‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 376 sur 703 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

acceptées de Dieu d'elles-mcsmc : il s'ensuit que l'homme est tousjours misérable, jus(|ues à ce ([u'il est «lelivié (le misère i)ar la remission de ses péchez. Puis donc (pi'ainsi est, cpie toutes les espèces de béatitude que recite l'Escriture sont anéanties et perles, tellement (|ue le fruit d'une seule n'en revient i)oint ;i l'homme, sinon (pie premièrement il obtienne béatitude en la remission de ses pochez, laquelle donne lieu à toutes les autres iienedictions de Dieu: il s'ensuit (jue cesle béatitude gratuite non seulement est principale et souveraine, mais uni- <iue : sinon (|ue nous vueillions qu'elle soit destruite et abolie par les bénédictions (|ui consistent en icelle seule. Il n'y a pas maintenant grand propos, que cela nous (ioive troubler, ou engendrer (piebiue scrupule, que les fiileles sont souvent nouuuez Justes, en l'Escriture. Je confesse qu'ils ont ce tiltre pour leur saincte vie. Mais connue ainsi soit qu'ils aiipli(iuent plus leur estude à suyvre justice, (]a'ils ne l'accomijlissent: c'est bien raison (|ue ceste justice des œuvres, telle quelle, soit submise a la justice de la foy, en la(pielle elle est fondée, et de buiuclle elle tient t(tut ce qu'elle est.

11. Mais nez adversaires poursuyvent outre, et disent (pie sainct .laipies nous contrarie si évidemment, (lu'il nous est impossible de nous en despescher. Car il enseigne qu'Abraliam a esté justifié par les œuvres : et que nous tous aussi sommes justifiez par les (puvrcs. et non point de la seule loy (Jacj. 2, i'i ss.). Mais je demande s'ils veulent tirer en combat sainct Ja- (jues avec sainct Paul. S'ils tiennent saiuct Ja- ([ues pour ministre de Christ, il faut tellement prendre sa sentence, qu'elle ne desaccorde point d'avec Christ, letiuel a parlé par la bouclie de sainct Paul. Le sainct Esprit atlerme par la bouche de sainct Paul, (lu'Abraliaui a obtenu justice par toy, et non point par ses œuvres, et qu'il faut aussi (pie nous soyons tous justifiez sans les (jcuvres de la Loy. Le mesine Esiirit denonce par sainct Jaques, que nostre justice consiste en œu\Tes, et non seulement en foy. Il est certain que l'Es[)rit n'est point reinignant a soy : ([uelle donc sera la concorde ? Il suffist à noz adversaires, s'ils peuvent desraciner la justice de foy, L'Kiuelle nous voulons estre plantée au profond du cœur. De donner repos aux consciences, ils ne s'en soucient point beaucoup. Et pourtant on voit comment ils s'etforcent d'esbranler la justice de foy : mais cependant ils ne monstrent nulle certaine reigle de justice, à laquelle les consciences se puissent renger. Qu'ils triomphent donc tant qu'ils voudront, moyennant (}u"ils ne se puissent vanter d'autre victoire, que d'avoir osté toute certitude de justice. Or ils obtiendront ceste maudite victoire, aux lieux où ayans esteinct toute lumière de vérité, ils auront aveuglé le monde de leurs

ténèbres. Mais pur tout où la vérité de Dieu demeurera ferme, ils ne profiteront rien. Je nie donc que la sentence de sainct Ja(pies (laquelle ils ont tousjours en la bouche, et de hKiuolle ils font leur grand bouclier) leur favorise aucunement. Pour li(iuider cela, il nous faut premièrement regarder le but où il tend, puis après observer en cpioy c'est (qu'ils s'abusent. Pource (pi'il y en avoit lors plusieurs (comme ce mal est coustumierement en fEglise) lesquels demonstroyenl leur inlidelité en mesprisant tout ce qui est propre aux fidèles : et neantmoins ne cessoyent de se glorifier faussement du tiltre de foy, sainct Jaques se moque de ceste folle outrecuidance. Ce n'est pas donc son intention de detracter en rien (lui soit de la vraye foy, mais declairer combien estoyent ineptes tels baveurs, de t^uit attrilnier a une vaine ai)parence de foy, que se contentans d'icelle,^ ils menoyent cependant une vie dissolue. Cela considéré, il est maintenant facile de juger en quov se trompent noz adversaires. Car ils faillent doublement : c'est (ju'ils prennent mal le mol de Foy, puis aussi de Justifier. Sainct Ja- (pies en nommant la foy, n'entend autre chose qu'une opinion frivole, qui est bien diiïerente de la vérité de la foy. Ce ([u'il fait par une manière d'ottroy : comme il monstre dés le commencement par ces paroUes, Que profite cela, mes frères, si quelcun dit ([u'il a la foy, et qu'il n'ait pas les (puvres (Jaq. 2, 14)? Il ne dit pas, Si quelcun a la foy sans onivres : mais. S'il se vante de l'avoir. Puis après encores plus clairement, en faisant par mocquerie ceste foy pire que la cognoissance des diables : finalement en l'appelant Morte. Mais on pourra suffisamment entendre ce (ju'il veut dire par la définition qu'il en met : Tu crois, dit-il, qu'il y a un Dieu. Certes si tout le contenu de ceste foy est de simplement croire qu'il y a un Dieu, ce n'est pas de merveille si elle ne peut justifier. Et ne faut pas que nous pensions que cela derogue rien à la foy Chrestienne, de laquelle la nature est bien autre. Car comment est-ce que la vraye foy justifie, sinon en nous adjoignant à Jésus Christ, afin qu'estans faits un avec luy, nous jouissions de la participation de sa justice? Elle ne justifie pas donc pour avoir conceu quelque intelligence de divinité : mais par ce qu'elle fait reposer fliomme en la certitude de la miséricorde de Dieu.

12. Nous n'avons point encores touché le but, jusques à ce que nous aurons descouvert l'autre erreur. Car il semble advis que sainct .laques mette une partie de nostre jusUce aux (CuvTes. Mais si nous le voulons faire accorder et à toute l'Escriiure et à soy-mesme, il est nécessaire de prendre autrement en ce lieu le vocable de Justifier, (ju'il ne se prend en sainct Paul. Car sainct Paul appelle Justifier, quand la

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