‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 373 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ronnez de leur chair mortelle, sont encores pécheurs, et leurs bonnes œuvres seulement commencées, tellement qu'il va beaucoup de vices: Dieu ne peut estre propice, ny à ses enfans, ny à leurs œuvres, sinon qu'il les reçoyve en Christ pluslost qu'en eux-mesmes. Il nous faut en ce sens prendre les passages qui tesmoignent que Dieu est propice et bening à ceux qui vivent justement. Moyse disoit aux Israélites, Le Seigneur ton Dieu garde en mille générations son alliance, et sa miséricorde à ceux qui Tayment et gardent ses commandemens (Deut. 7, 9). Laquelle sentence estoit usitée entre le peuple, comme un dicton commun : comme nous voyons en la prière solennelle que fait Salomon, Seigneur Dieu d'Israël, qui gardes l'alliance et miséricorde à tes serviteurs, qui cheminent devant toy de tout leur cœur (1 Rois 8, 23). Autant en est-il dit en l'oraison de rs'ehemiah (Nehem. 1, S). La raison est : comme le Seigneur faisant alliance de sa grâce, requiert mutuellement de ses serviteurs saincteté et intégrité de vie, afm que sa bonté ne soit en moquerie et mespris, et que personne ne s'entle d'une vaine confiance de sa miséricorde, pour estre en seureté cheminant pèrversement (Deut. 29, 18) : ainsi après les avoir receuz en société de son alliance, il les veut retenir par ce moyen à faire leur devoir. Neantmoins l'alliance ne laisse point de se faire gratuite du commencement, et demeurer tousjours telle. Selon ceste raison David, combien qu'il dise qu'il a receu le loyer de la pureté de ses mains (Ps. 18, 20. 21; 2 Sam. 22,20.21), toutesfois n'oublie pas ce principe que j'ay noté : c'est que Dieu l'a tiré du ventre de la mère, pource qu'il l'a aymé. Parlant ainsi, il maintient tellement sa cause estre bonne et juste, qu'il ne derogue en rien à la miséricorde gratuite de Dieu, laquelle prévient tous biens desquels elle est origine.

6. Il sera bon de noter en passant, quelle différence il y a entre telles locutions et les promesses légales. J'appelle Promesses légales, non pas toutes celles qui sont couchées çà et là en la Loy de Moyse, veu qu'on y en trouvera plusieurs Evangeliques : mais j'entend celles qui appartiennent proprement à la doctrine de la Loy. Telles promesses, quelque nom qu'on leur impose, promettent rémunération et loyer, sous condition, si noas faisons ce qui est commandé. Mais quand il est dit (jue le Seigneur garde la promesse de sa miséricorde à ceux qui l'aiment : c'est plustost pour demonstrer quels sont ses serviteurs qui ont receu de cœur son alliance, que pour exprimer la cause pourquoy Dieu leur est propice. La raison pour demonstrer cela est : comme le Seigneur par sa bénignité nous appelle en espérance de vie éternelle, afin d'estre craint, aymé et honnoré de nous : aussi toutes les promesses de sa miséricorde

qu'on lit en l'Escriture, à bon droit, sont appliquées à ceste fin, c'est que nous l'ayons en honneur et révérence. Toutes fois et quantes donc que nous oyons que le Seigneur fait bien a ceux qui observent sa Loy, qu'il nous souvienne qu'en ceste manière l'Escriture demonstre qui sont les enfans de Dieu, par la marque qui leur doit estre perpétuelle. Considérons qu'il nous a adoptez pour ses enfans, afin que nous l'honnorions comme nostre Père. Afin donc de ne renoncer au droit de nostre adoption, il nou.s faut efforcer de tendre où nostre vocation nous meine. D'autre part neantmoins, que nous tenions cela pour asseuré, que l'accomplissement de la miséricorde de Dieu ne dépend point des œuvres des fidèles : mais ce qu'il accomplist la promesse de salut en ceux qui par droiture de vie respondent à leur vocation, que cela est pource qu'il recognoist en eux les vrayes marques et enseignes de ses enfans : assavoir les grâces de son Esprit. Il nous faut à cela rapporter ce qui est dit au quinzième Pseaume, des citoyens de Jérusalem : Seigneur, qui habitera en ton Tabernacle, et fichera son siège en ta montagne saincte? Celui qui est innocent en ses mains, et pur en son cœur (Ps. 13, 1. 2). etc. Item en Isaie, Qui est-ce qui habitera avec le feu qui consume tout? Celuyqui fait justice, parle en vérité (Is. 33, 14. lo), etc., et autres semblables. Car cela n'est point dit pour descrire le fondement: sur lequel doivent consister les fidèles devant Dieu : mais seulement la manière par laquelle il les appelle en sa compagnie, et en icelle les entretient et conserve. Pource qu'il déteste le péché, et aime la justice : ceux qu'il veut conjoindre à soy, il les pm'ifie de son Esprit, afin de les rendre conformes à sa nature. Pourtant si on demande la cause première, par la(iuelle l'entrée nous est ouverte au royaume de Dieu, et avons le moyen d'y persévérer : la response est preste, c'est pource que le Seigneur nous a une fois adoptez par sa miséricorde, et nous conserve tousjours. Si on demande de la manière comment cela se fait : lors il faut venir à nostre régénération et aux fruits d'icelle, dont il est parlé en ce Pseaume et autres passages.

Mais il semble advis qu'il y ait beaucoup plus de difficulté a soudre les tesmoignages qui honnorent les bonnes œuvres du tiltre de justice, et disent que par icelles l'homme est justifié. Quant est du premier genre, nous voyons que çà et là les commandemens de Dieu sont appeliez Justifications et Justices. Du second, nous en avons exemple en Moyse, quand il dit, Ceste sera nostre justice, si nous gardons tous ces commandemens (Deut. 6, 25). Et si on réplique que c'est une promesse légale, à laquelle est adjointe une condition impossible: il y en a d'autres dont on ne sauroit dire le mesme.

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