‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 372 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

lies œu\Tes de ses serviteurs, lesquelles méritent tousjours plustost confusion t|ue louange, il reroit et embrasse iceux en son Christ : et par le moyen «le la seule l'oy, sans aide aucune des œuvres, il les reconcilie avec soy. La seconde est. (|ue de sa heni.Lîiiité et indulgence paternelle il fait cest honneur a leurs o'uvres, sans regarder si elles en sont dignes ou non, de les avoir en (luelque prix et estime. La troisième est qu'il reroit icelles œuvres en miséricorde, ne mettant point en conte l'imperfection (|ui y est : de laquelle elles sont toutes tellement pollues, qu'elles meriteroyent plus d'estre mises au uomlire des vices (jue des vertuz. Et de là il appert combien se sont trompez les Sophistes de Sorbonne. entant qu'ils ont pensé avoir évité toute absurdité, disans ([ue les anivres ne sont valables à mériter salut de leur bonté intérieure : mais pource que Dieu par sa bénignité les veut autant estimer. Mais cependant ils n'ont point observé combien les œuvres qu'ils veulent estre méritoires, sont loin île la comlition requise es promesses légales, sinon que la juslice gratuite, qui est appuyée sur la seule foy, precedast : et la remission des péchez, par laquelle il faut (|ue les bonnes œuvres mesmes soyent nettoyées de leurs macules. Pourtant des trois causes que nous avons recitées, qui font que les œuvres des fidèles soyent acceptées de Dieu, ils n'en ont noté que l'une, et se sont teuz des deux autres, voire des principales.

'i. Ils allèguent la sentence de sainct Pierre, que recite sainct Luc aux Actes : En vérité je trouve que Dieu n'est point acceptateur de per sonnes : mais en toute nation celuy qui fait justice luy est plaisant (Act. 10, '.Vi. 3o). De ces parolles ils pensent faire un argument bien certain : que si l'homme acquiert faveur envers Dieu par bonnes œuvres, ce qu'il obtient salut, n'est point de la seule grâce de Dieu : mais plustost que Dieu subvient tellement de sa miséricorde au pécheur, qu'il est esmeu à ce faire par les bonnes anivres d'iceluy. Mais nous ne pourrons nullement accorder plusiem's sentences de l'Escriture, que nous ne considérions double acception de l'honmie devant Dieu. Car selon que l'homme est de nature. Dieu ne trouve rien en luy dont il soit lleschy à miséricorde, sinon pure misère. S'il est donc notoire, que l'homme quand il est premièrement receu de Dieu, est vuide et desnué de tout bien, au contraire chargé et plein de tout genre de mal : pour quelle vertu le dirons-nous estre digne de la vocation de Dieu ? Pourtant que toute vaine imagination de mérite soit rejettée, veu que le Seigneur nous demonstre tant apertement sa clémence gratuite. Car ce qui est dit au mesme lieu par l'Ange à Cornélius, que ses oraisons et aumosnes estovent venues devant la face de

Dieu : ils le tirent perversement à leur propos, pour prouver que l'homme est préparé par bonnes onivres a recevoir la grâce de Dieu, ('ar il falloit que Cornélius tust desja illuminé de l'Esprit de sagesse, puis qu'il estoit instruit en la vraye sagesse, assavoir la craiiUe de Dieu. Pareillement (lu'il fust sanctilié du mesme Esprit, puis qu'il estoit amateur de justice, L-niuelle est fruict il'iceluy. conuue dit l'Apostre (Cal. o, 3). 11 avoil donc de la grâce de Dieu toutes les choses qui estoyent agréables à iceluy en luy : tant s'en faut qu'il ait esté préparé à la recevoir par son industrie. Certes on ne sauroit produire une seule syllabe de l'Escriture, laquelle ne convienne avec cestc doctrine : c'est que Dieu n'a autre cause de recevoir l'Iiomme en son amour, sinon qu'il le voit du tout i)erdu, s'il est abandonné à soymesme. Pourtant donc qu'il ne le veut laisser en perdition, il exerce sa miséricorde en le délivrant. Xous voyons maintenant que ceste acception ne vient point de la justice de l'homme : mais est un pur tesmoignage de la bonté de Dieu envers les misérables pécheurs, (jui autrement sont trop jjIus qu'indignes d'un tel bénéfice.

o. Or après que Dieu, ayant retiré l'homme d'un tel abysme de perdition, l'a sanctifié par la grâce d'adoption, pource qu'il l'a régénéré et reformé en une nouvelle vie : aussi il le reçoit et embrasse comme nouvelle créature, avec les dons de son Esprit. Et c'est l'acception de laquelle parle Sainct Pierre. Car les fidèles après leur vocation sont agi'eables à Dieu, mesmes au regard de leurs œuvres (1 Pierre 2, o) : pource qu'il ne se peut faire ([ue Dieu n'ayme les biens qu'il leur a conférez par son Esprit. >ieantmoins il nous faut tousjours retenir cela, qu'ils ne soiU pas autrement agréables à Dieu à raison de leurs œmTes, sinon pourtant que Dieu, à cause de l'amour gratuite qu'il leur porte, en augmentant de plus en plus sa libéralité, accepte leurs œuvres, (^ar dont leur viennent les bonnes «euvres, sinon d'autant que le Seigneur, comme il les a esleuz pour instruniens honorables, aussi les veut orner de vraye pureté (Rom. 9, 21)? Et dont est-ce qu'elles sont réputées bonnes, comme s'il n'y avoit rien à redire, sinon pource que ce bon Père pardonne les triches et macules dont elles sont souillées? En somme, sainct Pierre ne signifie autre chose en ce lieu, sinon que Dieu ayme ses enfans, ausquels il voit la similitude de .sa face imprimée, (^ar nous avons enseigné cy dessus, que nostre régénération est comme une réparation de son image en nous. Puis donc qu'ainsi est ([ue le Seigneur à bon droit ayme et a en honneur son image par tout où il la contemple : non sans cause il est dit que la vie des fidèles estant formée et reiglée à saincteté et justice, luy est plaisante. Mais pource que les fidèles, cependant qu'ils sont envi-

Page 1