‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 40 sur 703 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

luy qui n'a point de corps, est faict semblable à une matière coiporelle : quand on luy fait une ronieniliranro visible, à luy qui est invisible: quand on le vi'Ut faire ressembler luy (jui est esprit, à une chose morte: et quand on lui donne pour [lourlraict (iu('l(|ue pièce de pierre, de bois, ou d'or, comiiic ainsi soit (ju'il remplisse toulde son essence infinie (Is. 40, 18: 41, 7, 29; 4o, 9; 46, o). Voila aussi conune S. Paul arj^ue : Puis que nous sommes la lif:née de Dieu, il ne faut point penser que la divinité ressemble a or, ou arf^ent, ou pierre taillée, ou quelque autre artifice d'homme (Art. 17. ;29). Dont nous pouvons conclune, (jue toutes statues qu'on taille, ou imayes qu'on paint pour (ij,^urer Dieu, luy desplaisent précisément, comme opprobres de sa majesté. Et ne se fautesbahirsi le sainct Esprit prononce haut et clair telles sentences du ciel: veu qu'il contraint les povres idolâtres d'en faire confession icy bas. La conqilainte de Seneque que recite sainct Auj^'ustin, est assez m)torre: c'est qu'on dédie les dieux qui sont sacrez, immortels, et inviolables, en des matières viles et de nul pris, et qu'on les vest de fi^uires d'iionmies et tie bestes, à la poste d'un chacun : niesmes (lu'on les fait masles et femelles tout ensemble, ou on les fi|,'ure en divers corps, et puis après on les appelle dieux. Or s'ils avoyent âmes pour se mouvoir, on les auroit en horreur comme des monstres: dont il a appert derechef, «jue ceux qui entreprennent d'estre aiivocats des ima.ws, taschent d'eschapper par une cavillation trop frivole, en prétendant qu'elles ayent esté défendues aux .luifs, pource qu'ils e.stoyent enclins à superstition : comme si ce (jue Dieu met en avant de son essence éternelle et de l'ordre continuel île nature, se restrai^^noit à une seule nation. Qui plus est, .sainct Paul en preschant contre l'idolâtrie, ne s'adre.ssoit point aux Juifs, mais pailoit au peuple d'Athènes.

3. Vray est que Dieu s'est ([uelque fois monstre présent sous certains signes, tellement que l'Escriture dit, (ju'on l'a veu face à face : mais tous les signes iju'il a jamais choisis [)our appaioistre aux honunes, estoyent propres pour enseigner, et adverlissoyent les hommes de son essence incomjirebensible. Car la nuée et la fumée et la flandje (Deut. 4, 11), combien que ce fu.ssent signes de la gloire de Dieu, ne laissoyent point d'estre comme brides pour retenir les esprits, afin (|u'ils n'essayassent [)oint de monter trop b.iut. Panpioy Moyse, auquel Dieu s'est eomnmniqué plus familièrement qu'à tous autres, n'a jieu luy-mesme obtenir de le voir face à face : mais luy a esté respondu, que l'honune morlel n'estoit point capable d'une si grande clarté (Ex. 33, 13 ss.). Le S. Esprit est apparu sous la figure d'un pigeon (Matth. 3, 16), mais veu que cela s'est tantosl esvanouy, chacun voit que les fidèles ont esté adverlis par

un signe transitoire, et non pas de longue durée, qu'il falloit croire le S. Esprit hivisible, afin que se reposant en sa grâce et vertu, ils ne cerchassenl nulle ligure. (Juant à ce (jue Dieu jadis est apparu quehiue fois sous la forme d'un homme, cela a esté conmie une ouverture ou preparatif de la revtdation (jui devoit estre faite en la i)ersonne de Jésus (^Ihrist. Panjuoy il n'a point esté licite aux Juifs, sous ombre de cela, de se faire nulle statue humaine. De fait, aussi le propiciatoire du(iuel Dieu desployoit sa vertu en grande évidence, estoit tellement ordonné, (|u'il enseignoit (pi'il n'y a nul moyen de regarder Dieu, (jue (juand les entendemens sont ravis par dessus eux en admiration (Ex. 25, 17. 18. 21). Caries Chérubins ayant des aisles estendues le couvroyent : il y avoit le voile au devant pour le cacher : le lieu estoit telh'inent reclus qu'on y pouvoil rien voir. Parquoy c'est chose notoire, que ceux (]ui s'elTorcent de maintenir les images de Dieu et tles saincts par l'exemple des Chérubins, sont despom'veus de sens et de raison. Car que signifioyent ces petites images-là, sinon (|u'il n'y a nulle figure visible qui soit [)ropre à représenter les mystères de Dieu ? veu qu'en faisant ombre pour couvrir le propiciatoire, elles avoyent l'office de forclorre non seulement la vcue, mais tout sens humain, afin de corriger par ce moyen toute témérité. Il y a aussi (pie les Proplietes nous descrivent que les Séraphins qui leur ont esté monstrez en vision, avoyent la face couverte (Is. 6, 2), pour signifier que la clarté de la gloire de Dieu est si grande, (juc les Anges inesmes en sont reboutez, \wuv ne la pouvoir regarder en perfection : et aussi que les estincelles d'icellc, qui sont imprimées en eux, nous sont cachées, quant à la veue charnelle : combien que les Chérubins ayent esté establis seulement pour la doctrine puerillc de la Loy, qui a pris fin. Parquoy ce seroit une chose absurde de les tirer en exemple pour servir en nostre temps. Car nous savons que le temps auquel tels rudimens ont esté assignez est passé : comme en cela S. Paul nous discerne d'avec les Juifs : mesmes c'est une grand'honte que les escrivains payens et incrédules ayent mieux et plus adroitement exposé la Loi de Dieu que les Papistes. Juvenal reiiroche aux Juifs qu'ils adoroyent les nuées toutes pures et la divinité du ciel. Vray est (pi'il jjarle faussement et d'un stile pervers et vilain : toulesfois en confessant que les Juifs n'ont eu nulle image, il dit plus vray que les Papistes, (jui leur veulent faire à croire l'opposite. Quant à ce que ce peuple-là a esté si bouillant à retourner coup à coup après les iiloles, et y a esté transporté d'aussi grande hastivité comme seroit l'impétuosité d'une eau bien roidc : api)renons en un tel miroir condjien l'esprit humain est enclin à l'idolâtrie, plutost

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