CHAPITRE XIX
ront soustcnir, si elles sont appellées et adjour- Tiées au jn^ementde Dieu: lors il ne l'aut pas venir a conte a\ec la f.oy, ne pouipenser ce (|u'elle re(|uiei t : mais elles se doyvent présenter un seul Jésus Christ pdur justice, le(iuel surmonte tuute i)erlectiun de la Loy.
3. En ce poinct gist (|uasi tout l'argument de l'Epistre aux (îalatiens. Car que ceux soyeut jiervers expositeurs qui disent que sainct Paul ne conil.iat (jue |)i)ur la liberté des cérémonies, il est facile à prouver dv la manière d'arguer de sainct Paul : comme ([uand il dit que Clirist a esté lait exécration pour nous, ailn de nous delixTer de l'exécration de la Loy. Item, que nous gardions la liberté par huiuelle Christ nous a délivrez, et que nous ne souillions point d'estre assujettis au joug de servitude (Gai. 3, 13; o, i et suivans). Voicy, dit- il, moy Paul je vous tly. si vous estes circoncis, ("hrist ne vous profitera de rien. Item. Celuy (jui est circoncy, est detteur de toute la Loy, et Christ luy est fait vain. Item, Vous tous (pii estes justifiez par la Loy, vous estes declieuz de la grâce. Aus(iuels propos certainement il demeine une chose plus haute que la liberté des cérémonies. Je confesse bien que sainct Paul traite la des cérémonies, d'autant (pi'il dispute contre les faux Apostres qui machinoyent de ramener en l'Eglise Clircstienne les ombres anciennes de la Loy, lesquelles avoyent esté abolies à la venue de Jésus Christ. Mais pour décider ceste question, il falloit (pi'il montast plus haut : assavoir à la vraye source. Premièrement, d'autant (jue par ces figures Judaïques la clairté de l'Evangile estoit obscurcie, il demonstre que nous avons en Jésus Christ une pleine exhibition de toutes les choses (|ui estoyent figurées par les cérémonies de la Loy Mosaïque. Secondement, d'autant que les séducteurs aus(|uels il avoit à faire, abbreuvoyent le peuple d'une meschante opinion, que c'estoit une œuvre méritoire pour acquérir la grâce de Dieu, que de faire les cérémonies de la Loy : il insiste principalement sur ce poinct, que les hommes ne peuvent acquérir justice devant Dieu par nulles œuvres, et tant moins par menus fatras de choses extérieures. Semblablement il remonstre que nous sommes par la mort de Christ délivrez de la damnation de la Loy (Gai. 4, .■)), laquelle est autrement sur tout le genre humain, afin d'avoir repos en nos consciences : lequel argument est propre au poinct que nous traitons. Finalement, il maintient la liberté des consciences, declairant (|u'elles ne sont point liées à observer les choses indilferentcs.
4. L'autre partie de la liberté Chrestienne, laquelle dépend de ceste précédente, est telle : c'est qu'elle fait que les consciences ne servent point à la Loy comme contraintes par la nécessité de la Loy : mais (ju'estans délivrées de la
Loy, elles obéissent libéralement à la volonté de Dieu. Car d'autant qu'elles sont peipetuellement en crainte et terreur, tant ({u'elles sont sujettes à la Loy, jamais elles ne seront bien délibérées d'obéir volontairement et il'un liane cœur a la volonté de Dieu, sinon que premièrement elles ayent obtenu ceste délivrance. Nous verrons par exenqile plus brièvement et clairement à (jnelle lin tend ce propos. Le commandement de la Loy est, que nous aymions Dieu de tout nostre cœur, de toute nostre ame, de toutes nos forces (Deut. 0. o). Pour accouq)lii' ce commandement, il faut ([ue premièrement l'ame soit vuide de toute autre cogitation, fpie le cœur soit pm^gé de tout autre désir, que toutes les forces y soyent ensemble appliquées. Or ceux qui sont les plus avancez en la voye de Dieu, sont bien loin de ce but. Car combien qu'ils ayment Dieu de bonne affection et en syncerité de cœur : toutesfois ils ont encore une grande partie de leur cœur et de leur ame renq)lie d'affections charnelles, desquelles ils sont empeschez et retirez, a ce qu'ils ne puissent courir à Dieu comme il appartient. Ils s'efforcent bien d'aller : mais la chair en partie débilite leur vertu, en partie l'applique à soy. Que feront-ils icy, quand ils voyent qu'ils ne font rien moins que d'accomplir la Loy? Ils veulent, ils aspirent, ils s'efforcent : mais rien en telle perfection qu'il appartient. S'ils regardent la Loy, ils voyent tout ce qu'ils sauroyent entreprendre de faire estre maudit. Et ne faut que quelcun s'abuse, pensant que son œuvre ne soit point du tout mauvais d'autant qu'il est imparfait : et pourtant que Dieu neantmoins a pour acceptable ce qui y est de bien. Car la Loy requérant parfaite dilection, condanuie toute imperfection, sinon que devant toutes choses la rigueur soit modérée. Que celuy donc qui a telle estime de son œuvre, le considère bien : et il trouvera que ce ([u'il y jugeoit estre bon en partie, est transgression de la Loy, entant qu'il est imparfait.
o. Voila comment toutes noz œmres sont liées à la malédiction de la Loy, si elles sont compassées à sa reigle. Et comment pourroyent les povres âmes prendre courage a faire (juel- (jue œuvre, pour laquelle elles n'attendroyent rapporter que malédiction? D'autrepart si, estfuis délivrées de ce rigoureux conunandement de la Loy, ou plustostde toute la rigueur d'icelle, elles se voyent estre appelées de Dieu avec une douceur paternelle : lors d'une allégresse et franchise de cœui" elles suyvront où il les voudra mener. En somme, ceux qui sont captifs sous les liens de la Loy, sont semblables aux serfs, ausquels les maistres ordonnent certaine tasche d'ouvrage pour chacun jour : lesquels ne pensent rien avoir fait, et ne s'oseroyent présenter devant leurs maistres, s'ils n'ont achevé