CHAPITRE XVIIl
Et lie cela pourny inférer, puis que tous liomnies du monde sont bien loin de i'aeconiplissementde charité, (jue toute espérance de perfection leur est ostée.
9. Je ne veux point poursuyvre tous les tesnioiguages que ces accariastres Sorboniipies prennent inconsidérément çà et là de TEscriture, pour batailler contre nous. Car ils font d'aucunes allégations si ridicules, (jue je ne les l)uis toucher si je ne veux eslre inepte connue eux. Je mettray donc fin à ceste matière, après avoir expliqué une sentence de Christ, en la- ([uelle ils se plaisent iMer\ eilleuseiuent : c'est (juand il respond au docteur de la Loy, lequel l'avoit interrogué. Quelles choses sont nécessaires a salut ? Si tu veux entrer en la vie, garde les commandemeus (Matth. 19, 17). Que voulons-nous davantage, disent-ils, i)uis que l'autheur de grâce niesme nous commande d'ac- (juerir le royaume de Dieu par l'observation des commandemens? Comme si ce n'estoit point chose notoire, que Christ a tousjours conformé ses respouses à ceux aus(iuels il avoit a faire. Or en ce passage il avoit esté interrogué par un docteur de la Loy. du moyen d'obtenir la béatitude éternelle : et ce non pas simplement, mais en ceste forme de parler, Qu'est-ce que (ioyvent faire les hommes pour par\'enir à la vie ? Tant la personne de celuy qui parloit, que la question, induisoit le Seigneur d'ainsi respondre. Car ce docteur estant enflé d'une fausse opinion de la justice légale, esloit aveuglé en la fiance de ses œuvres. Davantage, il ne demandoit autre chose, sinon quelles sont les œuvres de justice, par lesquelles on acquiert salut. C'est donc à bon droit qu'il est envoyé à la Loy, en laquelle nous avons un miroir parfait de justice. Nous aussi bien presehons haut et clair qu'il faut garder les commandemens. si on cherche justice aux œuvres. Et est une doctrine neces.saire de cognoistre à tous Chrestiens : car comment auroyent-ils leur refuge à Christ, s'ils ne cognoissent qu'ils sont trebuschez en ruine de mort ? Et comment cognoistroyent-ils combien ils sont esgarez du chemin de vie, sans avoir entendu quel il est ? Pourtant ils ne sont pas droitement instruis d'avoir leur refuge en Christ pour recouvrer salut, jusques à ce qu'ils entendent quelle répugnance il y a entre leur vie et la justice de Dieu, laquelle est contenue en la Loy. La somme est telle: Si nous cherchons salut en nos œuvres, il nous faut garder les commandemens, lesquels nous instruisent k parfaite justice. Mais il ne nous faut pas icy arrester, si nous ne voulons défaillir au milieu du chemin, car nul de nous n'est capable de les garder. Puis donc que nous sommes tous exclus de la justice de la Loy, il nous est mestier d'avoir une autre retraite et secours, assavoir en la foy de Christ, Pourtant, comme le Seigneur
Jésus en ce passage renvoyé à la Loy le docteur d'icelle, leijuel il cognoissoit estre enflé de vaine confiance de ses œuvres, afin qu'il se cognoissc po\Te pécheur, subjet a condamnation: aussi en un autre lieu il console iwr promesse de sa grâce, les autres (jui sont humiliez par telle recognoissance, et les console sans l'aire mention delà L'jy: Venez a moy, dit-il, vous tous qui estes chargez et travaillez, et je vous soulagerav: et vous trouverez repos à vos âmes (Matth. n>28. :29).
10. Finalement, après (pie nos adversaires sont las de renverser l'Escriture, ils taschent de nous surprendre par captions et vaines sophistories. Ils cavillent premièrement, (pie la foy est nommée (tEuNre iJeauO, :29): et pourtant que nous faisons mal de l'opposer aux œuvres, comme chose diverse. Comme si la foy, entant (pie c'est une obéissance de la volonté de Dieu, nous acqueroit justice par son mérite: et non plustost entant qu'en recevant la miséricorde de Dieu, elle nous rend certains de la justice de Christ, laiiuelle par la bonté gratuite du Père céleste, nous est offerte en l'Evangile. Si je ne m'amuse point a réfuter telles inepties, les lecteurs me pardonneront: car elles sont tant légères et frivoles, qu'elles se peuvent rompre d'elles-mesmes. Toutesfois il me semble advis bon de respondre à une objection qu'ils font: la(}uelle pom'ce qu'elle a quelque apparence et couleur de raison, pourroit faire quelque scrupule aux simples. Comme ainsi soit, disent-ils, que les choses contraires passent par une mesme reigle: puis qu'un chacun péché nous est imputé a injustice, il est convenable qu'une chacune bonne œuvre soit imputée à justice. Ceux (lui respomlent ([ue ladamnaliondes hommes procède proprement de seule infidélité, et non point des péchez particuliers, ne me satisfont point. Je leur accorde bien que la fontaine et racine de tous maux, est incrédulité. Car c'est le commencement d'abandonner et quasi renoncer Dieu : dont s'ensu\Tent toutes les transgressions de sa volonté. Mais touchant ce (ju'ils semblent advis contrepoiser en une mesme balance les bonnes œuvres et mauvaises, pour estimer la justice ou l'injustice de l'homme, en cela je suis contreint de lem' répugner. Car la justice des œmTes est une parfaite obéissance de la Loy. Pourtant nul ne peut estre juste par (euvres, s'il ne suit comme de droite ligne la loy de Dieu tout le cours de sa vie. Incontinent qu'il est décliné (;à et là, il est decheu en injustice. De là il appert que la justice ne gist point en quelque peu de bonnes œuvres: mais en une observation entière et consommée de la volonté de Dieu. Or c'est bien autre raison, que de juger rini(iuité. Car (juiconque a paillarde ou desrobé, par un seul delict est coulpable de mort, entant (ju'il a offensé la majesté de Dieu.