CHAPITRE XIX
nostre liberté, ou quand nous la devons prendre avec scamiale. Prenant ïiniotliée on sa coni|)agnie, il le cireonci.st : et ii ne voulut jamais accorder de circoncir Tite (Act. 11). '.\: »ial. 2, ){). Les faits sont divers, neantuioins il n'y eut nulle mutation de conseil ne de vouloir. Car en la circoncision de Tiniotliée, combien (juil tust libre de toutes choses, il s'est fait serf de tous : et a esté fait aux Juifs comme Juif, pour ga^rner les Juifs : à ceux qui estdvent sous la Loy, connue estant sous la Loy, pour gagner ceux qui estoyent sous la Loy, aux infirmes, comme inliime. pour gagner les inlirmes : tout a tous, pour sauver plusieurs (1 Cor. 9, 19—22), comme luy mesme a escrit. Nous avons une bonne modération icy de nostre liberté : c'est assavoir quand indilTererament nous nous en pouvons abstenir avec quelque fruit. Aucontraire, il testifie à quelle fin il tendoit. (piand il refusa constamment de circoncir Tite, en escrivant en ceste manière : Mesme Tite quiestoit avec moy, combien qu'il fust (irec, ne fut contraint d'estre circoncis, pour aucuns faux frères (jui estoycnt entrez pour espier nostre liberté, huiuelle nous avons en Jésus Christ, afm de nous rédiger en servitude ((lai. 2. 3 — o). Ausipiels nous n'avons point succombé une seule minuie de temps en nous assujettissant à eux, afin que la vérité de l'Evangile nous demourast. Nous avons icy pareillement une nécessité de garder nostre liberté, si elle vient à estre esbranlée aux consciences infirmes par les commandemens des faux apostres. Par tout il nous faut servir à charité, et avoir esgard a l'édification de nos prochains. Toutes choses me sont licites (dit salnct Paul en un autre passage) mais toutes ne sont pas expedientes. Toutes choses me sont licites, mais elles n'édifient pas toutes. Que nul ne cherche ce qui est sien, mais le bien de son prochain (1 Cor. 10, 23. 24). Il n'y a rien plus clair ne plus certain que ceste reigle : c'est assavoir (|ue nous avons à user de nostre liberté, si cela tourne à l'édification de nostre prochain. Et s'il n'est expédient a nostre prochain, qu'il nous en faut abstenir. Il y en a aucuns qui font semblant d'ensuyvre la prudence de sainct Paul en abstinence de liberté, ne cherchans rien moins en icelle que servir a charité. Car pour pourvoir a leur repos et tranquillité, ils désirent que toute mention de liberté fust ensevelie. Combien qu'il ne soit aucune fois moins loisible et nécessaire à l'édification de nos prochains, d'en user, (|ue de la restreindre pour leur bien. Or l'homme (^hrestien doit penser que Dieu luy a assujetty toutes choses externes, afin (ju'il soit d'autant plus à délivre à faire tout ce qui appartient a la charité de son prochain.
13. Tout ce que j'ay enseigné d'éviter les scandales, se doit rapporter aux choses indilferentes : lesquelles ne sont de soy ne bonnes ne
mauvaises. Car celles qui sont nécessaires, ne doyvont estre omises par crainte de quelque scandale. Car comme iiustre liberté doit estre compassée et submise à la charité de nos prochains, aussi la charité doit estre assujettie à la l»ureté de la foy. Il est vray qu'il faut icy aussi l)ien avoir esgard à charité : mais c'est tellement, (|ue pour l'amour de nostre prochain Dieu ne soit point olfensé. Je n'approuve point rintemlieiance de ceux qui ne font rien que par tuuRiltcs, et ayment mieux violentement rompre tout, que descoudre : mais aussi d'autrejiart je n'accepte point la raison de ceux t\m induisans les autres par leur exemple en mille blasphèmes, feignent qu'il leur est nécessaire de faire ainsi, afin de n'estre en scandale ii leurs prochains. Comme si cependant ils n'eilifioyent point les consciences de leurs prochains en mal : principalement quaml ils s'arrestent tousjours en une mesme boue, sans espérance d'en sortir. Et s'il est question d'instruire leur prochain par doctrine, ou par exemple de vie, ils disent <|u'il le faut nourrir de laict : et pour ce faire, ils l'entretiennent en mauvaises et pernicieuses opinions. Sainct Paul recite bien ([uil a nourry les Corinthiens de laict (1 Cor. 3, 2) : mais si la Messe eust esté de ce temps-là, eust-il sacrifié pour leur donner à boire du laict ? Non : car le laict n'est pas venin. Ils mentent donc, faisans semblant de nourrir ceux lesquels cruellement ils meurtrissent sous espèce de telle douceur. Et encore que nous leur accordissions que ceste dissinuilation fust bonne pour quelque temps, toutesfoisjusques a quand abbreuveront-ils leurs enfans d'un mesme laict? Car s'ils ne grandissent jamais jusques a porter (luelque legiere viande, il est certain que jamais ils n'ont esté nourris de bon laict. Il y a deux raisons qui m'empeschent maintenant que je ne combatte contre telles gens plus à bon escient. L'une est, que leurs inepties ne sont pas dignes d'estre rembarrées, n'ayans ne goust ne saveur : la seconde, pour éviter redite, d'autant que j'ay traité cest argument en livres exprès. Seulement (jue les lecteurs ayent ce poinct pour résolu : c'est par quel(|ues scandales que le diable et le monde s'elTorcent ou machinent de nous de.stourner de ce que Dieu commande, ou nous retarder à ce que nous ne suyvions point la reigle de sa parolle, qu'il nous faut desjjiter le tout, afin de poursuyvre alaigrement nostre cours. Davantage, quelque i)eril <]ui nous menace, ([u'il ne nous est point libre de nous divertir tant peu que ce soit de l'authorité de Dieu : et (}u'il ne nous est licite non plus d'attenter rien sans congé, <iuelque couverture que nous prenions.
l'i. Or puis qu'il est ainsi que les consciences des fidèles, par le privilège de leur liberté qu'elles ont de Jésus Clu'ist, sont délivrées des