‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 375 sur 703 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Apres que la remission des péchez est mise : les œuvres qui s'ensuivent sont estimées d'ailleurs (jue de leur mérite. Car tout ce (jui y est imparfait, est couvert par la perfection de Christ: tout ce qui y est d'ordures et de taclies, est nettoyé par sa pureté, pour ne venir point en conte. Apres que la coulpc des transgressions est ainsi effacée, laquelle empeschoit les hommes de produire chose qui fust agréable à Dieu : après aussi que les vices d'imperfections sont enseveliz dont toutes bonnes œuvres sont entachées et maculées, lors les bonnes anivres (pie font les fidèles, sont estimées Justes: ou bien, qui vaut autant à dire, sont imputées à justice.

9. Si maintenant quelcun m'objecte cela, pour m'impugner la justice de la foy : premièrement je l'interrogueray, si un homme doit estre réputé juste pour deux ou trois bonnes œuvres, estant transgresseur de la Loy en toutes les autres. Cela seroit trop desraisonnable. Puis après je luy demanderay, si mesme pour plusieurs bonnes œuvres il est juste, quand on le pourra trouver cou'pable en aucune chose. Encore n'osera pas mon adversaire affermer cela, veu que la sentence de Dieu y contredit, la(|uelle prononce tous ceux qui n'auront accomply tous les préceptes, estre maudits (Deut. 27, 26). Je passeray encore outre, demandant s'il y a une seule bonne œuvre, en laquelle on ne puisse noter aucune impureté ou imperfection. Or comment cela se pourroit-il faire devant les yeux de Dieu, ausquels les estoilles ne sont point pures ne claires, ne les Anges justes (Job 4, 18)? Pourtant il sera contraint de confesser qu'on ne trouvera nulle bonne œuvre, laquelle ne soit pollue et corrompue, tant par les transgressions qu'aura commises l'homme en autre endroit, que par sa propre imperfection : tellement qu'elle ne sera pas digne d'avoir le nom de Justice. Or si c'est chose notoire que cela procède de la justification de la foy, que les œuvres qm autrement estoyent impures, corrompues, indignes de comparoistre devant Dieu (tant s'en faut qu'elles luy fussent plaisantes) soyent imputées à justice: pourquoy alleguerons-nous la justice des œuvres, pour destruire la justice de la foy, de laquelle icelle est produite, et en laquelle elle consiste ? Voudrions-nous faire une lignée serpentine, (jue les enfans meurtrissent leur mère? Or le dire de noz adversaires tend là. Ils ne peuvent nier que la justification de la foy ne soit commencement, fondement, cause, matière, substance de la justice des œuvres. Neantmoins ils concluent que l'homme n'est pas justifié de foy : pource que les bonnes œuvres sont imputées à justice. Laissons donc ces fatras : et confessons à la vérité ce qui en est: c'est que si toute la justice qui peut estre en noz œuvres procède et dépend de la justification de foy, non seulement cestecy n'est en rien diminuée par celle-là, mais plus-

tost confermée: d'autant que sa vertu apparoist plus ample. Davantage, ne pensons pas les œuvres estre tellement prisées après la justification gratuite, qu'elles succèdent au lieu de justifier l'homme, ou bien le justifient à demy avec la foy. Car si la justice de foy ne demeure tousjours en son entier, l'immondicité des œuvres sera descouverte, tellement qu'elles ne mériteront que condemnation. Or il n'y a nulle absurdité en cela, que l'homme soit tellement justifié par foy, que non seulement il soit juste en sa personne, mais aussi que ses œuvres soyent réputées justes, sans ce qu'elles l'ayent mérité.

10. Par ce moyen nous concéderons non seulement qu'il y a portion de justice aux œuvres, (ce ([ue noz adversaires prétendent) mais qu'elles sont approuvées de Dieu, comme si elles estoyent parfaites : moyennant qu'il nous souvienne sur quoy la justice d'icelles est fondée : qui est pour soudre toute difficulté. Car l'œuvre commence d 'estre agréable à Dieu, quand il la reçoit avec pardon. Or dont est-ce que vient ce pardon, sinon que Dieu regarde et nos personnes, et tout ce qui procède de nous en Jésus Christ ? Tout ainsi donc que nous apparoissons justes devant Dieu après que nous sommes faits membres de Christ, entant que par son innocence noz fautes sont cachées : ainsi noz œuvres sont tenues pour justes, entant que ce (pi'il y a de vice en ieelles estant couvert par la jiureté de Christ, ne nous est point imputé. Parquoy nous pouvons dire à bon droit, que par la seule foy non seulement l'homme, mais aussi ses œuvres sont justifiées. Or si ceste justice des œuvres telle quelle procède de la foy et de la justification gratuite, il ne faut pas qu'on la prenne pour destruire ou obscurcir la grâce dont elle dépend : mais plustost doit estre enclose en icelle, et se rapporter à icelle, comme le fruit à l'arbre. En ceste manière sainct Paul voulant prouver que nostre béatitude consiste en la miséricorde de Dieu, et non pas en noz œuvres, presse fort ce que dit David : Bienheureux sont ceux ausquels les iniquitez sont remises, desquels les péchez sont cachez. Bienheureux est l'homme auquel le Seigneur n'a point imputé ses fautes (Rom. 4, 7; Ps. 32, 1. 2). Si quelcun vouloit alléguer au contraire infiniz tesmoignages, lesquels semblent advis constituer la béatitude en noz œuvres : comme quand il est dit. Bien-heureux est l'homme qui craind Dieu (Ps. 112, 1), qui a pitié du povre affligé (Prov. 14, 21), qui n'a point cheminé au conseil des meschans (Ps. 1, 1), ([ui porte tentation (Jaq. 1, 12), qui garde justice et jugement (Ps. 100, 3; 119, 1); Bien-heureux sont les povres d'esprit, etc., tout cela ne fera pas que ce que dit sainct Paul ne demeure vray. Car veu que ces vertuz qui sont là recitées ne sont jamais tellement toutes en l'homme, qu'elles puissent estre

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