‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 382 sur 703 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

péchez sont pardonnez. Car comme tlit le Prophète, Le juste vit de foy (Hali. 2. V): et sans icelle mesme les œuvres qui semblent bonnes, sont converties en péchez. Certes il confesse clairement en ce passa^'e, ce que nous débattons et maintenons sur tout : c'est assavoir, que la justice des (vuvres dépend et procède de ce qu'elles sont receues de Dieu avec pardon : c'est à «lire, en niisericnnlo. et non i>as en jnj^ement.

(i. 11 y a d'autres passages qui ont quasi semblable sens à ceux que nous venons d'expliquer. Comme quand il est dit. Faites-vous des amis des richesses d'iniquité, atin que (|uand vous defaudrez. ils vous reçoyvent au royaume de Dieu (Luc 16, 9). Item, Enseigne les riches de ce monde de ne s'enorgueillir, et n'espérer point en l'incertitude de leurs richesses, mais en Dieu vivant. Exhorte-les de bien faire. d'estre riches en bonnes anivres, et de se faire un bon thresor pour l'advenir, afin d'appréhender la vie éternelle (1 Tim. 6, 17— 19). Nous voyons que les bonnes œuvres sont acconi parées à richesses, desquelles il est dit ([ue nous jouyrons en la béatitude future. Je respon que jamais nous n'aurons la vraye intelligence de tout ce (pii est là dit, si nous ne convertissons nos yeux au but auquel le sainct Esprit dresse ses parolles. Si ce que dit Christ est vray, que nostre cœur s'arreste là où est nostre thresor (Matth. 6, 21) : comme les enfans de ce siècle s'erapeschent et s'appliquent du tout à amasser les choses qui appartiennent à la félicité de la vie présente: ainsi faut-il que les fidèles, voyans que ceste vie s'esvanouyra comme un songe, envoyent les choses dont ils veulent droitement jouyr à tousjours, au lieu là où ils ont a vivre éternellement. Pourtant i' nous f;mt ensuyvre l'exemple de ceux qui se départent d'un lieu à l'autre, pour y habiter à perpétuité. Ils envoyent devant tout leur bien: et ue leur fait point mal de s'en passer pour un petit de temps: mais plustost s'e.stiment d'autant plus heureux, qu'ils ont plus de bien au lieu où ils doy vent finir leur vie. Si nous croyons que le ciel est nostre pays et nostre propre habitation, il con\ient plustost d'y transmettre noz richesses, que de les retenir icy, pour les abandonner (juand il nous en faudra partir subitement. Or la manière de les transmettre, (luelle est-elle? C'est de comiMuni(iuer aux nécessitez des povres, ausquels tout ce qu'on eslargist, le Seigneur se l'avoue estre donné (Matth. 25, 40): dont vient ceste belle promesse, que quiconcpie donne aux povres, preste à Dieu à usure (Prov. 19, 17). Ilem,Celuy qui sèmera largement, aura large moisson (2 Cor. 9, 6). Car toute la charité que nous faisons à noz frères, est comme mise en garde entre les mains de Dieu. Luy donc, comme il e.st fidèle gardien, nous rendra une fois le tout avec

tresample usure. Quoy donc, dira quelcun, les œuvres de charité sont-elles de telle estime envers Dieu, ([ue ce soyent comme richesses à luy commises ? Et qui auroit horreur d'ainsi parler, puis que l'Escriture le tesmoigne tant apertement ? Mais si quelcun pour obscurcir la bénignité de Dieu veut establir la dignité des œuvres, ces tesmoignages ne luy aideront de rien pour confernuM' son erreur. Car nous n'en sauiidus autie cIkisc infoi'cr, sin^n t\iit' la bonté et l'indulgence de Dieu est merveilleuse envers nous: veu (pte pour nous inciter à bien-faire, il nous promet que nulle bonne œuvre (|ue nous ferons ne sera perdue, combien (pi'elles soyent toutes indignes, non seulement d'e.stre recompensées, mais aussi acceptées de luy.

7. Mais ils pressent {ilus fort les parolles de l'Apostre : lequel consolant les Thessaloniciens en leurs tribulations, dit (pi'elles leur sont envoyées, afin (juils soyent trouvez dignes du royaume de Dieu, pour lequel ils soutfrenl (2 Thess. 1, o). Car c'est, dit-il, une chose équitable envers Dieu, de rendre affliction à ceux qui vous affligent : et a vous repos, quand le Seigneur Jésus sera révélé du ciel. Item, l'autheur de l'Epistre aux Hebrieux, Dieu n'est pas tant injuste, qu'il oublie la peine que vous avez priuse, et la dilection que vous avez monstrée en son Nom, en eslargissant de vos biens à ses fidèles (Hebr. 6, 10). Je respon au premier lieu, que sainct Paul ne signifie là aucune dignité de mérite, mais veut seulement dire, que comme le Père céleste nous a eslous pour ses enfans i aussi il veut que nous soyons faits conformes a son Fils premier nay (Rom. 8, 29), Comme donc Christ a premier souffert que d'entrer en la gloire qui luy estoit destinée : ainsi faut-il que par plusieurs tribulations nous entrions au royaume des cieux (Luc 24, 26 : Act. 14, 22). Pourtant, quand nous endurons afflictions pour le nom de Christ, les marques desquelles nostre Seigneur a accoustumé de signer les brebis de son troupeau, sont imprimées en nous. Selon ceste raison donc, nous sommes estimez dignes du royaume de Dieu : pource que nous portons en nostre corps les marques de Jésus Christ, qui sont enseignes des enfans de Dieu. A quoi aussi se réfèrent ces sentences : (pie nous portons en nostre corps la mortification de Christ, afin que sa vie soit manifestée en nous : (pie nous sommes conligurez a ses passions, poui- parvenir à la similitude de .sa résurrection (Gai. 6, 17: 2 Cor. 4, 10: Phil. 3. 10). La raison qui est adjoustée de sainct Paul, assavoir (jue c'est chose juste envers Dieu de donner repos à ceux qui auront travaillé, n'est pas pour prouver aucune dignité des œuvres : mais seulement pour confermer l'espérance de salut. Comme s'il disoit, Amsi qu'il convient au juste jugement de Dieu, de faire vengeance sur vos ennemis des outrages

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