‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 389 sur 703 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

reux est celuy (jui ne se condamne point soymesme, en ce qu'il aiiprouve : mais celuy qui fait scrupule de quelque chose, s'il la fait contre son juj^^ement, il est cundanuié, d'autant qu'il ne la fait pas en foy: et tout ce qui n'est de foy.est péché (Rom. 14, :22. :23i. Ceux qui enserrez en tels destroits, neanlnmins en osanttoutes choses contre leurs consciences, se veulent monstrer hardis et courageux, ne se deslournent-ils pas d'autant de Dieu ? D'autrepart, ceux qni sont touchez de plus près de la crainte de Dieu, estions contrains par ce moyen de faire beaucoup <le choses contre leur conscience, sont elîarouchez de beaucoup d'etl'rois : et en la lin défaillent. Tous ceux-là qui ainsi usent des choses, ou en teHe hardiesse contre leur conscience ou en telle crainte et confusion, tant les uns que les autres ne reçoyvent rien des dons de Dieu avec action de grâces : par laquelle seule toutesfois (comme tesmoigne sainct Paul) iceux dons sont sanctifiez a nustre usage (1 Tim. 4, 4. o). J'enten action de grâces procédante d'un cœur (jui recognoisse la bonté et libéralité de Dieu en ses dons. Car plusieurs d'eux entendent bien que les choses dont ils usent sont liions de Dieu, et louent Dieu en ses œuvres, mais puis qu'ils n'estiment pas qu'elles leur soyent données de Dieu, comment luy rendroyent-ils grâces comme à leur bien-facteur ? Nous voyons en somme, à quelle fin tend ceste liberté, c'est assavoir à ce que puissions .sans scrupule de conscience ou troublement d'esprit, appliquer les dons de Dieu à tel usage qu'ils nous ont esté ordonnez : par laquelle confiance nos âmes puissent avoir paix et repos avec Dieu, et recognoistre ses largesses envers nous. Et en cecy sont comprinses toutes les cérémonies dont l'observation est libre, à ce que les consciences ne soyent point astreintes a les observer comme de nécessité: mais qu'elles sachent que l'usage estsubmisà leur discrétion, selon qu'il seroit expédient pour édifier.

9. Or il faut diligemment considérer que la liberté Chrestienne en toutes ses parties est une chose spirituelle: de laquelle toute la force gist a pacifier envers Dieu les consciences timides, soit qu'elles travaillent en doutant de la remission de leurs péchez, soit qu'elles soyent en solicitude et crainte, assavoir si leurs oeuvres imparfaites et souillées des macules de leur chair, sont agréables à Dieu, soit qu'elles se sentent perplexes touchant l'usage des choses indilTcrentes. Pourtant elle est mal prise de ceux ou qui en veulent colorer leurs cupiditez charnelles pour abuser des dons de Dieu à leur volupté, ou qui pensent ne l'avoir point, s'ils ne l'usurpent devant les hommes, etpourtant en l'usage d'icellc ils n'ont nul esgard à leurs frères infirmes. En la première manière il se commet aujourdhuy de grandes fautes : car il y a peu de gens lesquels ayent de quoy estre somptueux, qui ne se

délectent en lianquets, en habillemens, et en édifices de gi'and appareil, et de pompe desordonnée, qui ne soyent bien aises, quant à ces clKJses, estre veus entre tous les autres, et qui ne se plaisent à merveiUes en leur magnificence. Et tout cela se soustient et excuse sous couleur de la liberté Chrestienne. Ils disent que ce sont choses inditferentes; ce que je confesse, qui en useroit inditl'eremment: mais (juand elles sont appelées avec cupidité, (piand elles sont ilesployées à pompe et orgueil, quand elles sont desordonnément abandonnées, elles sont maculées \y.\v tels vices. Ce mot de saiiu't Paul discerne tresbien les choses indiirerentes: c'est assavoir, que toutes choses sont pures à ceux qui sont purs : mais qu'aux souillez et infidèles il n'y a rien de pur, puis (]ue leurs consciences et pensées sont souillées (Tite 1, 15). Car pourquoy sont maudits ceux qui sont riches, qui ont maintenant leur consolation, qui sont soûlez, (jui rient, qui dorment dedans licts d'yvoirre, ([ui conjoignenl possession avec possession, desquels les banquets ont harpes, lues, tabourins et vin (Luc 6, 24: Amos 6, 1—6 : Is. o, 8). Certes, et r>Toirre, et l'or, et les richesses sont bonnes créatures de Dieu, permises, et mesmes destinées h l'usage des hommes, et n'est en aucun lieu défendu, ou de rire, ou de se soûler, ou d'acquérir nouvelles possessions, ou de se délecter avec instrumens de musique, ou de boire vin. Cela est bien vray : mais quand quelcun est en abondance de biens, s'il s'ensevelist en delices, s'il enyvre son ame et son cœur aux voluptez présentes, et en cherche tousjours de nouvelles, il se recule bien loing de l'usage sainct et légitime des dons|de Dieu. Qu'ils ostent donc leur mauvaise cupidité, leur superfluité outragcuse, leur vaine pompe et arrogance : pour user des dons de Dieu avec pure conscience. Quand ils auront réduit leurs cœurs à ceste sobriété, ils auront la reigle de bon usage. Que ceste tempérance défaille, les délices mesmes vulgaires et de petit prix passeront mesure. Car ceste parolle est tres-vraye, que sous du gris ou du bureau habite bien souvent un courage de pourpre : et d'autrepart, que sous soye et veloux quelque fois est caché un humble cœur. Parquoy que chacun en son estât vive ou povrement, ou médiocrement, ou richement, tellement neantmoins que tous cognoissent qu'ils sont nourris de Dieu pour vivre, non pour se remplir de délices : et qu'ils entendent que ceste est la Loy de la liberté Chrestienne, s'ils sont appris avec sainct Paul, de se contenter de ce qui leur est présenté : s'ils savent bien porter abjection et honneur, faim et abondance, povreté et opulence (Phil. 4, 12).

1(». La seconde faute aussi, de laqueUe nous avons parlé, est grande en plusieurs : lesquels comme si leur Uberté ne leur estoit point sauve

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