lieu, après avoir dit que toutes les voyes du Seigneur sont lionté et vérité à ceux qui le craignent : il adjouste, A cause de ton Nom Seigneur, tu seras propice à mon iniquité : car elle est tresgrande (Ps. 2S, 10. 11), En telle manière, il nous faut recognoistre la benevolence de Dieu nous estre mise en avant en la Loy, si nous la pouvions acquérir par noz œuvres : mais que par le mérite d'icelles jamais nous ne l'obtenons.

3. Quoy donc? dira quelcun : les promesses légales sont-elles données en vain, à fin de s'esvanouyr? J'ay desja testifié que je ne suis de ceste opinion : mais je dy que l'efficace n'en vient point jusijues à nous, cependant qu'elles sont référées au mérite des œuvres : et pourtant que si on les considère en elles-mêmes, elles sont aucunement abolies. En ceste manière l'Apostre dit, que ceste belle promesse, où Dieu dit qu'il nous a donné de bons préceptes, lesquels vivifieront ceux qui les feront (Rom. 10, 5: Lev. 18, 5; Ezech. 20, 11), est de nulle importance, si nous nous arrestons h icelle : et qu'elle ne nous profitera de rien plus que si elle n'avoit point esté donnée. Car ce qu'elle requiert, ne compete point mesme aux plus saincts serviteurs de Dieu : qui sont tous bien loin de l'accomplissement de la Loy, et sont environnez de plusieurs transgressions. Mais quand les promesses evangeliques sont mises en avant, lesquelles dénoncent la remission des péchez gratuite : non seulement elles nous rendent agréables à Dieu, mais aussi font que noz œuvres luy soyent plaisantes. Et non seulement afin qu'il les accepte : mais aussi qu'il les rémunère des bénédictions lesquelles estoyent deues à l'observation entière de sa Loy, par la convenance qu'il avoit faite. Je confesse donc, que le loyer qu'avait promis le Seigneur en sa Loy à tous observateurs de justice et saincteté, est rendu aux œu\Tes des fidèles : mais en telle rétribution il faut diligemment regarder la cause qui fait les œuvres estre favorables. Or il y a trois causes dont cela procède. La première est, que le Seigneur destournant son regard

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