‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 374 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Comme quand il dit, Cela te sera imputé pour justice, si tu rens au povre le ga^e tiu'il t'aura donné (Deut. i't. l'i). Pareillement le Prophète dit. que le zèle qu'eut Pliinées à venj,'er l'opprobre d'Israël, luy a esté imputé a justice (Ps. lOH. :U). Parquoy les Pharisiens de nostre temps pensent avoir belle matière de crier contre nous en cest endroit. Car quand nous disons que la justice de foy establie. il faut que la justice îles œuvres soit abbatue : aussi ils arguent au contraire (jue si la justice est par les œuvres, qu'il n'est pas ^Tay que nous soyons justifiez par la seule foy. Encores que je leur ottroye que les commandemens de la Loy soyent appeliez Justice, ce n'est point me^^'eille : car de fait ils le sont. Combien que les lecteurs doivent estre advertis que les Crées ont translaté mal proprement le mot Hebrieu, mettant au lieu d'Edits ou statuts, Justifications. Au reste, je ne ilebattray point du mot : comme aussi nous n'ostons point cela à la Loy de Dieu, qu'elle ne contienne parfaite justice. Car combien que, pource que nous sommes detteurs de tout ce qu'elle requiert, quand bien nous y aurions .satisfait, encore sommes nous serviteurs inutiles: toutesfois puis que le Seitmeur a fait cest honneur à l'observation d'icelle, de l'appeler Justice, ce n'est pas à nous iJe lui oster ce qu'il luy a donné. Nous confessons donc volontiers que l'obéissance de la Loy est justice, l'observation d'un chacun commandement est partie de justice : moyennant 'que nulles des autres parties ne deffaillent. Mais nous nions, qu'on puisse monstrer en tout ce monde une telle justice. Et à ceste cause nous abolissons la justice de la Loy: non pas que de soy elle soit insuffisante: mais pource qu'à cause de la débilité de nostre chair, elle n'apparoist nulle part. Mais quelcun pouna dire, que l'Escriture n'appelle pas seulement les préceptes de Dieu, Justice: mais qu'elle attribue ce liltre aussi aux œuvres des fidèles. Comme quand elle recite que Zacharie et sa femme ont gardé les justices du Seigneur (Luc 1, 6). Je respon, qu'en parlant ainsi elle estime plus les œuvres (Je la nature de la Loy, que de leur propre condition. Combien qu'il faille encore icy observer ce que j'ay dit n'agueres, que la translation vitieuse des (irecs ne nous doit point estre pour loy. Mais pource que sainct Luc n'a rien voulu changer en ce qui estoil receu de son temps, je passeray volontiers cela. Rien est ^Tay (jue le Seigneur, par le contenu de sa Loy, a monstre aux hommes quelle est la justice: mais nous ne mettons point icelle justice en exécution, sinon en observant toute la Loy. Car par chacune transgression elle est corrompue. Puis donc que la Loy n'enseigne que justice : si nous regardons à icelle, tous ses commandemens sont justice. Si nous considérons les hommes, pour observer un commandement, ils ne mériteront

point la louange de justice, estans transgresseurs en plusieurs: et veu mesme qu'ils ne font œuM'e pour obéir a Dieu qui ne soit vicieuse aucunement, à cause de son imperfection. Nostre response donc est, que quand les œuvTBs des Saincts sont nommées Justice, cela ne vient point lie leurs mérites : mais entant qu'elles tendent à la justice que Dieu nous a commandée, laquelle est nulle, si elle n'est parfaite. Or elle ne se trouve parfaite en nul homme du monde : pom'tant faut conclurre, qu'une bonne (Puvre de soy ne mérite pas le nom de justice.

8. Je vien maintenant au second genre, ofi gist la principale difficulté. Sainct Paul n'a nul argument plus ferme pour prouver la justice de la foy, que (piand il allègue ce qui est escrit de Moyse, la foy avoir esté imputée a Abraham pom* justice (Gai. '.i, 6). Puis donc que le zèle de Phinées, selon le Prophète, lui a esté imputé à justice (Ps. 106, ;{1): ce que sainct Paul argue de la foy, on le pourra aussi conclurre des œu- \Tes. Pourtant noz adversaires, comme ayans la victoire en main, déterminent que ja soit que nous ne soyons point justifiez sans foy, neantmoins nous ne sommes pas justifiez par icelle seule, mais qu'il faut conjoimlre les œuvres avec, pour parfaire la justice. J'adjure icy tous ceux qui craignent Dieu, que comme ils savent qu'il faut prendre la reigle de justice de la seule Escriture : aussi ils vueillent diligemment, et en humilité de cœur, considérer avec moy comme l'Escriture se peut accorder à elle-mesme, sans aucune cavillation. Sainct Paul sachant que la jusfice de foy est un refuge à ceux qui sont desnuez de leur propre justice, infère hardiment, que quiconque est justifié par la foy, est exclus lie la justice des œuvres. Sachant d'autrepart <iue la justice de foy est commune à tous serviteurs de Dieu, il infère derechef d'une mesme confiance, que nul n'est justifié par les œuvres: mais plustost aucontraire. que nous sommes justifiez sans aucune aide de noz œuvres. Mais c'est autre chose de disputer de quelle valeur sont les œuvres en elles-mesmes, et en (luelle estime elles sont devant Dieu, après la justice de la foy establie. S'il est quesfion de priser les œuvres selon leur diû^nité, nous disons qu'elles sont indignes d'estre présentées devant la face de Dieu: ainsi, qu'il n'y a homme du monde qui ait rien en ses œuvres, dont il se puisse glorifier devant Dieu. Ainsi il reste, que tous estans desnuez de toute aide de leurs œu- \Tes, soyent justifiez par la seule foy. Or nous exposons ceste justice estre telle : c'est que le pécheur estant receu en la communion de Christ, est par sa grâce reconcilié à Dieu : d'autant qu'estant purifié par son sang, il obtient remission de ses péchez: et estant vestu de la justice d'iceluy, comme de la sienne propre, il peut consister devant leThrone judicial de Dieu.

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