‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 39 sur 703 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Qu'il n'est licite d'attribuer à Dieu aucune figure visible : et que tous ceux qui se dressent des images, se révoltent du vray Dieu.

1. Or selon que l'Escriture se conformant à la rudesse et infirmité des hommes parle grossièrement, quand elle veut discerner le vray Dieu d'avec ceux qui ont esté faussement controuvez : elle l'oppose spécialement aux idoles. Non pas qu'elle approuve ce que les Philosophes ont inventé avec belle couleur, mais pour mieux descouvrir la sottise du monde, mesmes pour monstrer que tous, pendant qu'ils s'arrestent à leurs spéculations sont hors du sens. Parquoy en oyant que Dieu est mis à part en ce que toute divinité forgée au inonde est exclue, apprenons de cela ([ue tout ce que les honmies controuvent de leur cerveau est abatu et mis k néant: pource qu'il n'y a que Dieu seul tesmoin suffisant de soy. Cependant pource que ceste sottise brutalle a eu la vogue par tout le monde, d'appeler des images visibles pour figurer Dieu : et de fait ils s'en sont bastis de bois, de pierre, or, argent et toute matière corruptible: il nous faut tenir ceste maxime, toutes fois et (juantes qu'on représente Dieu en image, que sa gloire est faussement et meschamment corrompue.

Parquoy Dieu en sa Loy, après avoir déclaré que c'est à luy seul que toute majesté appartient, voulant enseigner quel service il approuve ou rejecte, adjouste tantost après, Tu ne te feras image, ou statue, ou rcmembrance aucune (Ex. 20, 4): qui est pour tenir en bride toute audace, afin que nous n'attentions point de le représenter par nulle figure visible. Mesme il recite

brefvement les espèces dont la superstifion des hommes avoit commencé desja de long temps de falsifier sa vérité. Car nous savons que le Soleil a esté adoré des Perses : et d'autant d'estoilles que les povres aveugles ont veu au ciel, ils s'en sont fait des Dieux: autant de bestes qu'il y en a en terre, ont esté figures de Dieu en Eg\T)te, voire jusques aux oignons et pourreaux. Les Grecs ont bien pensé estre plus sages et discrets en adorant Dieu sous figures humaines. Or est-il ainsi, que Dieu en condamnant les images, ne fait pas comparaison de l'une à l'autre, pour savoir laquelle convient bien ou mal : mais sans exception reprouve toutes statues, peintures, et autres figures par lesquelles les idolâtres ont cuidé qu'il leur soit prochain.

2. Cecy est aisé à cognoistre par les raisons qui sont adjoustées à la défense. Il est dit en Moyse, Souvienne-toy que l'Eternel a parlé à toy en la vallée d'Oreb. Tu as ouy sa voix: tu n'as point veu de corps. Garde toy donques d'estre deceu, en te faisant nulle remembrance que ce soit (Deut. 4, 15). Nous voyons que notamment Dieu oppose sa voix à toutes figures, pour monstrer que tous ceux qui luy font des formes visibles, se destoument de luy. Quant aux Prophètes, un seul Isaye suffira , comme il insiste par dessus tous les autres en ceste remonstrance, que la majesté de Dieu est vilainement et sans aucune couleur deffigurée, quand

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