‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 38 sur 703 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Comment l'Escriture, pour corriger toute superstition oppose exclusivement le vray Dieu à toutes les idoles des Payens.

1. Mais puis que nous avons enseigné que la cognoissance de Dieu, laquelle autrement est demonstrée au bastimentdu monde et en toutes créatures assez amplement, neantmoins est plus

familièrement déclarée par sa parolle, nous avons maintenant à considérer si Dieu se représente tel en son Escriture, comme nous l'avons par cy devant veu estre figuré en ses œuvres :

qui sornit certes uno lon?iio niaticro. si qiiolrun se vouloit arrester a la traiter diligemment. Mais moy, je seray content d'en avoir proposé seulement (piel([ue siimmaire. pai" le(iiiel les consci<'uces lideles soyent admonnesteesde ce(iu."il faut principalement chercher de Dieu aux Kserilures, et soyent dressées à un certain i>ut, pour y parvenir.

i. Je ne touche point encores à ceste alliance spéciale, par lacjuelle Dieu en adoptant la race d'Aliraliam. l'a distini:uée d'avec toutes autres nations. Car en élisant pour doniesti(iues. et retirant à soy comme ses propres enfans ceux qui lui avoyent esté eimemis, il s'est desja en cela declairé leur reilempteur. Or nous sonunes encore après à déduire la cognoissance simple qui respond à la création du monde, sans eslever les hommes jusques à Jésus Christ, pour le faire cognoistre médiateur. Or combien ([u'il sera tantost besoin d'alléguer (juclques passages du nouveau Testament, comme de fait la vertu de Dieu, entant qu'il est cieateur nous est là inonsirée, et aussi sa providence ta conserver l'ordre qu'il a cslabli: toutesfois j'advertiray les lecteurs de mon intention, afin ipi'ils ne s'esgarent point outre leurs limites. Qu'il suffise donc pour le présent de savoir comment Dieu estant créateur du ciel et de la terre, gouverne ce chef d'œuvre (juil a fait. Or on trouvera par toute l'Escriture que sa bonté paternelle nous est prescliée. combien il est enclin et facile à nous bien faire. Il y a aussi de l'autre costé les exemples de sa rigueur, pour monstrer qu'il est juste juge pour punir tous maléfices, principalement quand sa patience ne profite de rien envers les obstinez.

3. Vray est qu'en certains lieux ce qui luy est propre est exprimé, et par ce moyen sa face nous est représentée au vif pour la contempler évidemment. Car en la description que fait Moyse, il semble advis qu'il ail voulu brevement comprendre tout ce qui est loisible aux hommes de cognoistre de luy. Il dit en ceste manière: Seigneur, Seigneur Dieu miséricordieux et clément, patient et de grande bonté, et véritable, qui gardes miséricorde en mille générations, qui oste l'iniquité et les péchez : envers lequel l'innocent ne sera point innocent: qui punis l'iniquité des pères sur les enfans et nepveux (Ex. 34, 6). En quoy nous avons à considérer que son éternité et son essence résidente en luy-mesme, est annoncée par ce nom qui luy est attribué en premier lieu : lequel est deux fois répété en Hebrieu: qui vaut autant à dire comme celuy qui est seul. En après que ses vertus nous .sont racontées, par lesquelles il nous est demonsiré non pas quel il est en soymesme, mais tel qu'il est envers nous: tellement que ceste cognois.sance consiste plus en vive expérience, qu'en vaine spéculation. Da-

