CHAPITRE XX
D'oraison : laquelle est le principal exercice de foy, et par laquelle nous recevons journellement les bénéfices de Dieu.
1. De ce qui a esté traité par cy de^ant, nous voyons clairement combien l'homme est desnué et despourveu de tout bien, et comment tout ce qui appartient à son salut luy défaut. Parquoy s'il veut avoir de quoy se subvenir à sa nécessité, il faut qu'il sorte hors de soy, et qu'il cherche ailleurs son secours. Davantage il nous a esté expliqué, ([ue nostre Seigneur se présente libéralement à nous en son Fils Jésus Christ, nous offrant par luy au lieu de nostre misère toute félicité : au lieu de nostre povreté, toute abondance : et nous ouvrant en luy tous ses thresors et riches.ses célestes, afin que toute nostre foy regarde ce Fils bien aimé, toute nostre attente soit de luy, et toute nostre espérance se repose en luy. C'est bien une secrette
philosophie et cachée que ceste-cy, laquelle ne se peut entendre par syllogismes : mais ceux la comprennent ausquels nostre Seigneur a ouvert les yeux pour voir clair en .sa lumière. Puis que nous sommes enseignez par foy de cognoistre que tout le bien qui nous est nécessaire et nous défaut en nous-mcsmes, est en Dieu et en son Fils nostre Seigneur Jésus Christ, auquel le Père a constitué toute plénitude de ses bénédictions et largesses, afin que de là, comme d'une fontaine très-pleine, nous en puisions tous : il reste que nous cherchions en luy, et par prières et oraisons demandions de luy ce que nous avons apprins y estre. Car autrement, cognoistre Dieu pour maistre, autheur et distributeur de tous biens, qui nous convie à les requérir de luy, et