‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 383 sur 703 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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et molestes qu'ils vous auront faits : pareillement il convient qu'il vous donne relasche et repos de vos misères. L'autre passage, qui dit tellement les bonnes œuvres ne devoir estre mises en oubly de Dieu, (|u'il signifie ([uasi que Dieu seroit injuste s'il les oublioit, se doit prendre en ce sens : c'est que le Seigneur pour resveiller nostre paresse, nous a donné espérance (pie tout ce que nous ferions pour son nom ne seroit point perdu. Qu'il nous souvienne que ceste promesse, comme toutes les autres, ne nous profiteroit de rien, sinon que l'alliance gratuite de sa miséricorde precedast, sur laquelle reposas! toute la certitude de nostre salut. Ayans cela, nous devons avoir certaine confiance que la rétribution ne sera point déniée de la libéralité de Dieu à noz œuvres, combien qu'elles en soycnt plus qu'indignes. L'Apostre donc pour nous confermer en ceste attente, dit que Dieu n'est pas injuste, qu'il ne nous tienne promesse. Pourtant ceste justice de Dieu se réfère plus à la vérité de sa promesse, qu'à l'équité de nous rendre ce qui nous est deu. Auquel sens il y a un dire notable de sainct Augustin : lequel comme ce sainct personnage n'a pas douté de repeter souventesfois, aussi il doit bien estre imprimé en nostre mémoire. Le Seigneur, dit-il, est fidèle, lequel s'est fait detteur à nous, non pas en prenant de nous ({uelque chose, mais en nous promettant tout libéralement. ^*

8. Nos Pharisiens aussi allèguent ces sentences de sainct Paul : Si j'avoye toute la foy du monde, jusques h transférer les montagnes, et ciueje n'aye point de charité, je ne suis rien. Item, Maintenant ces trois demeurent, Foy, Espérance, Charité : mais charité est la plus grande (1 Cor. 13, 1 13). Item, Sur tout ayez charité en vous : laquelle est le lien de perfection (Col. 3, 14). Des deux premières ils s'etVorcent de prouver que nous sommes justifiez par charité plustost que par foy : puis que c'est une vertu plus excel • lente. Mais ceste subtilité est aisée à réfuter. Car nous avons desja exposé autrepart, que ce qui est dit au premier lieu n'appartient de rien à la vraye foy : nous confessons que le second se doit entendre de la vraye foi, à laqueUe il préfère charité comme plus grande : non pas comme si elle estoit plus méritoire, mais d'autant qu'elle est plus fructueuse, qu'elle s'estend plus loing, qu'elle sert a plusieurs, qu'elle a tousjours sa vigueur, comme ainsi soit que l'usage de la foy soit ])our un temps. Si nous regardons l'excellence, à bon droit la dilection de Dieu auroit le premier degré, de laquelle sainct Paul ne touche point icy. Car il ne tend à autre fin. sinon qu'on s'édifie en Dieu mutuellement les uns les autres par charité. Alais posons le cas que charité soit plus excellente que foy en toutes manières : qui sera l'homme de sain jugement, et mesme de cerveau rassis, qui infère de cela

qu'elle justifie plus? La force de justifier qu'a la foy ne gist point en quelque dignité de l'œuvre: car nostre justification consiste en la seule miséricorde de Dieu et au mérite de Christ. Ce que la foy est dite justifier, ce n'est sinon ponrce qu'elle appréhende la justice qui luy est olferte en Christ. Maintenant si on interrogue nos adversaires, en quel sens ils assignent à charité la force de justifier : ils respondront (pie pource (jue c'est une vertu plaisante à Dieu, par le mérite d'icelle, entant qu'elle est acceptée par la bonté divine, justice nous est imputée. De là nous voyons comment leur argument procède l)ien. Nous disons que la foy justifie : non point (pi'elle nous mérite justice par sa dignité, mais pource que c'est un instrument par lequel nous obtenons gratuitement la justice de Christ. Eux laissans derrière la miséricorde de Dieu et ne faisans nulle mention de Christ, où gist toute la somme de justice, maintiennent que nous sommes justifiez par le moyen de charité, pource qu'elle est plus excellente. Comme si quelcun disputoit (ju'un Roy est plus propre à faire un soulier qu'un cordoannier, pource qu'il est beaucoup plus digne et plus noble. Ce seul argument est suffisant pour nous donner à cognoistre que toutes les escoles Sorboniques n'ont jamais gousté que c'e.st Justification de foy. Or si quel- (|ue rioteur réplique contre ce que j'ay dit, que je pren le nom de Foy en diverse signification en sainct Paul, prétendant qu'il n'y a nul propos de l'exposer ainsi diversement en un mesme lieu : j'ay tresbonne raison de ce faire. Car comme ainsi soit que tous les dons qu'il avoit recitez se réduisent aucunement à foy et espérance, pource qu'ils appartiennent à la cognoissance de Dieu : en faisant un sommaire en la fin du chapitre, il les comprend tous sous ces deux mots, (^omme s'il disoit, Et la Prophétie, et les langues, et le don d'interpréter, et la science tendent à ce but, de nous mener à la cognoissance de Dieu. Or nous ne cognoissons Dieu en ceste vie mortelle que par foy et espérance. Pourtant quand je nomme foy et espérance, je compren tous ces dons ensemble. Ces trois donc demeurent, foy, espérance, et charité : c'est à dire, quelque variété de dons qu'il y ait, ils se rapportent tous à ces trois : entre lesquels charité est la principale. Du troisième passage ils infèrent que si charité est le lien de perfection, aussi est-elle de justice, laquelle n'est autre chose que perfection. Premièrement, encore que nous laissions à dire que sainct Paul appelle là Perfection, quand les membres d'une EgUse bien ordonnée sont conjoints ensemble, et aussi que nous confessions l'homme estre parfait devant Dieu par charité : que conclurront-ils neantmoins de nouveau par cela? Car je repliqueray tousjours au contraire, que nous ne parvenons jamais à ceste perfection, que nous n'accomplissions charité

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