vantage nous voyons que les vertus nous sont icy mises en avant comme par dénombrement, telles que nous les avons notées reluire au ciel et en la tr-rre : assavoir clémence, bonté, miséricorde, justice, jugement et vérité. Car sa [tuissanee est comprinse sous le mot Hébraïque qui luy est <lonné pdur son trttisieme liltie. (pii vaut autant à dire connue contenant les vertus en soy. Les Prophètes aussi luy baillent mesmes tiltres, quand ils veulent illustrer à plain son sainct Nom. Ai'ui que nous ne soyons jioint contraints d'accunuilcr beaucoup de |)assages, pour le présent un Pseaume ikhis suffira (Ps. lio), auipiel toute la somme de ses proprietez est si diligemment recitée, qu'il n'y a rien laissé derrière. Et neantmoins il n'y a rien de nommé que l'on ne puisse conteiiq)ler aux créatures: tellement se donne Dieu à sentir tel par expérience ([u'il se declairé par sa parolle. En Jeremie où il est dénoncé qu'il veut cstre cogneu de nous, il ne met pas une description si pleine, neanlmoins elle re\ient loul a un. Quiconque se glorifie, dit-il, qu'il se glorifie en cela: c'est de me cognoistre le Dieu qui fay miséricorde, justice et jugement en la terre (Jer.9,:2i). Certes ces trois choses nous sont principalement nécessaire à cognoisti e : sa miséricorde, en la- (|uelle consiste le salut de nous tous: son jugement, lequel journellement il exerce sur les iniques, et lequel il leur reserve plus rigoureux à confusion éternelle : sa justice, par laquelle ses fidèles sont beuignement entretenus. Ces choses comprinses, le Prophète tesmoigne que nous avons abondamment de (}uoy nous glorifier en Dieu. Neantmoins en ce faisant n'est pas omise ne sa puissance, ne sa vérité, ne sa saincteté, ne sa bonté. Car comment consisteroit l'intelligence de sa justice, miséricorde et jugement (comme elle estlà requise) sinon qu'elle fustappuyée sur sa vérité imnmable? Et comment pourroit-on croire qu'il gouverne la terre en justice et jugement, sans avoir entendu .sa vertu ? Dont est-ce que procède sa miséricorde, sinon de sa bonté? Finalement si toutes ses voyes sont miséricorde, jugement et justice, en icelles pareillement reluit sa saincteté. Or la cognoissance de Dieu, laquelle nous est présentée en l'Escriture, ne tend à autre fin que celle qui nous est donnée par les créatures: assavoir pour nous inciter premièrement à la crainte de Dieu: en après que nous ayons fiance en luy: à fin que nous apprenions de le servir et honorer par imiocence de vie, et obéissance non feinte, et du tout nous reposer en sa bonté.

4. Mais ici il est (pieslion que mon intention est de recueillir un sommaire de la doctrine generalle, que premièrement les lecteurs ont à noter que l'Escriture pour nous adresser à un seul ATay Dieu, expressément rejette et exclud tous les dieux des payens, d'autant que la re-

ligion a esté quasi abastanlie en tout et par tout. Vray est qu'on renomnioit assez un Dieu souverain : inesme ceux (jui adoroyent une formilierc de dieux, (juand c'est venu à parler d'un droit sens naturel, ont simplement usé de ce mot de Dieu en singulier, comme s'ils se fussent tenus à un seul. Ce que Justin Martyr a prudemment observé : et a comfiosé un livre exprès de la monarchie de Dieu, où il est monstre par plusieurs tesmoignages que les hommes ont eu l'unité de Dieu engravée en leurs cœurs. Tertulien aussi prouve cela par le langage comuum : mais pource que les Payens en nommant un Dieu, ont esté tous transportez par leur vanité, ou sont trébuchez en des fausses resveries, et ainsi se sont esvanouis en leurs sens : tout ce qu'ils ont naturellement cogneu d'un seul Dieu n'a point servi i)lus outre que de les rendre inexcusables. Car les plus sages

et les plus habilles descouvrent en leurs livres comment ils out vagué à travers champs, quand en leur perplexité ils disent : 0 si quelque Dieu me vouloit aider ! ne sachant où ils se doivent adresser. Davantage, en imaginant plusieurs natures en Dieu, combien qu'ils ne fussent point du tout si lourds (jue le commun populaire, en se forgeant quelque Jupiter, ou Mercure, Mars, ou Minerve : si est-ce (ju'ils ont esté enveloppez de beaucoup d'illusions de Satan; et desja nous avons dit, quelques subterfuges que les Philosophes se soyent subtillement forgez, que cela n'est point pour les absoudre de crime, qu'ils n'ayent esté apostats en corrompant tous la vérité de Dieu. Pour ceste raison Abacuc après avoir condanuié toutes les idoles du monde, commande de cercher Dieu en son temple, afin que les fidèles ne s'adonnassent sinon à celuy qui s'estoit déclaré par sa paroUe (Hab. 2, 20).

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